Amis médiapartiens, encore un effort pour débattre utilement

J'avais préparé un ultime commentaire à poster sur le fil du billet où Syvain Jean avait publié des citations d' A. Badiou pour changer, disait-il, de la "médiocrité d'Attac" et clic-clac! pas possible. L'auteur avait verrouillé les commentaires ce qui est désormais son droit mais n'en est pas moins un peu curieux dans la mesure où les derniers commentaires postés étaient relatifs au thème du billet, argumentés, non injurieux, le tout dernier, signé, kairos, me semblant d'ailleurs particulièrement judicieux. Quant au motif de ce verrouillage, pas un mot, pas une explication du maître des lieux: fait du seigneur. Passons...Me voilà quand même ennuyé: le commentaire que j'avais prévu ne justifiait pas forcément un billet dans la mesure où il s'adressait à un abonné en particulier et où j'étais conduit à y indiquer des traces autobiographiques; et d'un autre côté j'avais du mal à y renoncer parce qu'il me semblait avoir une portée allant malgré tout au-delà des deux interlocuteurs impliqués, au-delà de mon destinataire spécifique et de mon cas singulier. J'ai finalement décidé de poster un billet, en priant les médiapartiens intéressés de le lire comme un exemple de problème général de conduite des discussions, non comme un texte visant quelqu'un personnellement (je laisse d'ailleurs le soin à mon interlocuteur de préciser son nom, s'il le souhaite).

Le point de départ est donc un billet exprimant un accord avec "l'hypothèse communiste" de Badiou sans nuancer cet accord de la moindre réticence ou réserve.

Sur le fil, nous sommes quelques uns à évoquer les tragédies associées aux expériences dirigées par des leaders et organisations se réclamant du communisme, et j'insiste particulièrement auprès d'un interlocuteur approuvant Badiou pour qu'il ne traite pas avec une ignorance désinvolte les crimes commis notamment sous l'autorité de Staline, de Pol Pot ou - Badiou rendant toujours hommage à ce dernier - de Mao Tsé Toung.

Et voilà ce que le lis quelques commentaires plus loin, sous la "plume" de mon interlocuteur s'adressant un tiers:

"On me parle des déportations commises sous l'autorité de Staline. N'était-ce pas la même époque que celle où sous la férule d'Hitler on organisait des voyages en train? On me parle des atrocités commises sous la tutelle de Mao, ai-je rêvé les illuminations nocturnes et diurnes, jour aprés nuit, du Vietnam? Napalm et défoliant. [...]"

Autrement dit (peu importe ici l'auteur de ces phrases, c'est le procédé qui mérite examen) si on est indigné par les crimes de Staline, c'est qu'on est indifférent à ceux de Hitler. Si on parle des atrocités commises sous la tutelle de Mao c'est qu'on occulte les bombardements américains au Viet-Nam, etc.

Je ne pense pas que quiconque croira ici que je suis indifférent aux crimes nazis, ou jugera que lorsqu'un abonné de ce site dénonce le goulag, il trahit sa complaisance pour la barbarie hitlérienne. Pour ce qui concerne les bombardements US au Viet-am, je me permets juste d'indiquer que mon premier acte d'engagement, alors que j'avais 19 ans, a été d'abandonner, avec un camarade, les études de prépa où nous étions inscrits, pour tenter de rejoindre les Volontaires pour le Viet-Nam à la suite de l'Appel lancé par C. Bourdet et L. Schwarz; que ma 1ère manifestation politique avait pour but de demander la libération de militants incarcérés à la suite d'actions contre la violence américaine au Viet-Nam; et qu'une des raisons pour lesquelles je suis devenu "pro-chinois" c'est que la Chine apparaissait en 1966-67 comme le pays soutenant le plus résolument la résistance viet-namienne. Il n'y a là rien de bien glorieux et mon cas est bien sûr dérisoire. Mais il me semble montrer au moins qu'accuser quiconque est révolté par les crimes commis au nom du communisme d'être d'un certaine façon complice (au moins par omission s'il ne les dénonce pas partout et toujours quel que soit le sujet traité) des crimes du capitalisme, du fascisme, du nazisme, de l'impérialisme et de la traite coloniale, est absurde et/ou indigne et/ou intellectuellement malhonnête. Et qu'il serait préférable, pour la qualité et l'utilité des débats, de virer ce type de procédé polémique à la corbeille.

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