Où il est question d'étudiants et de dreyfusards

Je me permets d'attirer l'attention sur deux ouvrages collectifs publiés récemment par les Presses Universitaires de Rennes, maison qui occupe une place originale dans l'édition académique française, non seulement parce qu'elle est la plus importante des presses universitaires locales ou régionales mais aussi et surtout parce qu'elle s'est dotée depuis plus d'une dizaine d'années d'un comité de lecture indépendant de l'établissement d'origine, l'université de Rennes 2. Elle s'est depuis peu transformée en Presses Universitaires de Rennes et du Réseau universitaire Ouest-Atlantique.

 

J'attache une importance un peu particulière au premier des deux ouvrages parce qu'il est pour moi l'aboutissement d'un travail engagé il y a une quinzaine d'années avec la réalisation de la première grande enquête (réponse de 25 000 étudiants à plus de 200 questions) de l'Observatoire national de la Vie Etudiante, et que j'en ai assuré la co-direction avec Olivier Galland, directeur de recherche au CNRS et actuel président du comité scientifique de l'OVE, et Guillaume Houzel, fondateur d'Animafac et président du conseil de l'OVE de 2001 à 2008. Mais le second ouvrage, relatif aux dreyfusards, m'apparaît particulièrement important du point de vue de l'articulation entre recherche et engagement, et je permets de souligner que trois des personnalités françaises qui avaient recueilli le plus de votes dans mon récent "sondage" médiapartien sur les figures contemporaines de l'héroïsme y ont signé une contribution.

 

Les étudiants en France. Histoire et sociologie d'une nouvelle jeunesse.

Sous la direction de Louis Gruel, Olivier Galland et Guillaume Houzel.

 

 

Au milieu du 20ème siècle, les étudiants constituaient une frange étroite de la jeunesse et étaient pour la plupart des garçons issus des classes supérieures. Ils forment aujourd'hui un groupe nombreux, plus important numériquement que celui des artisans et commerçants.

Même si on observe encore de fortes inégalités d'accès à l'enseignement supérieur, être étudiant est devenu la forme canonique de la jeunesse, le modèle social privilégié du passage au statut adulte, non seulement dans les métropoles mais aussi dans les villes moyennes, non seulement pour les garçons mais aussi pour les filles.

L' ouvrage qui associe les compétences d'historiens, sociologues, économistes, statisticiens, politistes, et est enrichi de nombreux tableaux et graphiques, propose pour la première fois une vue d'ensemble des transformations qui ont affecté le monde étudiant depuis le début des années 1960 et un éclairage particulièrement approfondi des variations observables depuis le milieu des années 1990. Il ne néglige aucun aspect de la vie étudiante: répartition de l'emploi du temps, argent, logement, alimentation, santé, pratiques culturelles, représentation et mobilisation, conditions d'étude, de réussite, d'insertion professionnelle. Et il ne cède jamais à la facilité de présenter un illusoire « étudiant moyen »: il décrit et analyse la diversité croissante d'un univers fortement contrasté selon l'origine sociale, le sexe et, plus encore, la classe d'âge et le type d'études suivies.

 

Etre Dreyfusard hier et aujourd'hui.

Sous la direction de Gilles Manceron et Emmanuel Naquet.

 

Publication qui sera sans nul doute un des grands ouvrages de référence sur le thème de l'engagement contre l'antisémitisme. Placée sous l'égide de Pierre Vidal-Naquet, elle réunit les contributions de quarante-cinq historiens et aussi celles de nombreuses personnalités au parcours remarquable dont Lucie Aubrac, Robert Badinter et Stéphane Hessel.

 

 

 

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