Les mots qui viennent sous la plume n’ont pas toujours été pensés. Dans un écrit récent non destiné à ce blog m’est venue cette proposition : être est un défi porté à la notion banale de temporalité, à la contingence, à la finitude.
Je ne sais s’il en sera de même pour mes lecteurs mais cela résume magnifiquement pour moi tout ce que je me suis efforcé de transmettre.
Défi à la temporalité. Etre est un toujours qui n’a jamais eu à commencer puisqu’il est. Je n’y reviens pas, j’en ai beaucoup parlé. Le temps n’est pas ce que l’on croit.
Défi à la contingence car être là est très différent que de surgir de rien. C’est être là pour vivre et être toujours en croissance d’être et a donc un sens, du sens. Je ne sais si cela a quelque chose à voir avec l’être là de Heidegger qui pourrait aussi bien être un « jeté là ». Etre sous ma plume ne saurait avoir été jeté, précédant tout jeteur.
Défi à la finitude car il ne saurait retourner à ce rien dont il est la négation. Mais ici la boucle est bouclée, nous sommes revenus à la temporalité. Celle-ci sera matière à méditation, peut-être infiniment, car le paradoxisme du paradoxal est atteint.
Défi tout court. Etre n’était pas évident. L’homme n’a pas encore su opposer à ce défi ni clairvoyance, ni sursaut.
Le philosophe a fait preuve de cécité. Il n’a pu vaincre ce qu’Etienne Gilson qualifie d’inscrit dans la nature de son esprit (Etre et Essence, p. 315) et s’est refusé à se mettre face au mot « être » et, à partir de là, à proposer une pensée forte.
Le formatage de la multitude l’a conduit à subir l’oppression des plus puissants soucieux avant tout de disposer de tout, humains et non humains, pour assouvir leur mégalomanie.
Mais la liberté demeure, portée en l’être et l’animant, à la disposition de la vaillance.