L'interdiction d'Orelsan

Acte 1 (2005)

A l'initiative du député UMP François Grosdidier, 152 députés et 49 sénateurs de droite demandent au Ministre de la Justice de poursuivre sept groupes de rap pour « outrage aux bonnes moeurs ».

Acte 2 (2006-2007)

Le rappeur Orelsan écrit une chanson intitulée « Sale pute » mettant en scène un type trompé qui pète les plombs et écrit dans un mail adressé à sa copine des trucs élégants dans le genre « j' vais te mettre en cloque et t'avorter avec mon Opinel » . La chanson n'est ni insérée dans l'album d'Orelsan, ni programmée dans ses prestations sur scène, mais est incorporée dans une video diffusée sur Internet. Le clip en question est artistiquement à « Orange Mécanique » de Kubrick ce qu'une raffarinade est à un aphorisme de Novalis et une chanson d'Yves Duteil à un poème de René Char, mais bon...

Acte 3 (2008-2009)

Des associations blogueuses et féministes invitent l'Etat et/ou la société civile à réagir contre la circulation publique d'un texte assimilable à une incitation à la violence contre les femmes. "Sale pute" passe de la provocation pour adolescents au statut d'affaire médiatique.

Acte 4, scène 1 (2009)

Les politiques se mobilisent. A droite, Valérie Létard, alors Secrétaire d'Etat à la Solidarité du gouvernement Sarkozy, annonce son intention de porter plainte pour que soit interdite la diffusion sur Internet. A gauche, Christophe Girard, socialiste chargé des affaires culturelles à la Mairie de Paris, fait retirer les CD d' Orelsan des médiathèques de la Ville. Le président socialiste de la Région Centre tente en vain d'obtenir que le rappeur soit déprogrammé du Printemps de Bourges mais Marie-Georges Buffet « obtient » l'assurance que « Sale Pute » ne figurera pas au répertoire du festival (étant entendu que la chanson n'était pas et n'est d'ailleurs jamais prévue au menu des concerts d'Orelsan). En revanche, la présidente de la Région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, demande et obtient qu' Orelsan soit effectivement déprogrammé des Francofolies de La Rochelle.

Acte 4, scène 2 (2009)

Divers artistes, dont Cali, très engagé dans le soutien à Ségolène Royal lors des dernières présidentielles, protestent avec force contre la censure d'Orelsan et expriment leur désaccord avec les organisateurs des Francofolies. Après l'affaire Hadopi, un deuxième coin pourrai être enfoncé entre certains artistes affichés à gauche et les responsables socialistes, plus particulièrement ici avec S.R.

Acte 4, scène 3 (2009)

Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP et son adjoint Dominique Paillé dénoncent l' « intolérable » déprogrammation d'Orelsan des Francofolies de La Rochelle.

 

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