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Billet de blog 21 avril 2025

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La sentimentalité du penseur : le merveilleux est un probable.

Cette puissance qui comme un feu embrase

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

          Je retrouve ce 10 mars 2025 un article d’Alexandre Lacroix publié dans Philosophie Magazine de mai 2022 qui décrit chez Bergson des accents d’un même optimisme que les miens et qui apportent à ces derniers une certaine plausibilité.

          Quand la pensée s’est construite rationnellement elle a vocation à s’éprouver appartenir à une temporalité infinie, à l’éternité donc. Même si son intuition rejoint ici la crédulité la plus naïve, elle s’affirme comme un intelligible ineffaçable. La pensée a comme vu l’invisible.

          Quand  Kurzweil accorde à l’intelligence la faculté d’éveiller la matière, il ne fait que répéter Bergson pour lequel si « la vie est rivée à un organisme qui la soumet aux lois générales de la matière tout se passe comme si elle faisait son possible pour s’affranchir de ces lois ».

          Le parcours qui mène à l’être-liberté paraît irréfutable. Il consiste à expulser cet être dans un lieu transcendantal d’où il s’affirme comme le germe inépuisable de tout ce qui existe. Reste à extrapoler les conditions que doit remplir ce germe pour rendre compte de cet existant. L’étude de celui-ci relève de l’ontique.

          Trois tentatives pour prendre départ de l’être ont échoué. Ces trois tentatives recourent à l’abstraction afin de réduire cet existant à une coquille vide, en supprimant de proche en proche tout ce qui constitue l’existant en tant qu’existant. C’est ce que fait explicitement Tristan Garcia, mais l’imperceptible résidu de l’opération relève encore de l’ontique. Le cosmologue invente un monde qu’il est nécessaire de soumettre à une réduction qui s’avère impossible (BR, p. 277) en lui supprimant  tout contenu qui en ferait un contenant ou en n’y voyant plus qu’une connexion, mais sans parvenir à situer celle-ci dans une extériorité qui lui ferait atteindre la transcendantalité (BR, p. 305). La phénoménologie ne parvient pas à éliminer cet existant pour ne traiter que du phénomène et doit faire appel à la cosmologie, laquelle au terme recourt à l’ontologie (BR, p. 403).

          Mais en tout cela, à quoi sert l’homme ? Peut-on concevoir un monde sans homme, sans un existant qui l’accueille et le révèle à lui-même ?

          Mikel Dufrenne le pense. « L »homme peut être conçu comme l’être que produit la nature pour se dévoiler » (Pour l’homme, Seuil, 1968, p. 174). « Le visible, ajoute-t-il, n’est tel que pour un voyant ». L’argument est faible  (*). Le voyant ne voit que parce qu’un visible existe. L’homme a nécessité du monde. M. Dufrenne aussi bien le souligne : « L’apparaître n’est pas un mouvement de l’Être qui se répercuterait dan l’étant   et l’induirait à se révéler, c’est le réel même qui apparaît, la Nature qui devient monde pour l’homme » (173).

          Mais le monde a également nécessité de subjectivités qui l’empêchent de sombrer dans le chaos par l’exercice d’une liberté puisant dans la pensée les voies de leur accomplissement singulier mais solidaire. La puissance libératrice dont la Nature a été créditée est aveugle et excessive. Proliférations et destructions sont son lot. Imputer une finalité au cœur des organismes qu’elle essaime conduit à découvrir que les éléments constituant ces organismes peuvent avoir leurs finalités propres. Il est possible alors d’assister écrit A. Lacroix dans l’article précité « à un morcellement qui va nous amener à un éclatement de la planification universelle qui reconduit au chaos ». Bel image d’un non-humain que l’humain peut ne pas reproduire, à son bénéfice et à celui de la Nature tout entière.

          Le chaos, ce mal si banal qu’il paraît insurmontable, notre liberté s’en libérera. Et s’édifiera cette République que dans mon tout premier billet de blog,  en février 2016, je décrivais comme un arbre dont la fraternité formait le corps, dont la liberté était la sève et l’égalité le fruit et j’ajoute aujourd’hui, un fruit regorgeant de liberté.

          « Vouloir l’homme, écrit M. Dufrenne, est la charte de l’éthique, une éthique qui n’a pas à être normative, mais décrit une normativité » (p. 191).

          « Une vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions JUSTES », cette devise, écrite par Ricoeur, demeure le viatique. « Heureux les assoiffés de justice ».

Le terme être renvoie à un comme si, l’existence d’un foyer… ce que d’autres nommeront la puissance qui se manifeste en la beauté du monde, en sa splendeur, en les horreurs qu’il aura fallu surmonter, qui dépassent le concevable et font croire au démoniaque ceux qui n’ont pas encore saisi l’irrésistible patience de la liberté., et s’en être saisis,

Comme si un grand feu embrasait un combustible inépuisable jusqu’à le faire éclater en mille braises suspendues entre deux désirs, celui de conserver le lien avec la chaleur vitale et celui de gagner les plus lointains pour s’inventer singulières et découvrir la manière de se conserver braises, ensemble, afin que le foyer vive. Le grand feu ne s’éteindrait jamais mais les braises auxquelles il est donné d’accéder à la pensée et à la volonté peineraient avant de prendre conscience de leur désir, de le penser, de le vouloir et de le satisfaire (**).      

(*)    Il y aurait un selon R.Barbaras un a priori universel de corrélation qui ferait que , pour être, réalité et conscience doivent toutes deux exister. L’une ne va pas sans l’autre (Philomag, avril 2021 ). L’argument est recevable. Il est de même nature que celui qui est produit dans ce texte pour démontrer que si l’homme a nécessité du monde celui-ci a également grande utilité de l’homme, ceci dans le cadre d’une préoccupation éthique. R. Barbaras enjambe l’éthique pour, nous l’avons vu, faire jouer à l’esthétique les bienfaits de l’éthique : le geste cosmologique qui montre le monde s’ouvrir « dans toute sa grandeur, s’apparente à un geste esthétique. Cette grandeur réside beaucoup en sa beauté. Seul un regard humain peut célébrer cette beauté et c’est en la célébrant qu’il la crée. Notre univers va vers le bon, le juste et le beau. Il ne sait pas où il va, mais il y va. Recueillons le.

(**)  Là où je retiens l’image d’un foyer, sans origine, R. Barbaras retient celle d’une  déchirure originaire, déflagration qu’il dit éternelle, éternité qui a donc un précédent, cela qui se déchire ! Il est impossible de penser l’être, Être, sans penser cette quasi impensable absence, celle de l’origine. Impensable et cependant R.Barbaras rencontrant chez Fink l’idée d’un monde sans commencement, sans origine le décrit advenant en advenant, reliant, voire unissant, passé, présent et futur (BR, p. 286), ce que fait le verbe être. Être c’est échapper au temps alors qu’en celui-ci seul il est possible d’être. Être est l’exprimant d’une liberté à laquelle les subjectivités n’achèveront jamais de donner sa pleine expression.

          Il faut se rendre à ce qui est pour moi une évidence : la liberté, propre de l’homme, crée un abîme entre celui-ci et la « choséité », propre des autres étants (BR, 292). Mais cette choséité » n’est pas inertie complète et s’élève par gradations continues du minéral aux animaux en lesquels elle culmine parfois en des richesses de comportements inouïes. La liberté quant à elle est ouverture allant jusqu’à la communion.

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