Depuis que, en 1845, dans ses Thèses sur Feuerbach, Marx a renoncé à comprendre les véritables ressorts des sociétés humaines, il a fait beaucoup d’émules et tout ce qui agit et fait semblant de penser ne s’intéresse plus qu’aux symptômes et néglige de remonter à la maladie. C’est donc bien vainement que ce blog s’efforce de le faire. En cette époque où règne un grand scepticisme, il est inaudible.
Face à la revendication venant de la gauche, revendiquant la substitution d’une politique de la demande à la politique de l’offre menée par le macronisme, la seconde est certaine de l’emporter. Offre et demande ne sont que les noms que prennent aspiration de la multitude et volonté de domination d’une poignée de dominants qui réussit à capturer une majorité de dominés dans les filets du religieux, de la xénophobie ou de la démocratie de façade. La politique économique ne se décide pas au Parlement mais auprès de ceux qui détiennent le pouvoir de financer : elle sera de l’offre. Les chroniques de Jézabel Couppey-Soubeyran dans « Le Monde », notamment, apportent une bonne analyse des rouages complexes qui permettent cette domination.
Ce blog démontre que le mal vient du renoncement de la philosophie à concevoir une ontologie qui soustrait l’être à toute substantivation. Substantivation qui conduit à le situer en un Etre suprême, donnant autorité au théologien ; ou encore dans l’opulence, dans l’avoir, accréditant un caractère sacré et dévorant à une propriété qui est, sous couvert de la liberté d’un titulaire, pouvoir de se subordonner l’usager du bien approprié ; ou enfin en l’essentialisation de soi-même rejetant l’autre dans l’inessentiel, l’insignifiant.
L’opportunité de le rappeler m’est donnée par la lecture d’une analyse de l’ouvrage de Jason W. Moore : « L’écologie-monde du capitalisme, comprendre et combattre la crise environnementale » (Le Monde 11 juillet 2024.) Il apparaît que cet ouvrage se livre à un véritable effort de compréhension. Le capitalocène est une forme d’anthropocène et en cerne de très près le mécanisme prépondérant et destructeur. Parler « d’écomarxisme » n’est pas nécessairement sacrifier à un matérialisme historique donnant à l’évolution des techniques de production, à l’infrastructure, le pas sur la forme juridique que peut prendre l’usage de ces techniques. Elles pouvaient être le lieu d’une forme d’économie solidaire s’installant directement. Elle ne s’est édifiée sous la forme capitaliste que parce-que un régime féodal avait précédé dans lequel les seigneurs de la guerre s’étaient appropriés la terre des paysans et que pour justifier cette appropriation un droit réel a été imaginé, portant directement sur les choses, devenues des biens. Il n’est de Droit que de relations entre les humains.
Donner de ces relations une compréhension profonde constituerait un apport important du livre de W.Moore qui montre combien le prétendu droit de propriété a modelé la pensée et le vécu ders hommes, les détournant de leur vrai devenir, la fraternité.
La politique de l’offre est le visage de ceux qui conduisent le globe à sa perte.