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Billet de blog 22 juil. 2018

Violence d'Etat

L’ascension d’Alexandre Benalla est symptomatique de la logique du pouvoir. Il existe une continuité systémique jusqu’au plus haut niveau de l’État dans la manière propre à l’ultralibéralisme de légitimer la violence comme mode d’explication et de gestion des rapports sociaux. Comme le docteur Jekyll et M. Hyde, Macron et Benalla sont les deux faces d'un même personnage.

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Le Premier ministre a déclaré vendredi le « comportement inacceptable » des violences commises par Alexandre Benalla le 1er mai alors que les images circulent depuis deux mois et demi dans les réseaux sociaux et que les pouvoirs publics ne s’en sont pas offusqués. Autrement dit, si ces actes avaient été commis par de « vrais » policiers, cela ne poserait pas un problème. Ce qui renvoie au degré d’acceptabilité de la violence dite « légitime » dans ce pays sachant que régulièrement des rapports des Nations Unies et de la Cour européenne des Droits de l'Homme condamnent la France pour ces pratiques répressives.

Or, ce personnage n’aurait jamais pu ainsi jouer du poing dans l’espace public s’il ne se sentait pas totalement couvert par le dispositif policier comme l’indiquent une deuxième vidéo et les ruhs de taranis.news. Ce n’est donc pas un acte isolé, mais un système qui normalise la violence politique de la part de l’État. Les auditions des cadres administratifs et policiers dans le cadre de cette affaire sont très révélatrices dans la manière dont une violence illégitime est légitimée. Ainsi la responsable de l'IGPN indique qu'elle n'a pas engagé une procédure suite au signalement de la vidéo de la place de la Contrescarpe, considérant que les gestes techniques d'interpellation étaient «mal maîtrisés» mais pas au point de nécessiter une enquête pour violences (elle croyait à ce moment qu'il s'agissait d'un policier). Même réponse pour le directeur du cabinet présidentiel Patrick Strzoda qui lui savait que ce n'était pas un policier, mais justifie la non saisie de la justice par le "manque d'éléments".

Le président, s’il avait défendu les valeurs républicaines et les principes de déontologie professionnelle aurait dû se séparer immédiatement d’un collaborateur incapable d'évaluer une situation comme l’a fait l’ancien ministre, Arnaud Montebourg, qui a licencié Benalla après un accident routier et une tentative de fuite. Au contraire, Macron couvre des agissements violents dont il était parfaitement informé et donc qu’il cautionne.Macron et Benalla semblent inséparables comme docteur Jekyll et M. Hyde sont les deux faces d'un même personnage, l'une policée, l'autre monstrueuse, chacune révélant l'inconscient de l'autre dans sa fascination du pouvoir.

On peut donc relever l'aveuglement du pouvoir propre au caractère fusionnel de l’équipe resserrée selon un modèle vertical autour de l’exécutif. Ce modèle entrepreneurial que revendique Macron et résume le projet politique de l’État-nation à une « start-up nation » est connu, mais ne peut suffire si on n’analyse pas la continuité systémique jusqu’au plus haut niveau de l’État dans la manière propre à l’ultralibéralisme dont le pouvoir légitime la violence comme mode d’explication et de gestion des rapports sociaux. C'est le cas lorsque sont disqualifiées et criminalisées les luttes sociales. 

Alexandre Benalla "très apprécié" au palais de l'Élysée car "très efficace et très réactif" correspond aux critères de réussite macroéconomiste : brutal et cynique, condescendant avec les princes et méprisant avec les gueux. Son ascension consacre cette alliance entre violence privée et publique, modèle de gouvernance et modèle économique. Cette affaire le démontre de manière éclatante en bafouant le principe fondamental  constitutionnel de séparation des pouvoirs puisque aucune autorité parmi les plus hautes ont répondu à leur obligation de signaler le délit commis par Benalla, cela par déférence et soumission à l’égard du patron de l’Élysée. C'est effectivement une affaire d’État.

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