hugues thuillier
Abonné·e de Mediapart

87 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 juin 2022

Historicité de la fin d'un monde - Le brevet de républicanisme

L’épisode actuel de la vie politique française s’inscrit dans une histoire dont l’historicité se caractérise par son attirance vers l’abîme : les défaillances du philosophe, du sociologue et du législateur confortent au niveau planétaire la démission devant l’argent d’une liberté humaine ayant perdu son lien à l’origine, sa radicalité.

hugues thuillier
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

        L’historicité tente de cerner comment notre présent s’inscrit dans une histoire plus longue. Le constat sera qu’il ne déchire pas cette histoire, ne la rectifie pas, mais en poursuit le cours délétère.

Dans le texte qui suit, le regard est à la fois pessimiste et positif. Pessimiste il constate que chaque jour voit un renoncement sur la voie qui pourrait encore rendre la planète accueillante à la vie. Que la litanie du temps encore accordé au sursaut a perdu toute crédibilité. Le monde présent est appelé à s’effacer. Positif il considère que faire face avec dignité à sa fin non seulement aurait sa grandeur et porterait en elle un réconfort, mais que l’hypothèse de l’advenue d’un second monde n’étant pas écartée, ce dernier pourrait trouver là son meilleur commencement.

 Nous sommes pour le moment invités à nous demander comment nous en sommes parvenus là. Les experts en sciences humaines le diront savamment. Je me limite à rappeler les comportements divers qui peuvent expliquer la situation et à l’encontre desquels ce blog s’est insurgé. Ceci en partant du plus général  - les défaillances philosophiques, sociologiques et juridiques au  niveau planétaire- et en s’arrêtant au local.

          Et en notant un trait commun : un rapport très distant au vrai.

          1 – Tout d’abord en ce qui relève de ce qu’on appelle la philosophie première, regard vers l’origine et souci du terme, peuvent s’observer dans le faible espace où l’intérêt s’y porte encore de manière explicite, un enfermement dans le passé et, dans l’immense espace de la vie pratique, un ralliement implicite à la pensée scientifique.

          Dans le premier cas la philosophie a conservé dans les mots l’objectif que lui a fixé Parménide il y a vint cinq siècles, faire de « être » son principe. Mais elle s’est uniquement concentrée sur l’être. Celui-ci n’a avec « être » qu’un rapport d’effet au principe. Mais l’approche du principe demande un raisonnement hypothétique, intelligent certes, et chacun s’accroche à sa propre intuition.

          Dans le second cas l’hégémonie du physicalisme, du matérialisme pur donc, est restée entière. Les arguments présentés pour reconnaître au constituant de l’univers un élément immatériel, spirituel, n’ont aucunement été pris en compte. L’inéluctabilité de l’entropie aurait sinon pu être reconsidérée et notre appréhension de la temporalité chamboulée. La liberté aurait retrouvé toute sa consistance humaine : la puissance donnant élan à l’émancipation et non la force centripète au service de l’esprit d’asservissement.

L’inverse de ce que la crédulité peut engendrer, un religieux qui honore un Dieu d’amour et justifie un monde sans justice.

2 – Il y a ensuite ce que Frédéric Lordon a pu appeler « l’insondable mystère du désir enrôlé », dénomination peut-être plus nuancée que celle que lui a donnée Etienne de La Boétie, la fameuse « servitude volontaire ». Celle-ci désigne le fait que toujours la multitude a été dominée par une  infime minorité. Phénomène tellement absurde qu’il a provoqué la sidération des meilleurs penseurs et notamment celle de Simone Weil.

Cette sorte de symptôme de Stockholm généralisée est-il du à un manque de combativité, une passivité justifiant l’adage : « Là où il y a des maîtres c’est qu’il y a des esclaves», à une particulières férocité de ceux-ci, trouvant toujours des mercenaires pour exécuter leurs basses œuvres, à ce mimétisme que décrit Tarde,  à cet envoutement que l’on retrouve encore aujourd’hui dans nos assemblées parlementaires… ? L’emprise.

3 – Une emprise qui seule peut expliquer comment nos systèmes juridiques ont été détournés de la droiture pour épouser l’imposture : élever le droit de propriété, instrument de domination et d’exclusion, au rang de droit de l’homme universel, un universel confisqué.

L’absurde atteint un comble qui sidère tant qu’il aveugle. Les prédateurs y trouvent les moyens d’assouvir leur avidité et de satisfaire leur mégalomanie.

4 – Tant d’embrouilles aux plus hauts niveaux engendrent un monde sans rapports de confiance, un embrouillage complet des esprits. Des électeurs Nupes à un premier tour votent Rassemblement national au second. Les laudateurs de l’embrouille, ceux à qui le vrai fait peur, pour qui la passivité, la tiédeur sont signe de sagesse, pour qui l’universel est un domaine réservé, les excluent pour extrémisme, ils passeraient d’un trop social à un trop xénophobe ! Ces thuriféraires anesthésiés au parfum de leur encens confondent radicalité et extrémisme.

Se délivrant à eux-mêmes le brevet de bon républicanisme ils rejettent hors de la République ceux qui font retour aux vérités, aux valeurs premières. Ceux qui bien au contraire épousent cette radicalité en fidélité à ces valeurs : conservation du plein sens du rapport humain, dignité qui maintient debout contre l’injustice, sens du partage.

En ces milieux où un court temps Nouvelle Union et Rassemblement se  confondent même des élus donnent le change. Que l’on se rassure, ils vont être encadrés paraît-il. Même du côté des thuriféraires le flottement est grand. La valeur hospitalière perd de son aura républicaine, trop de partage devient facteur de chaos.

          On peut lire dans Le Monde du 24 juin : « Le président et son parti n’ont pas exclu le Rassemblement national comme interlocuteur légitime, au risque de l’institutionnaliser ». Même si les actes ont pour le moment démenti ce fâcheux pronostic  celui-ci marque une tendance. Par la voie d’un ministre, ancien déguisé socialiste, on fait savoir que parmi les nupiens il en est de particulièrement pestiférés. Se hiérarchisent deux xénophobies, deux catégories d’étrangers. Qui est l’étranger à honnir, celui qu’il faut le plus rejeter ? Le national d’un autre pays, d’une autre ethnie peut-être ou le rebelle qui interdit aux gouvernants de se satisfaire de leur pratique sociale, leur tend le miroir de leur impuissance à ne pas tout concéder à l’argent roi.

          Des commentateurs créditent le pouvoir d’avoir enfreint aux règles du néo-libéralisme en pratiquant le « quoique-il en coûte ». Il conviendra d’attendre que soit répondu à la question : à qui il en coûte ?

          Le pouvoir lui se crédite essentiellement maintenant de ne pas vouloir faire peser sur la population une charge fiscale supplémentaire sous la forme d’un « il n’y aura pas de nouvel impôt » que tous par réflexe panurgien ou pavlovien reçoivent mais qui constitue la confirmation que la réforme fiscale bien nécessaire n’aura pas lieu.

          Mais si qui paiera le coût ? La croissance, vague perspective. Pour le moment ce qui croît, ce sont les prix. Pour ceux qui seront les moins protégés à l’encontre de l’inflation, celle-ci est un impôt. Il y a des quoique(s) qui sont des couacs.

          Il n’y a pas loin entre ces considérations subalternes et les premières analyses. Elles n’en sont que la traduction concrète.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Des femmes et des enfants survivent dans la rue à Bagnolet
Une vingtaine de femmes exilées, et autant d’enfants, dont des nourrissons, occupent un coin de rue à Bagnolet depuis le 4 août pour revendiquer leur droit à un hébergement. Une pétition vient d’être lancée par différentes associations pour soutenir leur action et interpeller les autorités sur leur cas.
par Nejma Brahim
Journal — Logement
Face au risque d’expulsion à Montreuil : « Je veux juste un coin pour vivre »
Ce mardi, une audience avait lieu au tribunal de proximité de Montreuil pour décider du délai laissé aux cent vingt personnes exilées – femmes, dont certaines enceintes, hommes et enfants – ayant trouvé refuge dans des bureaux vides depuis juin. La juge rendra sa décision vendredi 12 août. Une expulsion sans délai pourrait être décidée.
par Sophie Boutboul
Journal — Énergies
La sécheresse aggrave la crise énergétique en Europe
Déjà fortement ébranlé par les menaces de pénurie de gaz, le système électrique européen voit les productions s’effondrer, en raison de la sécheresse installée depuis le début de l’année. Jamais les prix de l’électricité n’ont été aussi élevés sur le continent.
par Martine Orange
Journal — France
Inflation : le gouvernement se félicite, les Français trinquent
L’OCDE a confirmé la baisse des revenus réels en France au premier trimestre 2022 de 1,9 %, une baisse plus forte qu’en Allemagne, en Italie ou aux États-Unis. Et les choix politiques ne sont pas pour rien dans ce désastre.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
Ce que nous rappelle la variole du singe
[REDIFFUSION] A peine la covid maitrisée que surgit une nouvelle alerte sanitaire, qui semble cette fois plus particulièrement concerner les gays. Qu’en penser ? Comment nous, homos, devons-nous réagir ? Qu’est-ce que ce énième avertissement peut-il apporter à la prévention en santé sexuelle ?
par Hervé Latapie
Billet de blog
Variole du singe : chronique d'une (nouvelle) gestion calamiteuse de la vaccination
[REDIFFUSION] Créneaux de vaccination saturés, communication inexistante sur l'épidémie et sur la vaccination, aucune transparence sur le nombre de doses disponible : la gestion actuelle de la variole du singe est catastrophique et dangereuse.
par Jean-Baptiste Lachenal
Billet de blog
Variole du singe : ce que coûte l'inaction des pouvoirs publics
« L'objectif, c'est de vacciner toutes les personnes qui souhaitent l'être, mais n'oublions pas que nous ne sommes pas dans l'urgence pour la vaccination ». Voilà ce qu'a déclaré la ministre déléguée en charge des professions de santé, au sujet de l'épidémie de la variole du singe. Pourtant pour les gays/bis et les TDS il y a urgence ! Quel est donc ce « nous » qui n'est pas dans l'urgence ?
par Miguel Shema
Billet de blog
Faire face à l’effondrement du service public de santé
Après avoir montré l’étendue et les causes des dégâts du service public de santé français, ce deuxième volet traite des solutions en trompe-l’œil prises jusque-là. Et avance des propositions inédites, articulées autour de la création d’un service public de santé territorial, pour tenter d’y remédier.
par Julien Vernaudon