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Billet de blog 6 mai 2025

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IDEOLOGIE ET  THEORIE

La théorie est en quête du vrai. L'idéologie naît du préjugé et se nourrit de l'intérêt.

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IDEOLOGIE ET  THEORIE

          L’idée de traiter de cette comparaison me vient en commençant à peine l’ouvrage de Benjamin Bürbaumer, économiste déjà entendu dans une émission télé (billet du 22 avril – Chine/Etats-Unis, le capitalisme contre la mondialisation). Je prétends proposer une théorie et non travailler à et pour une idéologie et je découvre dans ce livre une manière de dire des choses objectives mais qui vont loin dans la mise à plat de ces complexes totalement subjectifs que sont les idéologies. Certes, si je prends mon cas, il y a au départ une sensibilité, pour l’admiration de la réussite, et le mirage de sa propre prospérité peut y être pour quelque chose, ou pour la déploration face au plus démuni, un faible goût pour la violence dans les rapports entre humains peut y contribuer et ce point de départ tend à orienter vers une idéologie. L’idéologie se durcit quand un intérêt de nature économique vient l’inspirer.

         Bürbaumer le montre lorsqu’il décrit le regroupement de groupes sociaux qui « élaborent une vision du monde défendant d’abord leurs intérêts particuliers tout en tentant d’englober, de manière subordonnée, une partie des intérêts d’autres groupes afin de pouvoir nouer des alliances et prétendre à la défense d’un intérêt général ». Il ajoute « C’est en cela que consiste un projet hégémonique » (p.30).

          La théorie quand elle a réuni de solides raisons de se penser juste vise également à l’hégémonie, non point pour dominer, mais pour éclairer la route, pour inviter à l’écoute, à la coopération, à l’alliance plutôt qu’à la guerre. Que de bons sentiments, dira-t-on. Mais ils ne sont confirmés bons qu’après avoir été rapportés au devenir de l’homme.

          La théorie ne défend aucun intérêt particulier, se méfie de l’intérêt général auquel chacun tend à assimiler le sien, lui préfère l’intérêt commun qui, n’excluant personne, appelle le partage, substitut à l’hubris du puissant le souci du devenir long, mise sur la possibilité accordée à chacun de façon pleine et non résiduelle d’exercer sa liberté. Elle accorde pour cela au Droit la primauté sur la force, c'est-à-dire tout simplement d’être lui-même et non un mot derrière lequel se dissimule la force. J’ai démontré dans ce blog et repris la démonstration dans un essai que tel était le cas de nos systèmes juridiques quand ils font de la propriété un droit.

          La propriété n’a été érigée en droit que par le jeu de l’idéologie du puissant qui a trouvé là le moyen de déguiser l’exercice de sa violence. B. Bürbaumer expose avec clarté les mécanismes qui ont permis « une interdépendance structurelle entre l’Etat et le capital » (p.31). Cela, encouragé par la social-démocratie elle-même dans les années 80, n’a pas suffi au second lequel aujourd’hui se voit en mesure de transformer l’interdépendance en dépendance.

          Le constat que fait l’auteur est que si les intérêts  commerciaux ont pu un temps permettre une mondialisation freinant le heurt des impérialismes gouvernant les deux grandes puissances mondiales, les dissensions économiques et commerciales vont maintenant ajouter au conflit des projet politiques et risquent de plonger le monde dans le chaos.

          Nous ne pouvons espérer éviter le pire qu’en redonnant au Droit ici aussi sa primauté. B. Bürbaumer s’accorde avec Hans Kelsen quant il dit la nécessité d’une autorité mondiale. Kelsen, avons-nous vu établit que le droit international est un ordre juridique supérieur à tous les ordres juridiques étatiques. Il délimite leur domaine de validité respectif. Il est seul souverain (billet du 27 mars 2025).

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