Il y a cinquante millions d’année un réchauffement climatique comparable au nôtre mais moins rapide a réduit la plupart des vivants en fossile. Bientôt nous serons des fossiles. Emporterons-nous avec nous les secrets de notre ADN ? Le foyer* qui m’a permis de dire nous sommes, tu es, je suis, le foyer qui permet de dire « être », sera encore là pour faire naître un vivant ayant intelligence et conscience, conscience espérons le n’ayant pas perdu la mémoire de nos frasques, de nos mégalomanies, de nos égotismes délétères.
Il était une mer, la mer d’Aral, devenue un désert. Il est encore un glacier d’où partait le fleuve qui l’alimentait, le plus grand glacier du monde, le glacier Fedtchenko, dont la fonte rapide va donner quelques années encore une eau encore plus abondante pour se tarir ensuite. Cinq pays très peuplés sont bordés par le fleuve dont l’eau se fait plus rare en allant vers l’aval. S’y développent les cultures les plus consommatrices d’eau, celle du riz, préféré au poisson, celle du coton, si lucrative. S’y édifient des villes pharaoniques dont certaines sont déjà devenues des sites archéologiques. Leurs habitants ont pu s’en échapper, lors de leur disparition il y avait encore des points de chute ….
(voir le documentaire de Christophe Raylat rapportant l’exploration de Cédric Gras : « Aux sources de la mer d’Aral », sur Arte).
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Comme si depuis toujours et pour toujours est un foyer. Comme si un grand feu embrasait un combustible inépuisable jusqu’à le faire éclater en mille braises suspendues entre deux désirs, celui de conserver le lien avec la chaleur vitale et celui de gagner les plus lointains pour s’inventer singulières et découvrir la manière de se conserver braises, ensemble, afin que le foyer vive. Le grand feu ne s’éteindrait jamais mais les braises auxquelles il est donné d’accéder à la pensée et à la volonté peineraient avant de prendre conscience de leur désir, de le penser, de le vouloir et de le satisfaire.