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Billet de blog 13 octobre 2024

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LA SOCIAL-DEMOCRATIE, RÊVE PRINTANIER OU CAUCHEMAR  HIVERNAL

La social-démocratie  est peuplée de valeureux gestionnaires qui rêvent encore de printemps  (v. titre de la page 11 « Du Monde » du 1er octobre) alors qu’ils ont favorisé la venue d’un hiver brutal et peut-être son installation durable.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

          Il est difficile d’être aux labours et de garder la tête dans les étoiles. Le second comportement éloigne de la lourdeur de la terre, le premier oublie la faiblesse humaine, laquelle, se lassant des labours portera à chercher des compensassions qui éloigneront définitivement des étoiles. La social-démocratie  est peuplée de valeureux gestionnaires qui rêvent encore de printemps  (v. titre de la page 11 « Du Monde » du 1er octobre) alors qu’ils ont favorisé la venue d’un hiver brutal et peut-être son installation durable.

          Ils ont oublié qu’exercer le pouvoir n’est pas le détenir et que qui le détient veille pour très vite en reprendre avec plus de voracité encore le plein exercice. En se donnant, en avril 2008, une nouvelle « Déclaration de principes » ils ont oublié qu’ils étaient comme des joueurs qui acceptent de subir une partie dont l’adversaire a fixé les règles de manière à toujours gagner, ainsi en est-il des modes de financement des investissements. Ils ont multiplié les bonnes intentions, Michel Barnier en fourmille, mais se sont privés des vrais leviers. Ils ont oublié que la démocratie, le seul régime acceptable, pouvait être la pire des choses quand le mensonge étouffe toute raison et pervertit « le peuple ».

          J’ai dénoncé dans ce blog un grand mensonge, une imposture, et une perte de raison. En ne mettant pas le vrai comme règle première et en renonçant à savoir s’il y a une raison aux choses la déclaration de principes entérine le premier et consacre la seconde

Le retour au vrai

          « Changer la vie par la société » comme se propose l’article 14 de la Déclaration suppose que la société ne soit pas déjà sous l’emprise des dominants qui  l’entretiennent dans des liens dont la domination est le ciment. Ceci au prix de l’imposture consistant à proclamer liberté un droit radicalement liberticide, le droit de propriété J’ai démontré de manière irréfutable (billet du 1er avril 2024) que ce droit ne pouvait appartenir à un système juridique faisant de la société qui le retenait une société régie par un Droit véritable, conventionnel et non pas imposé, recherchant le juste et protégeant contre le « fort » non pas le faible, qualificatif qui peut recevoir une connotation péjorative, mais celui que les béatitudes proclame doux, pacifique . Honnête et non pas intrigant.

          Comme le proclamait Lacordaire, la propriété même qualifiée liberté opprime, la loi alors libérant. Comme l’établit une théorie du Droit vrai l’histoire confirme qu’avec la propriété érigée en droit subjectif c’est la force, la violence et l’abus qui triomphe de la conduite conventionnelle et pacifique. La féodalité permit aux Seigneurs de se proclamer propriétaires des terres que les paysans exploitaient de manière commune et solidaire.

          Le droit de propriété, ou ses ersatz, s’est installé dans l’ordre mondial comme le lieu d’un inexpugnable  pouvoir dont la puissance tentaculaire conduit le monde à l’abîme. Un socialiste, même si ses possibilités de le limiter et de le contredire sont faibles doit sans cesse le combattre, doit tout faire pour faire pénétrer dans les esprits qu’il n’est d’avenir pour l’humanité que si l’imposture qu’il représente cesse.

          A titre d’exemple je citerai deux lieux où cette imposture sévit.

           Le premier est le constat qu’une expansion illimitée de la privatisation réduit à rien les lieux où l’intérêt commun peut être privilégié. La création de monnaie va au privé et reprendre à ce dernier par l’impôt est dénoncé comme un vol. Jézabel Couppey-Soubeyran, chroniqueuse économique relativement vigoureuse, suggère un peu timidement que la Banque centrale européenne aurait la faculté d’orienter les investissements sans, ajouterai-je, devoir accorder aux investisseurs des faveurs fiscales compensatrices. Les sociétés privées auraient alors moins de liquidités pour racheter leurs propres actions, l’une de ces nombreuses pratiques usurpatrices qui enrichissent les riches sans création de richesse et donc en appauvrissant les pauvres que devrait dénoncer tout socialiste.

             Le second donne visibilité à la manière dont les dominants assurent leur domination et que Edwy Plénel a très vigoureusement fustigé (v.billets des 12,24et 26 sept. 2024) : désamorcer toute contestation en disqualifiant l’opposant. L’instrumentalisation de l’antisémitisme pour isoler la France insoumise, seul vrai lieu de résistance à leur entreprise, caractérise les contre-vérités qu’ils ont coutume de propager pour pervertir l’opinion. Un socialiste ne peur passer cela sous silence sans faire le jeu de l’extrême-droite

  Le retour à la raison.

            Devant le fiasco de toutes les idéologies se prétendant porteuses d’un message venu d’en haut ou fondées sur une analyse à caractère scientifique la pensée contemporaine se réfugie dans l’analyse empirique. S’il n’est donc pas séant de reprocher au parti socialiste de ne pas avoir livré clef en mains une vision du futur, il est possible de l’interroger sur le manque d’attention apportée au vide créé par l’abandon dans la Déclaration de principes de ce qui donnait encore au marxisme l’espoir d’un second souffle que l’on attend encore.  

          A défaut d’une conception pouvant tenir lieu de doctrine, un mot trop grand sans doute, des principes sont bienvenus. Encore faut-il que ces principes ne jurent pas avec la réalité. L’article 14 de la Déclaration dit qu’un socialiste   « ne considère jamais les rapports de force d’un moment comme indépassables ». Encore faudrait-il quand ces rapports sont inacceptables avoir l’énergie de ne pas plier et l’audace de ne pas aller jusqu’à la compromission. Cet article 14 dit aussi le parti socialiste réformiste et le surplus du texte montre que la perspective est celle d’un progrès. Quand elle devient celle d’une régression, le mot rupture doit être prononcé. Le combat mené n’est pas un jeu et se trouver enfermé dans les filets d’institutions injustes exige, Cynthia Fleury va jusqu’à dire, une abolition.

          A un moment où l’idéologie d’extrême-droite paraît en marche vers une hégémonie difficile à arrêter, la seule dénonciation est insuffisante. Quand ce moment est celui d’un carrefour où l’avenue la plus ouverte conduit au précipice, la possibilité d’une proposition définissant une conception doit être examinée. J’ai l’expertise juridique, je n’ai pas l’expertise philosophique, je demande seulement un examen, un débat. L’avenir proche de l’humanité est en jeu.

          Cette conception prend départ d’un accord assez général : Le sens, signification et direction, de l’univers et plus particulièrement de l’humain qui en est le plus récent élément, ne doit pas être recherché dans une transcendance. Il s’agit d’ailleurs d’un principe laïc. Peut-être considéré également comme objet d’une adhésion suffisante pour être retenu que ce sens n’est pas du domaine de la connaissance du monde sensoriel, monde sensible, objet d’une discipline nommée l’ontique mais est du domaine d’une autre discipline, l’ontologie, étude de l’être.

          Elle prend également départ d’un constat incontestable : l’ontologie a été très largement contournée en raison de ses difficultés certaines et du saut qu’elle exige de la pensée pour appréhender non plus un objet du monde mais un pur verbe : « être »,  très rapidement substantivé, car il a été oublié que l’article, le « l’ »,  n’avait était utilisé que pour des raisons grammaticales,  de manière dite explétive. C’est bien d’ailleurs en substantivant que l’on a inventé Dieu comme l’Etre suprême.

          Elle prend encore départ de ce qui est encore admis de façon générale : qu’à défaut de trouver la vérité dans un surplomb, un sens peut encore être découvert dans un socle ontologique, l’interrogation d’un comment nous sommes là, qui met en œuvre d’autres facultés de compréhension que la connaissance du monde sensible.

          L’abandon de l’ontologie pour l’ontique a été constaté par  beaucoup, dénoncé par un certain nombre, et notamment par Heidegger, lequel a alerté le monde philosophique au début du siècle dernier sur « l’oubli de l’être ». L’être cependant conçu comme l’objet même de la philosophie. Mes lectures philosophiques sont trop limitées pour que cela soit généralisable, mais je n’ai rencontré aucun auteur qui se prête à penser l’être comme une forme purement verbale, et pas même Heidegger. D’autre part celui-ci retient « une interprétation du temps comme horizon de toute compréhension de l’être » écrit Nicolas Poirier (« Le Philosophoire »  septembre 2006  « le problème de l’être et la question de l’homme » p. 139).) Prenant départ d’une catégorie ontique, le temps tel que nous le vivons , il ne peut donc avoir, selon moi, une compréhension de l’être que ontique et finie. Son « Dasein » « l’être-là-dans le monde » ne paraît être qu’un étant qui par sa capacité d’interroger l’être tient lieu d’un être qu’un déficit d’autonomie oblige à trouver un lieu qui le dit. « Il est ontologique »,  ceci « par privilège ontique » ( § 4 de l’introduction à « Etre et temps ») (*).

          La conception que je souhaiterais voir proposer à un débat avec des experts contient pour seul apport l’idée d’interpréter l’être comme horizon de toute compréhension du temps et non l’inverse. Apport qui apparaîtra bientôt comme relevant d’une évidence. Une telle interprétation ne peut se faire bien sûr que par extrapolation et non par exploration. Seule ce qui enferme de la complexité peut se définir en le décomposant en ses éléments. « Être », comme « temps » et « liberté » désignent des catégories simples que l’on peut dénommer primitives, spontanéités radicales, hors toute génération, sans origine car sans commencement et donc sans terme : des toujours.

          Cet « être » qu’il faut alors surprendre plutôt que saisir s’écrirait « le temps est ». Le cercle n’est pas tout à fait vicieux. « Être » joue le rôle d’attribut, et qualifie un état qui n’est pas précédé », qui peut être dit infini.

          D’être vertigineuse n’interdit pas à l’affirmation d’être rationnelle. Ce temps, très proche de la théorie physique du bloc-univers, a pu recevoir une définition : il serait  « le devenir passé du présent » (Francis Wolff (Le temps du monde) Fayard sept.2023), mais il faut convenir qu’en sa vérité troublante cette définition appartient à la nébuleuse ontologique. Il s’agit cependant du temps que l’on doit tenir pour Réel, existant. Le temps de l’ontique, le temps du monde, qui  scande nos nuits et nos jours, nos saisons, ne peut être défini et n’a pas besoin de l’être. Il passe. L’autre pas.

          Ce qui peut être retenu par les militants que nous sommes est que ce temps Réel, la méditation de l’être, sa présence, ouvre sur un monde dans lequel la fraternité, l’hospitalité, la solidarité ne seront pas que des mots. Il ouvre sur  une culture donnant au vrai son importance primordiale  sur une structure juridique favorisant l’association sur la hiérarchie, et sur un horizon qu’une puissance émancipatrice portera vers un devenir chaque jour enrichi et où nos libertés  pourront s’exercer en la convergence de leur commune appartenance et le respect de leurs dynamismes singuliers.

          Face à cela l’ambition de la social-démocratie apparaît bien courte, la résignation  y guette le moindre élan, la modération y est pusillanimité, la sagesse y consiste à éloigner de soi la misère, l’idéal y est devenu rêve.   L’homme, ce dernier et récent rejeton d’une évolution qu’à la fois il récapitule et qu’il lui appartient d’accomplir, doit retrouver en des promesses plus mobilisatrices, la puissance d’un toujours plus-être inscrit en lui. S’il y a un salut pour l’homme, il est collectif et non individuel.

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*  Manquer l’être  conduit au racisme. L’explication du plus que flirt de Heidegger avec le nazisme est peut-être d’avoir noyé l’être dans le Dasein (v. N. Poirier, p. 145, note 6).

NOTA

J’ajoute à ce billet un énième effort pour dire « Être » et la signification gigantesque de ce qui n’est la plupart du temps qu’une copule insignifiante

…  et le cri de ce matin du 8 octobre, que j’ose dire un cri de, l’Être.

       Être n’est souvent pas distinguer d’exister ou l’est très mal. Faire comprendre ce que l’ontologie doit  lui permettre de signifier est tache difficile. Dire d’une chose qu’elle existe est constater un fait actuel, dont un passé peut être perçu sans qu’il soit assigné à ce passé une date ou une fonction. Dire qu’elle est en donnant à être son plein sens ontologique c’est la dire non précédé et, si la génération spontanée apparaît irrationnelle, ce qu’elle est pour moi, c’est la dite non généré. Spinoza dit  «causa sui », mais il vaut mieux dire sans cause, n’ayant pas besoin de cause, mais alors tout le système spinozien, éminemment causaliste, tombe. Je préfère dire selon un processus libératoire en vertu duquel un complexe « est », une puissance inépuisable libérant éternellement un potentiel inépuisable et infini en lequel doit, en extrapolant, comporter les éléments pour constituer notre monde : sensible et immatériel  (esprit), selon des lois physiques que l’on peut observer, définir, mettre en équation et des normes spirituelles qu’il appartient aux roseaux pensants que nous sommes de discerner afin d’adapter nos comportements.

        Retenons que nous disposons d’un socle ontologique qui est inexplorable, se refuse à la connaissance propre au monde sensoriel à partir duquel il peut être extrapolé en explicitant le présent par ses fondements.

        La puissance libératrice apparaît émancipatrice, individualiste et tout effet de domination la contrarie, la retarde, est cause de souffrances physiques et morales. Un crucifiement pour toute intelligence sensible, tout esprit noble, tout humain humain. 

       Grands exercices de Loyola, méditation sur l’enfer. Suivie des mystères joyeux. Reste à donner un sens aux mystères glorieux, personne n’étant à glorifier. La gloire cependant donne à la gratuité une reconnaissance  justifiée.

Le cri….

Des nouvelles de Gaza dans les mails de ce 8 octobre matin. Qui arrêtera la folie meurtrière de Nétanyahou ?  Il faut qualifier de terroristes les comportements absolument condamnables du Hamas et d’inhumains les sentiments qui les inspirent et leur opposer un refus radical. Ceci n’exclut pas de comprendre qu’il puisse participer d’un esprit de résistance compréhensible devant  les exactions dont ils sont victimes par plus fort qu’eux, disposant d’une supériorité qui doit permettre de garder la mesure.

Qui qualifie terroriste doit également consentir à reconnaître le caractère génocidaire des actes dont les palestiniens sont victimes. L’interrogation sur la judéité se fait tenace. Quelle appartenance si singulière met un tel obstacle à ce que l’appartenance à la simple humanité parvienne difficilement à être entière. Un réponse me vient, partielle certes mais d’une pertinence certaine : ils se croient être un peuple élu. Mais par quelle voie se sont-ils inventés un Dieu qui les élise ?  Revenir à Hilary Putman.

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