112 jours. Le 15 octobre 2023, les forces d’occupation israeliennes ont frappé un hopital à Gaza. L’horreur absolue que vivaient les habitants de l’enclave depuis plusieurs jours venait de monter d’un cran. Les mois suivants montreront que ce n’était malheuresement que le début d’une escalade dans l’horreur qui est loin d’être terminée. Mais revenons au 15 octobre. Ce soir là, sous le coup de l’émotion, Tahsin et une 20aine de palestiniens établis à Bruxelles descendent spontanément dans la rue et s’installent Place de la Bourse au coeur de la capitale belge. Ils sont rapidement rejoints par de nombreuses personnes et soutenus par certains partis politiques de gauche.
Quand ils prennent l’engagement de se réunir tous les soirs au même endroit jusqu’au cessez le feu, ils sont loin d’imaginer que 112 jours plus tard, ils y seraient toujours. Rapidement, un comité se forme. Il se nomme naturellement Brussels Stop Genocide. Leur slogan? Stop Stop Genocide et Ceasefire Now! A la tête du mouvement, Tahsin Zaki, un palestinien d’une 60aine d’années qui est en Belgique depuis 22 ans. Il est actif au sein de la Communauté Palestinienne en Belgique et au Luxembourg depuis plus de 20 ans. Autour de lui, quelques jeunes hommes et femmes, dont les noms et les visages deviennent rapidement familiers.
Tous les soirs donc depuis 112 jours les appels au cessez-le-feu résonnent dans la capitale. A la Bourse d’abord, puis marchés de Noël oblige, les rassemblements ont été délocalisés à la Gare Centrale. Désormais, ils se réunissent les vendredis à la Bourse et les autres jours à la Gare Centrale. A 18h. Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente. Aux rassemblements quotidiens, ce sont au mimimun 250 personnes, souvent beaucoup plus, qui sont présentes tous les soirs. Parfois, des députés se déplacent et prennent le micro.
Tahsin me raconte qu’il n’est pas rare qu’ils participent à deux voire trois manifestations le même jour. Comme ce jour où ils ont organisé un rassemblement devant le parlement européen en début d’après midi, rejoint une autre manifestation puis terminé à la Gare Centrale. Avec son comité, ils sont de toutes les manifestations, travaillent avec le PTB mais aussi avec l’ABP (Association Belgo Palestinienne) et organisent des actions ponctuelles axées sur le boycott. Leurs cibles? Les marques qui sponsorisent le génocide en cours à Gaza en finançant directement ou indirectement l’armée israélienne.
Le boycott est un axe important de l’action du comité Brussel Stop Genocide. Les rassemblements sont aussi l’occasion de discuter des actions à entreprendre après le cessez-le-feu. Et le boycott est un moyen efficace de pression pour faire en sorte que les crimes commis à Gaza ne restent pas impunis.
C’est quand il me parle de l’après que je sens l’émotion étreindre Tahsin. Il m’explique, la gorge serrée qu’ils ne seront pas contents quand le cessez le feu interviendra. Soulagés bien sûr à l’idée que les bombardements s’arrêtent. Mais c’est aussi à ce moment là que tout le monde prendra la mesure de ce qui s’est passé. De ceux qui ont disparu. Des 50 000 personnes coincées sous les décombres, des 70 000 blessés. De la destruction complète des habitations et des infrastructures. C’est à ce moment là que les Gazaouis pourront penser à ce qu’ils ont perdu. A ceux qu’ils ne retrouveront jamais. A leurs maisons qu’ils aspirent à rejoindre une fois que les bombardements auront cessé mais qui n’existent plus. Selon l’ONU, cela prendra des décennies pour reconstruire ce que l’occupant à détruit à Gaza.
Dans l’immédiat, c’est vers le maintient des aides à l’UNRWA, cette structure des Nations Unies qui vient en aide aux palestiniens, que Tahsin et ses camarades vont concentrer leurs actions et leurs efforts. Tahsin, comme nous tous, est révolté par l’attaque en règle contre cette structure qui est la dernière organisation en mesure de fournir aide humanitaire, nourriture mais aussi médicaments et assistance psychologique par exemple aux Gazaouis. Il faut se rendre compte qu’à Gaza, l’UNRWA apporte bien plus que de la nourriture. Il gère des écoles, régulièrement bombardées par l’armée d’occupation, des hopitaux, des centres de suivi psychologique et de nombreuses autres infrastructures et services indispensables. Couper les financements à cette structure sous l’égide de l’ONU, comme l’ont fait de nombreux pays occidentaux, soutiens inconditionnels d’Israel, c’est priver cette population qui endure déja des souffrances inimaginables - peut on imaginer un enfant qui subit une amputation sans anésthésie? - de leur seule chance de survie.
Pire encore peut être, pour Tahsin, la volonté des Etats Unis et de leurs alliés en s’attaquant à l’UNRWA, c’est de priver la population de tout espoir que cela va s’arranger. Pas de cessez-le-feu, pas d’aide humanitaire et maintenant plus d’Unrwa… Le but est qu’ils abandonnent, qu’ils abandonnent toute volonté de survie. Ils ont déja le sentiment que le monde entier, pays arabes en tête, les abandonnent. Priver l’Unrwa de financements, c’est ajouter la guerre psychologique aux atrocités des attaques et des bombardements aveugles.
C’est pour cela que dans les prochains jours, le comité Brussel Stop Genocide appellera à se rassembler devant les bureaux des Nations Unies à Bruxelles pour montrer son soutien à l’Unrwa. La Belgique n’a pas coupé les financements et préside actuellement l’Union Européenne et c’est un message positif qu’il faut appuyer pour faire pression sur les autres pays. Notamment sur les pays arabes qui ont les moyens de pallier à la perte de financements de cette structure indispensable à la vie des Gazaouis mais aussi des Palestiniens qui vivent en Cisjordanie ou dans des camps de déplacés.
Aux mots d’ordres Stop Stop Genocide et Ceasefire Now vont s’ajouter à Bruxelles des injonctions à ne pas couper les financements à l’Unrwa ces prochains jours. Hors de question pour Tahsin et son comité, de laisser tomber la pression. Les rassemblements quotidiens continuent et continueront jusqu’au cessez le feu.
Vous passez par Bruxelles? Rendez à la Gare Centrale tous les jours sauf le vendredi à 18h. Les vendredis, c’est Place de la Bourse que vous trouverez Tahsin, fidèle au poste.