« Merci Fakir ! »

Oui comme beaucoup d’entre vous, je m’intéresse à la situation nationale et internationale. D’innombrables  et talentueux éditorialistes, journalistes, historiens, sociologues, bloggeurs… décrivent avec justesse les causes et les conséquences de la catastrophe écologique, sociale et démocratique que l’humanité subit.

En ce début de XXIème siècle, nous avons accès à une multitude de sources d’informations écrites, sonores, visuelles qui permettent d’échapper, pour ceux qui ne se résignent pas,  au lourd pilonnage  médiatique du «Il n’y a pas d’alternative».

Mais pourtant, il arrive très souvent qu’à la fin de la lecture d’un essai, de la participation à une conférence, d’un visionnage d’un documentaire on se dit « ouais c’était bien, très bon exposé, très argumenté, c’est du lourd, oui mais maintenant   on fait quoi avec tout ça, on fait comment pour changer ? ». Certains préconisent et s’investissent dans le local, d’autres dans le global, dans des associations, dans les partis, dans les syndicats, beaucoup restent dans leurs chapelles militantes et au mieux se méfient, au pire combattent toutes initiatives extérieures à sa propre organisation.

De l’air, de l’air, j’ai adoptéFakir ! Il me fait rire, réfléchir et agir. Il réussit là où de nombreuses organisations, associations échouent dans la mise en mouvement. Je suis tout naturellement devenu « Fakirien » je ris, je réfléchis et j’agis.

Cinq fois par an arrive il arrive dans les kiosques. Fakir, comme il le proclame, est un journal lié à aucun parti, aucun syndicat, aucune institution. Il est largement rédigé, illustré et géré par des bénévoles. Son ambition est de fournir une contre-information rigolote sur la forme mais sérieuse sur le fond, combative mais pas sectaire.

François Ruffin, et son équipe  ne se contentent pas de publier de solides articles et dossiers  sur les inégalités, sur la dette, sur l’Europe, sur les douaniers, sur le productivisme… mais ils nous livrent également des histoires de vie  qui ne font jamais la une ; une caissière de supermarché, un ouvrier, une syndicaliste, un téléacteur. Ils nous font vivre et ressentir le quotidien et la réalité de nombre de collègues, copains ou parents qui sont à nos côtés. Fakir a le talent de rendre visibles les invisibles. 

Le patron de Fakir n’est pas qu’un journaliste ou comme il se classe lui-même un « petit bourgeois intellectuel ». Il ne résiste pas, non, il est à l’offensive, c’est un Combattant au front de toutes les luttes. Il monte sur la table  pour exhorter  toutes les forces disponibles à se rassembler.

Dans les manifs, nous chantons, «on lâche rien», « Résistance ! Résistance ! », il est temps de chanter « À l’attaque !», « nous devons nous battre ! », sortir de la tranchée.

Ça bouge, ça bouillonne d’actions, d’initiatives ce magma ne demande qu’à faire surface. « Merci Patron » le film de François Ruffin qui marche à fond (sortie le 24 février) est un excellent outil, une arme pour casser cette croute, pour une prise de conscience. Ce film est chargé de nombreuses munitions, il soulève un coin du tapis. Il raconte plusieurs histoires de ces personnes invisibles. Dans le torrent de l’actualité, quand il est annoncé des licenciements, on nous annonce un nombre, cent, mille plusieurs milliers mais jamais les photos des personnes sont montrées, jamais les noms sont publiés, jamais leurs histoires sont racontées, elles sont fondues, comme un bloc de métal en fusion, dans une masse numérique puis oubliées et abandonnées, le couvercle est refermé. Elles n’existent plus.

Il dresse un constat terrible et lucide sur la situation, un FN bombant le torse,  un PS obscène, une droite dans la surenchère, une gauche éparpillée dansant sur le cadavre du Front de Gauche tout en se chamaillant avec les verts et en observateurs snippers Lutte Ouvrière et le NPA.

François Ruffin a décidé de sonner la charge face une situation de plus en plus anxiogène. Il a un plan, le Plan B etteraves (voir le dernier n° de Fakir). Il  a la volonté de créer  une irruption pour craqueler l’épaisse couche de résignation, de lassitude, d’individualisme qui nous étouffe.

Il est urgent de rassembler partout dans son village, dans son quartier, dans sa ville, son département, les verts, les rouges, les prolos, les intellos, les bobos, les chômeurs, les Goodyear, les Notre-Dame-des-Landes, les Bure, les enseignants… Son appel arrive à point car Il y a un fond de l’air, un alignement des planètes,  le rejet contre la loi sur le code du travail, une pétition en ligne explosant les compteurs, la mobilisation de la jeunesse, constitution par des You tubeurs d’un collectif, le succès de la manifestation à NDDL,  des organisations débordées, le combat des Goodyear, le printemps qui pointe… le mois de mars s’annonce chaud c’est Mars Attacks!

 Cela me fait penser à une citation d’Howard Zinn auteur du livre « Une histoire populaire Américaine « Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera racontée par les chasseurs… ».  Je pense que les lapins ont trouvé en François Ruffin un historien du présent et que nous assistons à la revanche des lapins face aux chasseurs. On ressort de ce film ému, rigolard et révolté toutes les conditions sont réunies pour la mise en mouvement, pour le rapprochement entre tous les lapins.

François Ruffin démontre par ses écrits, son activité, sa combativité qu’il est possible de se sortir la tête du seau. Comme le dit la devise de Fakir « Parce que sans vous on ne peut rien. Mais avec vous, on peut beaucoup…. »

Levons-nous et maintenant c’est à nous de rire, de réfléchir et d’agir !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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