J’ai, récemment, proposé comme boussole à la gauche une idée de liberté si exigeante que cela paraît la situer dans un autre monde. J’ai dimanche soir entendu un débat sur l’union de cette gauche qui me paraît, pour des raisons sans doute inverses, trop hors du monde réel pour pouvoir recevoir la moindre suite effective. Ce débat de la seconde partie de l’émission C Politique je l’ai écouté de façon trop furtive pour qu’il n’ait pu réveiller que les quelques réflexions générales dont je fais part ici.
La grande difficulté de la gauche est qu’elle joue sa partition sur le terrain de l’adversaire. Oui, la droite est bien un adversaire, la représentante des dominants ou de leur idéologie alors que la gauche a pour raison d’être la chair des dominés par situation ou par complète participation à leur rébellion. Sur le terrain de l’adversaire et suivant les règles de jeu que celui-ci lui impose et acculture.
Ces règles de jeu ne sont rien moins que le système juridique sous lequel nous vivons. Jean-Jacques Rosat informe que au moment de son décès Jacques Bouveresse préparait une conférence dont l’intitulé aurait été : « La vérité et le droit : Kant, Kelsen et Kraus » (Le Monde 15 octobre ). Je consacre à Hans Kelsen mon billet de blog du 7 novembre 2020. Johann Chapoutot, dans son ouvrage « Le Grand Récit » écrit que le droit a la prétention d’être une discipline qui « nomme et norme le réel » (p. 298). Dans « Théorie pure du Droit » Kelsen montre que le Droit, il ne mérite plus alors la majuscule, norme ce que le puissant veut faire passer pour le réel.
Il n’a été dimanche soir qu’un participant au débat pour remettre en cause le pilier de ce système juridique, la propriété des moyens de production. Il faut peut-être rajeunir la motivation de cette remise en cause qui a semblé appartenir pour les autres aux vieilles lunes. Elle demeure le socle de tout projet de gauche. A défaut l’extrême générosité maintient l’action dans la guérison des symptômes dont on sait que la pieuvre s’accommode, entretenant les moyens de la revanche. La modération quant à elle finit par oublier son objectif. Elle a venté celle de la sociale démocratie allemande capable avec des partis plus à droite de ce compromis qu’elle a déjà conclu avec elle-même. Il aurait été de stratégie plus convenable que la participation d’organisations vraiment de gauche permette au moins d’obtenir des gages en vue du maintien d’objectifs plus lointains. Une telle participation est rendue plus difficile en France eu égard à la séquestration dans un Mouvement à caractère populiste du meilleur des aspirations émancipatrices.
Tout compromis doit laisser intacte la faculté de protestation qui si elle n’est pas prévue serait déloyauté et d’acculturation raisonnée de ce que la gauche porte comme étant la vraie liberté. Faculté de témoigner du cap même quand il faut « tirer un bord ».
Faculté de protestation. Notre système juridique confère la réalité du pouvoir en grande partie aux maîtres de l’économie. Un homme de gauche s’il exerce une parcelle de pouvoir dans le cadre d’un compromis ne détient pas celui-ci. Au mieux il améliore, au pire il facilite, la réalité de la situation doit apparaître. Il est inimaginable qu’un gouvernement de gauche laisse sans dénoncer l’ignominie du système juridique qui l’y oblige, ici s’édifier l’empire d’un individu sur les médias, là l’Etat céder « un fleuron » et les milliers d’hommes qui y travaillent pour s’éviter un faible coût et là encore des organismes financiers investir dans les énergies fossiles.
Faculté d’acculturation. L’un des grands absents de la réflexion de gauche est le facteur humain. Belles personnes et belle société sont des incontournables qui comme l’œuf et la poule se disputent la précédence mais sont l’une à l’autre nécessaires. En se voulant collective l’émancipation individuelle trouve sa vérité. Loin d’être un endoctrinement ou une copie de ce formatage auquel nos démocraties de l’influence assujettissent les « peuples » l’acculturation résulte de la lente maturation de la liberté et de son exercice.
L’économie de ce blog a été d’ancrer la liberté dans l’A D N le plus profond de l’homme, aux confins de l’ordre naturel, en un universel dont le Droit, en normant le Réel, libérera et offrira au monde le système juridique émancipateur que ne peuvent plus se permettre dans leur seul cadre les nations isolées.
Emancipateur et seul salvateur.