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Billet de blog 7 mai 2024

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Traque policière des personnes exilées dans les gares à Calais

L'approche sécuritaire à la frontière franco-britannique est renforcée ces derniers jours. Sous couvert de protéger les personnes exilées face aux dangers que représente la traversée de la Manche, l’État français traque ceux qui tentent de passer la frontière. Un harcèlement quotidien aux gares doublé de faits de violences policières sont permis pour rendre la frontière imperméable.

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Mardi 23 avril au matin, 5 personnes cherchant à rejoindre le Royaume-Uni trouvaient la mort au cours d’une tentative de traversée de la Manche. Le soir-même, les forces de l’ordre sont intervenues de manière extrêmement violente à Calais pour empêcher au moins 151 personnes, dont 21 femmes et 10 enfants, de prendre le train en direction de Dunkerque.   

Aux alentours de 17h30, un groupe d’une soixantaine de personnes exilées sont expulsées d’un premier train par les agents de la sûreté ferroviaire, à la gare des Fontinettes à Calais. Contraint de quitter les lieux, le groupe de personnes traverse la ville à pied pour rejoindre la gare de Calais Ville et embarquer dans un train à destination de Dunkerque supposé prendre le départ à 18h35.  

Des membres de l’association Human Rights Observers se sont rendu.e.s sur place pour documenter l’intervention des forces de l’ordre. À deux reprises au cours de la soirée, des agents de la police nationale surarmés (LBD, gaz lacrymogène, boucliers) accompagnés d’agents la sûreté ferroviaire ont utilisé la force pour sortir toutes les personnes exilées des trains. Les forces de l’ordre ont d’abord effectué un tri des personnes dans le wagon au faciès avant d’entrer avec les gazeuses braquées sur les personnes et en tenant un chien par le collier prêt à être lâché. Des personnes exilées ont rapporté avoir été frappées par des agents de police équipés de matraques. Les personnes exilées et les associations présentes ont été repoussées jusqu’à la sortie de la gare sous les hurlements de la police et les aboiements du chien créant un élan de panique, les enfants pleuraient. 

L’ensemble du groupe s’est ensuite dirigé vers la gare routière pour monter à bord d’un bus qui a été annulé au dernier moment, probablement sur décision des autorités. Démunies, les personnes exilées ont à nouveau tenté d’accéder à un train, mais une nouvelle intervention policière tout aussi violente les en a empêché et au moins trois personnes exilées ont été arrêtées. À la sortie du quai de la gare, des agents de police disposés en ligne faisaient la Ola sur leur passage. Vers 20h50, la gare a été prématurément fermée et les personnes laissées à la rue, sans qu’aucune solution de mise à l’abri ne leur soit proposée. Les associations présentes pour documenter les violences ont également subi de multiples entraves, intimidations et violences.  

Depuis ce 23 avril, des dispositifs policiers massifs sont mis en place aux gares comme à la plage pour contrôler toutes les voies de passage. L'usage de la violence par les forces de l’ordre devient un moyen de verrouiller les accès au Royaume-Uni pour les personnes exilées. Le 29 avril, alors que l’équipe HRO est de nouveau appelée pour documenter une opération de police à la gare des Fontinettes à Calais, un groupe de 5 personnes affirme avoir été sorti du train violemment cinq fois dans la même journée. Ils retenteront de se rendre sur le littoral chaque jour qui suivra.  

La volonté “d’empêcher les gens de faire ces traversées très dangereuses” énoncée par le premier ministre britannique, Rishi Sunak, le jour même, se matérialise en fait par la mise en place de stratégies de harcèlement qui confinent à la chasse à l’homme. Les morts à la frontière sont instrumentalisées pour justifier des politiques répressives ayant pour seul résultat de mettre les personnes encore plus en danger. Jour après jour, les personnes qui souhaitent atteindre les côtes anglaises s’exposent à un double danger : celui que l’Etat Français impose à la frontière et celui que, par conséquent, la nature impose lors de la traversée. 

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