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Billet de blog 25 juin 2023

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TERRE PROMISE 3 – LE MONDE OU L’ON VIT N’EST PAS QUE MATERIEL

Entendez le silence abyssal qui accompagne, au XXIe siècle, les cercueils de tous ces ouvriers qui, venus de pays en panne d'émergence, meurent, les reins épuisés par la chaleur, laissant seuls des orphelins pour lesquels ils se sont sacrifiés. Sacrifiés pour la satisfaction de la mégalomanie d'individus qui n'ont plus rien d'humain.

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NOTE  PRELIMINAIRE

Un mail de mon petit-fils,cependant peu familier de ce genre de prose, me rassure : il peut m’arriver, n’en déplaise aux grincheux, d’écrire clairement. Le chapitre 3 de Terre Promise que je publie aujourd’hui tel qu’il a été écrit il y a environ dix-huit mois demande certes un effort de compréhension mais constitue une étape dans l’élaboration de l’onto-ontologie que j’ai proposée dans mes deniers billets et apporte des informations sur l’évolution qui confortent  le caractère non accidentel de notre présence au monde et du monde lui-même. Le monde EST.

Le 22/12/2021 à 13:24, Gaël ….. a écrit :

Bonjour à vous deux,

Merci pour ce texte ! J'ai lu et suis impatient de lire la suite, c'est à la fois facilement lisible et clair tout en abordant des éléments complexe et l'axe est plein de promesses (même si les mots neguentropie et entropie me sont peu familiers).

Je lui ai répondu ceci :

« L'entropie c'est la dégradation de la matière, un désordre davantage qu'une perte  nécessairement définitive. La nég -entropie c'est son contraire. Le livre de Gaël Giraud parle d'exporter l'entropie vers un ailleurs. Cela a à mon gout encore trop de relent religieux.  C'est pourquoi je préfère importer la néguentropie.

 Dans un très récent Libé  un essai de David Elbaz, un astrophysicien est résumé ainsi : " L'astrophysicien s'attaque à ce paradoxe qui veut que l'univers aille vers plus de désordre alors qu'on ne cesse de s'émerveiller de la beauté des formes complexes qui le structurent".

Dans un récent article du quotidien « Le Monde », les scientifiques ont constaté que bien que bordurant le chaos le cosmos était maintenu solidement dans une grande solidité. Jean-Luc Mélenchon a été un brillant conférencier vulgarisateur de  la théorie du chaos. S’il y a un peu de perfidie dans cette remarque, c’est dépourvu de toute animosité envers un homme qui a su révéler le naufrage d’une social-démocratie ayant égaré sa raison d’être.  Mais cet homme  ne me paraît  plus avoir les cartes pour remettre la gauche dans la voie qui est la sienne : l’émancipation des humains, la préservation de la nature et l’épanouissement de sa luxuriance.

La Nature, divinisé un peu trop par Spinoza qui nous a affranchis de Descartes mais dont la puissance « s’épuise dans son acte ». La puissance que je découvre, non pas voilée,  cher d’Espagnat, mais sous la forme d’une liberté entravée par notre veulerie, et cependant inépuisable. Elle vaincra.

Veulerie, le mot n’est pas trop fort quand on voit le silence abyssal qui accompagne, au XXIe siècle, les cercueils de tous ces ouvriers qui, venus de pays en panne d'émergence, meurent, les reins épuisés par la chaleur,  laissant seuls des orphelins pour lesquels ils se sont sacrifiés.        Sacrifiés pour la satisfaction de la mégalomanie d'individus qui n'ont plus rien d'humain.

          Et maintenant place au texte.

                                                         3 – LE MONDE OU L’ON VIT N’EST PAS QUE MATERIEL

          Chacun vit sous l’hégémonie d’une conception du monde. Mieux vaut qu’il le sache et ne tombe pas sous la domination d’une conception qui lui répugnerait s’il en connaissait les tenants. L’ontologie que je propose  n’est pas métaphysique (à côté du physique ), car l’élément physique y est toujours consubstantiellement  présent.

          Je suis de formation juridique et pas de formation philosophique. J’ai lu deux livres qui ont achevé de me convaincre que la seule matière ne pouvait tout expliquer. Un élément immatériel s’ajoute à l’élément matériel la plupart du temps seul considéré car seul accessible aux sens. Cet élément immatériel est appelé « esprit » par les philosophes. L’ontologie que je propose me paraît impliquer l’adhésion à l’existence de cet esprit.

            Bien des propositions soutenues ici sont développées et argumentées dans le livre de Thomas Nagel (« L’esprit et le cosmos », Vrin 2018) avec lequel je me découvre beaucoup de concordance. Je m’y réfère. Selon Nagel « l’esprit est un principe fondamental de la nature lié à la loi physique » (p. 38).

Un principe insituable

            La pensée dominante, souvent seulement implicite, qui imprègne nos conduites, est physicaliste. Seule a droit à l’existence la chose matérielle située dans l’étendue et à laquelle il est possible d’assigner un lieu. L’esprit n’a pas de lieu et déjà la langue risque de trahir. Il faut se garder de le personnifier, de l’hypostasier et dire « de l’esprit » comme on dirait « de la matière» risquerait de le matérialiser. Il est qualité et non quantité.

            L’esprit n’a pas de lieu, il est, comme le nomme Bergson, l’inétendue. Le physicalisme tente d’en faire un pur produit de la matière, de l’y réduire. Lat âche de Nagel, après bien d’autres, est de démontrer que ce réductionnisme est  pure pétition de principe. A ceux qui prétendent qu’il émerge de la nature de prouver une suffisante probabilité de cette possibilité d’émergence si l’esprit n’est pas déjà présent là où il y a de la matière.

            L’existence de l’esprit ne se déduit pas seulement de l’insuffisance du physicalisme pour expliquer le monde, le rendre davantage intelligible. Elle se manifeste positivement.

           L’esprit Nagel, avant d’en saisir l’évidence dans les activités de cognition et d’accès à la valeur, va le retrouver après bien d’autres, tels Husserl et Bergson, en cette activité autre que physique qui anime ce phénomène qu’est la conscience et son intentionnalité. François Loth dans « Le corps et l’esprit »,« Essai sur la causalité mentale » le découvre à l’œuvre en ce point très sensible où le physicaliste est atteint en sa conception la plus ancrée, celle de la suffisance de la physique à tout expliquer. L’esprit a cette propriété qualifiée pertinente de  pouvoir  mouvoir le physique,  sans le commander.  C’est bien l’intention d’aller chercher le pot de confiture dans le placard qui me fait me lever. Par là il mérite l’insistance de Bergson à lui voir « ajouter quelque chose de nouveau à l’univers » (« Matière et mémoire », Quadrige, p.12).

            Loth met également en évidence cette autre fonction du mental, marginale dans la dispute, si essentielle existentiellement qui résulte de son activité prédicative. Celle-ci n’ajoute pas, elle embellit, apporte ce supplément si infini qu’il ne peut être attribué à des neurones très nombreux certes mais vite épuisés quand il s’agit d’exprimer les richesses de cet univers. Sous le regard de l’esprit celui-ci ne sort pas augmenté mais agrandi. Le prédicat en qualifiant corrige la compréhension « seulement quantitative des sciences physiques »(Nagel p. 16).

             L’esprit ajoute Nagel ne se réduit pas à la zone cérébrale « il concerne notre compréhension du cosmos tout entier et de son histoire » (p. 9) Le lieu de l’esprit est là où il agit (39), c’est-à-dire dans un ordre naturel qui est également matière. Comme à Nagel un dualisme qui rejetterait l’esprit dans un ordre surnaturel ou para-naturel me paraît manquer de fondement. Nagel lui préfère un monisme qu’il dit neutre parce qu’il ne rallie ni le matérialisme ni l’idéalisme, que je préfère dire dual (ou plural) car le Réel a au moins deux composantes, la matière et l’esprit, étroitement soudés, indissociables, distinguables mais solidaires.

            On notera à cet égard que les frontières entre physique et esprit sont parfois très ténues. La physique quantique conçoit sa particule la plus élémentaire comme dépourvue de masse et l’on peut inventer une métaphysique quantique, la prolongeant pour couvrir le domaine inexploré par elle, dont la particule élémentaire, le trope, peut, à une limite que je ne franchis pas, se dispenser de tout substrat physique. Il est peut-être significatif que Loth fasse du trope le véhicule de la causalité mentale. Déjà l’ontothéologie s’était inventée des relations sans pôles.

            Si je ne franchis pas la limite qui concevrait possible de l’esprit quasi pur,  de l’esprit qui se serait affranchi de la matière, pas davantage qu’il n’a été possible dans des analyses antérieures d’affranchir l’être de l’existant, pas davantage qu’il n’est possible à la théologie chrétienne de concevoir une résurrection qui ne soit pas également celle des corps, c’est que notamment tout concourt à penser que, comme le souligne également Nagel, dans une certaine mesure, « l’esprit est le produit d’un processus en partie physique » (p. 17). Sans doute faut-il ajouter, d’un processus qui ne se serait pas produit sans lui.

Un principe actif sans origine, non précédé 

            Sans origine, et cependant là. Contrairement à Nagel je renonce ici à donner raison et me limite à un « c’est ainsi » (p. 30). La réponse à la question : qu’est-ce que l’être ? sous laquelle la philosophie ensevelit celle : qu’est-ce que être ? , car elle n’aime pas se découvrir une limite et se l’avouer, n’ouvrira jamais, comme la seconde, à un horizon de plénitude. Nagel lui-même en s’arrêtant  sur « la manière d’être » (p. 83 et s.) manque peut être le simple fait :« être » et se refuse ainsi une porte sur le chemin qu’habite l’esprit. Il y a de l’esprit comme il y a de la matière. Il y a, ou il est.

          Etre à la fois  le moteur et le produit d’un processus rejoint l’énigme consistant à ce que le monde peut se dire « ETRE » en se constatant    «EXISTANT »: être et existence co-naissent à leur éternité.

           C’est que, également, si l’esprit n’a pas d’espace qui lui soit propre, et bien que l’on soit tenté de dire qu’il échappe également à la temporalité, bien plutôt il en joue. Il est nécessaire ici pour chacun de consentir à un renversement total de son mode de pensée habituel,  à « une révolution conceptuelle majeure » (Nagel, p. 66). Avec l’esprit, nous changeons de monde.Le monde du naturalisme est un monde accidentel, contingent, se pensant dan la finitude. L’esprit lui apporte l’infinitude.

           C’est là répondre à une requête soulignée par Nagel : ce monde est rempli« de choses tellement remarquables que, si nous voulons le comprendre nous devons consentir àqu’elles ne soient pas accidentelles » (p. 15). C’est aussi ruiner un argument de l’idéalisme qui fonde celui-ci sur le rejet légitime de l’accoutumance à ce qui demeure de la relativité : la pensée que tout porte en soi de l’éphémère, la pensée de la finitude. Seule l’idéalité peut alors s’affirmer impérissable (v. Isabelle Thomas-Fogiel, « Le lieu de l’universel « , Seuil 2015 (p.319). Mais l’idéalité, dirait Bergson, n’apporte rien de nouveau.

          Les lois physiques intemporelles auxquelles renvoie Nagel ne peuvent appartenir à cette physique, lui être inhérentes, immanentes. Elles sont immatérielles comme l’est cette rationalité, notamment mathématique, qui imprègne le Réel. On serait tenté, plutôt que des les intégrer à l’esprit, d’en faire une troisième composante de ce Réel. En quoi intéresseraient-elles l’esprit ? La question reste posée

          La liberté que je tente d’acclimater comme étant issue de cette puissance non pas créatrice mais libératrice qui se manifeste avec l’être tient du labour de l’esprit son inébranlable énergie et son cap fortement inscrit bien que par ailleurs abandonné à l’invention. Comme l’amour la liberté n’a pas de loi mais doit être respectée pour elle-même. Elle n’est pas au service de nos caprices et pas davantage elle ne demande à être servie. Elle ne connaît pas la catégorie de serviteur.

            Peut-être faut-il voir là la trace qui nous transporte à cet infini du temps où, selon la théorie physicienne de l’Univers-bloc , tout est déjà joué mais dépend encore des joueurs. L’énigme du non commencement ouvrirait un chemin à l’explorateur. Tout en restant ferme sur ses convictions non créationnistes et même sur le rejet d’une finalité inscrite dans un quelconque dessein intelligent, l’on peut prêter oreille à ce constat que notre système génétique  contient des éléments favorables à un certain préformationnisme.  Il vient d’ailleurs de trouver une confirmation avec la découverte que la mutation génétique qui  a permis à des poissons  de s’adapter, il y a 350 millions d’années environ, pour conquérir les milieux terrestres, ne faisait qu’améliorer un prototype.

            Florence Rosier note que le schéma évolutif darwinien peut être retenu,mais que, simplement, sur l’attribution au hasard des mutations génétiques « il y a une erreur de date » (« le Monde 21 avril 2021) ». La vraie date n’est pas indiquée ni aucun élément permettant de la situer. Manque toujours au scénario darwinien s’il refuse tout assouplissement la solidité lui apportant comme l’avance Nagel « une probabilité non négligeable d’être vrai » (p. 13, v.également p. 18).).

         Déjà Armand de Ricqlès dans l'encyclopédie thématique Universalis avait, en dépit de ses convictions darwiniennes, noté que "...l'organisation spatiale des gènes du système Hox sur la molécule d'ADN et leur expression spatio-temporelle au cours du développement embryonnaire est à souligner puisque quelque chose de la structure spatiale de l’organisme futur préexiste dans la  structure codante qui le détermine. On peut voir là une exception "préformationniste", philosophiquement troublante, à la vision épigénétique du développement".

          Rien ne peut contredire cette conviction  : que le prototype n’est pas dû au hasard, il est inscrit dans l’être, en sa puissance, sa constitution, sa consistance sensible et immatérielle, sa loi de liberté. Présence de l’esprit ?

          En constatant la proximité de ma pensée avec celle de Nagel , il convient de confirmer avec lui qu’il ne s’agit pas de faire appel à une quelconque transcendance, mais de « tendre à complexifier le caractère immanent de l’ordre naturel » (p.22) , en ajoutant à cette complexité ce presque rien que sait sonder Jankélévitch.…

        Ce presque rien qui manquait également au vide pour être et s’appeler ordre naturel ou cosmos.

  Un principe nous irriguant    

        L’intuition première que nous pouvons nous faire des choses fait pencher pour le matérialisme ou physicalisme. Seule une insuffisance existentielle ou explicative peut conduire à explorer cet autre domaine que serait celui del’esprit. Les hommes perçoivent de l’étendue et penchent naturellement vers le matérialisme qu’ils meublent aisément de surnaturel pour s’expliquer ce qu’ilsne comprennent pas, ou face à la peur qui les habite, s’en guérir ou lui fournirune cause. Ils s’abandonnent à l’idéalisme pour occulter leur déficience d’être. Ilconvient de ne pas céder à la première impulsion. L’esprit, selon le point de vue adopté, habite la matière.

            Existentiellement les hommes se sont adonnés, abandonnés, livrés au merveilleux, au mystérieux, aux ésotérismes de tous genres. Un religieux épuréen monothéiste a pu même produire des théologies remarquables, quasi rationnelles parfois. Ces évasions hors du Réel n’ont pu empêcher le triomphe du naturalisme et du physicalisme sur la partie économiquement la plus développée du globe. Elles conduisent celui-ci au bord du précipice. Retrouver le Réel et donc une meilleure intégration de l’esprit à celui-ci est la condition d’un vrai devenir.

             Le devenir de l’homme est suspendu à sa capacité de vivre l’esprit et d’en co-naître.

De l’effet à la cause

              « Les processus de l’évolution physique, chimique puis biologique de l’univers doivent être repensés à la lumière de ce qu’ils ont produit ( Nagel, p.11/12). La démarche de cet opuscule s’est inspirée de cette remarque.

                La notion de prototype qui vient d’être présumée dans le cadre de l’évolution darwinienne renvoie à une date qui est sans doute antérieure à l’enclenchement de ces processus, antérieure à toute datation possible, dans l’intemporel, dans la nuit des temps, dans la lumière qu’un infini projette. Elle est la trace qui renvoie à « ce principe fondamental de la nature » (Nagel,p.29,38) qui est nommé l’esprit. A l’hypothèse d’une émergence de celui-ci qui aurait pu intégrer notre temporalité mais que j’écarte avec moins de retenue que Nagel (p. 84 et s.) il convient de préférer celle d’un esprit puisant « dans les constituants élémentaires » de l’univers.

             Au surplus les processus d’émergence laissent place à l’accidentel, au contingent. Le caractère « tellement remarquable » de l’existant conduit à rejeter ces éphémères  (Nagel, p 15,65). L’infinitude est bien ouverte.

               Comment, dans l’histoire de l’univers puis dans l’Histoire des hommes cet esprit déjà incarné va-t-il non pas triompher de la chair, ni même la sublimer,la transfigurer, mais l’affermir, lui être transparent, voire même entrer avec elle dans un processus d’engendrement réciproque ? (v. supra, compar Nagel p.17,109).  L’engendrement chez Nagel va du physique à l’esprit. Il n’est aucune raison d’écarter une des trois formes que Nagel recense (p. 90).

                La causalité donne une grande part de gouvernance au physique. L’intentionnalité joue certainement un rôle essentiel dans un monde où la liberté aura été reconnue comme le vecteur de l’esprit ( compar.Nagel,p.103/105).

                 Et, troisième forme, la téléologie, ce qui a sens : signification et direction.  Voici que par elle se retrouve la temporalité que je me suis efforcé de montrer si éclatée entre éternité et durée. Ce sens qui par elle cherche à triompher du non sens en lequel l’humanité s’est fourvoyée, il appartient à l’homme de l’inventer pendant le temps de son Histoire. (v. Nagel, p. 136/138).

A l’homme, en sa liberté.

               La téléologie n’a alors rien d’hétérogène puisque le sens est tout entier contenu en cette liberté qui ne peut transiger, « il est interdit d’interdire ». Elle n’est pas non plus dogmatique, rien n’est interdit, pas même à ce migrant d’exister, à cet exclu d’être intégré, à cet homme encore embryonnaire de s’accomplir…

       à cette fleur de fleurir ….        A cet oiseau de chanter, .... I have a dream,

  et nous voici au lieu où nous pouvons le réaliser

            Un lieu. Gauche ou droite. L’esprit, l’inétendue, n’a pas, en principe, de lieu géographique, certains humains l’accueillent, d’autres l’ignorent,  plus ou moins proches de lui prêter l’oreille, ou se sont fermés à lui. A chacun de se situer. Un pure convention situe les idéaux inspirés de l'esprit à gauche. En ce qui concerne les comportements, c'est beaucoup moins tranché.

        A l’heure où des esprits malveillants nous ont privés de cette géographie politique conventionnelle, certes très abimée mais encore propre à nos retrouvailles, nous, citoyens du devenir, nous nous reconnaîtrons à notre foi en l’homme. Nous ferons place à l’esprit qui l’habite. Nous constaterons que beaucoup trop sont nés dans de mauvaises conditions, mais nous ne les dirons pas mal-nés et irrémédiablement subordonnés à ceux qui se considèrent bien –nés et par là titulaires de droits dont les premiers sont naturellement privés.

             Face à tous ceux qui voient l’homme fondamentalement égotiste et égoïste et édifient  pour satisfaire cette caractéristique estimée fondamentale les institutions flattant leur appât du gain et de la position dominante, qui n’éprouvent envers lui aucune foi mais au mieux, devant l’exclusion, une résignation et au pire la jouissance du vainqueur, du prédateur, nous lui reconnaîtrons une très essentielle générosité, capturée par des siècles de détournement du vrai, d’imposture, tricherie, violence. On notera que retenir une telle générosité n’est pas le fait d’un angélisme idéaliste pouvant se fonder sur une interprétation partiale de données pseudo scientifiques mais que l’innéité de dispositions altruistes peut être élevée à l’objectivité (Nagel, p. 115 et s) : l’autre est un autre moi-même.

               Dans un effort de dialogue avec ceux qui nous présentent une face hostile nous serons ceux  qui font confiance à l’homme. Nous nous emploierons à bâtir les institutions justes où pourra se déployer la générosité habitant chaque homme, celles également aptes quand il y aura lieu à en faire éclore le germe. Une générosité qui a nom liberté, lieu où peut s’épanouir l’esprit. 

          L’esprit dans l’art

           L’ esprit est une réalité insituable .Seul l’art paraît pouvoir  approcher l’essence de l’esprit. Celui-ci ne se situe pas et ne peut donc se penser vraiment, , il  est actif. Un tableau de Barbara Kysilkova m’est apparu comme une manifestation de cet esprit.

           Il s’agit d’une manifestation très discrète. Ce tableau résume, éternise,l’histoire d’une amitié amoureuse exceptionnelle entretenue par la peintre et Bertil, le voleur de deux de ses tableaux. Ce tableau apparaît à la fin d’un documentaire de Benjamin Ree qui a miraculeusement pu filmer l’essentiel des épisodes de cette histoire et en a réalisé un montage d’un équilibre quasi parfait et d’une époustouflante réalité (doc « The Painter and the Thief », « La Peintre et le Voleur ». Le tableau exprime et révèle la nature de la relation entre la peintre et son voleur.  

             « Miraculeusement ». Le terme n’est pas trop fort, bien qu’ici il n’y aucun miracle, aucun surnaturel, aucun de ces effets de lumière, aucune de ces créatures extatiques,  que les réalisateurs utilisent pour introduire un peu de fantastique dans les trous de leurs narrations. Ici matière et esprit sont mariés dans un ordre naturel qui les fait aller de conserve  et le tableau exprime cette union.

            En contrepoint de ce tableau il y en a un autre d’exactement même  structure que Barbara avait peint pour illustrer l’amour que portait à Bertil une précédente compagne. Le renvoi que l’on peut faire d’un tableau à l’autre mesure la distance qui sépare les réalités peintes et les étapes que doit franchir une meilleure union du corps et de l’esprit donnant raison à ceux qui refusent le dualisme sans rallier le camp, la prison, du monisme naturaliste ambiant. Le désir du corps de l’autre peut être spirituel.

            Le compagnon de Barbara est également une personne remarquable même si son pronostic est déjoué, car il avait mis en garde sa compagne de se préserver de tout excès dans son engagement « émotionnel et existentiel » vis-à-vis d’une personnalité autodestructrice. Au final Barbara s’est consolidée et Bertil s’est reconstruit.

            Le tableau est reproduit sur le site de Barbara Kysilkova et constitue l’affiche d’une récente exposition de ses œuvres. Ne figure cependant que sa partie gauche, ce qui ampute gravement son expressivité.

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