La présence dont il a été témoigné dans mon dernier texte, ne répond pas à la demande, et c’est vrai elle semble se heurter elle aussi à la surdité, la résignation, la difficulté pour se remettre debout, voir loin. Elle est fréquente et rend heureux, même si elle ne fait pas d’un tempérament tempétueux une mer d’huile.
Voir loin, mais que notre vue est courte aujourd‘hui.
La voie du cœur a parlé à ce qui en nous a de l’esprit à employer, la voie de la raison tente ici de retrouver, sans la violer, ce lieu où la première voie dit son toujours, un battement qui ne s’arrêtera jamais.
« Comment est fait ce à quoi on est relié » s’interroge Buber, en trouver des raisons entendables, non par l’oreille mais par ce fameux entendement auquel étaient cherchées des analogies avec celui de Dieu. Dieu, ce n’est qu’un mot et qui encore pourrait de façon malencontreuse contribuer à substantiver, substantifier le « il est ». Car ici il n’y a pas d’autre monde, mais un arrière monde, en parcours vers un nouveau monde qui sera toujours un existant, un étant en lequel brillera l’étance.
Un arrière monde en lequel on pourrait voir, pour s’en faire une raison, une puissance gigantesque, inépuisable car éternelle, n’ayant pas commencé, sans origine. Sans origine, cela semble le plus difficile à entendre. L’autrice de l’ontologie du devenir, ouvrage analysé dans un billet de blog reproduit dans mon essai Être Liberté, Anne Fagot-Largeault elle-même est restée bouche bée devant ma proposition, elle n’a pas répondu à une relance, je n’ai pas osé insister, le covid survenait …
Sans origine. Cela me semble pourtant évident, comment pourrait-il y en avoir une, qui elle n’ait pas d’origine, et nous voilà emmené vers une régression sans fin. Alors il faut bien qu’un constituant intemporel, éternel soit une dimension importante de la puissance mère, il est appelé esprit, mais ne le personnifions pas et disons « de l’esprit ».
Aussi bien, l’idée de création a du plomb dans l’aile. En 1980 l’ouvrage de Pierre Gisel sur cette création a été une référence. Je ne sais ce qu’il en est aujourd’hui ? Cet ouvrage montrait bien que la création se confondait avec une sotériologie. Elle constitue une histoire à l’intérieur d’une plus grande histoire, un des mythes dont l‘humain raffole.
Jean-Luc Marion dans « Dieu sans l’être » (Quadrige 1991), réfute cette « spécificité ontologique » qui serait celle de Dieu : avoir à être, être pour qu’existent les choses, donc « avant tous les étants ». J.L. Marion ne lui impartit pas d’être, mais d’aimer. Dieu précède, son amour à lui seul nous fait exister. Je n’ai pas adopté cette conception, découverte très tardivement. Elle me paraissait de réalisation trop lointaine. Je table sur notre liberté, c’est déjà beaucoup exigé d’elle.
Le constituant qu’est l’esprit permet au sensible d’être et le sensible donne à l’esprit sa raison d’être, qui est de donner à être. Leur présence l’un à l’autre, -il ne peut être parlé de leur rencontre, ce qui impliquerait un instant d’un temps qui déjà s’écoule, une origine- cette présence dessine le temps de sa durée éternelle. Il est le Maintenant devant lequel Eistein lui-même ouvre la pensée à l’esprit.
C’est ainsi qu’un entendement humain, peut-être un peut trop raisonneur, aime à se figurer les choses. Mieux vaut peut-être, comme Tristan Garcia, laisser être , à condition de ne pas prendre départ du sensible comme il le fait , mais de ÊTRE, ce qui n’est possible qu’en en extrapolant la figure parle moyen d’une démarche transcendantale.
Nous n’irons pas au ciel et sommes invités à vivre notre toujours en existant, abreuvés d’être si nous nous ouvrons à l’esprit qui ne brule que pour nous et, seul, peut rendre ce toujours si chatoyant que d’être désirable il soit confirmé éternel. Greco a chanté « aimez vous les uns les autres ou bien disparaissez ». Lors d’une assemblée initiée par le Mouvement Vie Nouvelle où chacun devait dire ce qu’était Dieu pour lui une voix s’est élevée disant que Dieu était désir que les hommes s’aiment. L’ontologie que je propose leur demande simplement d’être libérés d’un ego trop pesant.
Soyons concrets.
L’idée socialiste, l’idée et pas la réalité actuelle, me paraît représenter au mieux un idéal futur. Je termine un billet de blog intitulé « Pour le socialisme » et publié le 22 avri l2025, par cette citation de Jaurès qui brille davantage par la générosité d’un cœur que par la cohérence d’une pensée : « Quand les socialistes, qui sont réduits aujourd’hui par les nécessités du combat à affirmer le matérialisme comme la vérité absolue et totale, pourront après le triomphe, le scruter plus profondément, ils s’apercevrons qu’ils peuvent et qu’ils doivent non l’abandonner, mais le compléter, qu’on ne leur demande point de se perdre dans le surnaturel, mais que c’est la nature elle-même qui s’ouvrant jusqu’aux abîmes sous le regard de l’esprit, laisse apparaitre Dieu » . Dieu, et c’est aussi le terme par lequel Spinoza nomme la nature, n’est bien sût là que comme symbole, disant un bonheur extrême et universel. Il n’y aura pas à triompher mais à se réjouir, à fraterniser, sans doute à attribuer.
Le nouveau monde devra être gouverné par le Droit. Seule la réponse qui mobilise nos énergies, nos libertés, peut justifier espoir et espérance et nous conduire à adopter ces institutions justes, chères à Paul Ricoeur et que pour ma part je résume de la manière suivante : Tout système juridique qui fait de la propriété un droit défini comme il est actuellement substitue à l’état de Droit un état de force, d’injustice, d’orientation mortifère.
La démonstration irréfutable en est donnée par Hans Kelsen dans sa « Théorie pure du Droit ». Description d’un Droit pur de toute influence idéologique, consenti par des citoyens maîtres de leurs droits, bien informés des incidences des institutions qu’ils se donnent, soustraits à la pression que l’usage de la force et de la tromperie octroient à la malignité démoniaque de ceux chez qui l’avidité obscurcit le sens de l’humain, le commun ancrage que d’être leur communique de profonde identité.
C’est pourquoi, écrivant sur la République, j’ai proposé que soit inscrit dans le préambule de sa constitution ce droit subjectif propre à chacun et à tous, garantie de sa liberté : tout homme a la propriété de l’usage de son habitat et de son outil de travail, soit des biens nécessaires à l’épanouissement de sa liberté, de sa croissance en l’être.
Le temps n’est plus de l’espoir, il est de la réalisation. Il est de la praxis marxiste. H. Arendt nous dit qu’elle est « ce que fait l’homme, à la différence de ce qu’il pense » (La pensée page 22). Ce n’est pas du tout cela, relisez les Thèses sur Feuerbach. La praxis ne dissocie pas, elle fait plaisir à C. Romano, elle pense en pratiquant, alors elle n’opprime pas, elle aussi, elle découvre. Et tout devient de plus en plus beau.
Claude Romano, apôtre de la réassociation de ce qui a été dissocié, esprit et corps, mais qui n’est pas parvenu à élever sa pensée j’usqu’à ce Maintenant qui n’est d’aucun instant.