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Billet de blog 14 nov. 2021

Le « désir » : opium de l'élite ?

Assisterions-nous aujourd'hui, dans les élites françaises, à une forme de sacralisation du « désir » ? Le credo de cette religion (comme de toutes les religions) tourne autour d’affirmations dénuées de tout fondement scientifique, par exemple « Mon corps m’appartient » ou « Je ne dois rien à personne ». Nancy Huston

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“La religion est l’opium du peuple” Ce que Karl Marx veut dire quand il écrit cette phrase en 1827 dans sa Critique de la philosophie du droit de Hegel, c’est que si le peuple se drogue avec Dieu et des cantiques et de l’encens et des fadaises et des fariboles et de fantasmes de paradis, il ne fera pas attention à ce qui devrait le préoccuper, à savoir la lutte contre les injustices dont il souffre, l’exploitation de ses forces vives, et ainsi de suite. De plus en plus ces derniers temps, il me semble que le "désir" occupe cette place pour nos élites. 

Quand j’emploie le mot d’élite, ce n’est pas une insulte ; je parle simplement des classes cultivées dans les pays les plus riches du monde. Ce n’est bien sûr pas de notre faute si nous sommes nés en Amérique du Nord ou en Europe de l’Ouest au sein d’une famille aisée ; ce qui relève un peu plus de notre responsabilité, en revanche, c’est ce à quoi nous consacrons notre temps et nos énergies, or je suis frappée par la place primordiale qu’occupe le désir dans la vie et le discours de notre jeunesse dorée, place que l’on peut en effet décrire comme sacrée dans la mesure où elle semble coupée de tout, entourée d’un halo de sainteté irréfragable. Je voudrais essayer de montrer que ces paradis non pas fiscaux mais physiques, en Occident, ne sont pas sans lien avec des enfers qui subsistent et persistent ailleurs.

Ce n’est certes pas la première fois dans l’Histoire que l'on choisit de sacraliser Eros : cela s’est vu à Rome au Ier siècle de notre ère (d’où les sublimes scènes orgiaques de Naples, de Pompeï ou des villas de la côte amalfitaine), en Inde au IVe siècle (écriture du Kamasutra), au Japon au XVIIe (d’où les estampes érotiques de la tradition Shunga) ou encore en France au XVIIIe (le libertinage). Il serait intéressant de se pencher sur les conditions politiques et économiques ayant donné lieu, dans l'aristocratie de chacune ces sociétés, à une liberté exceptionnelle des femmes et à une prolifération de représentations et de discours novateurs autour des manières possibles de s’envoyer en l’air. Exemple plus facile à décrypter, peut-être, car venu d’un passé plus récent : les Etats-Unis au tournant des décennies 1960-1970. Il se trouve que j’ai vécu toute mon adolescence dans ce pays au moment où, au Viêt-Nam, l'horreur de la guerre était à son apogée. En même temps que des centaines de milliers d’autres Blancs de la middle-class, j’ai moi-même découvert et sacralisé le sexe ces années-là, et je pense que McNamara et Nixon, alors au pouvoir, ont dû être ravis d’entendre notre slogan Faites l’amour pas la guerre et de nous voir prendre la Pilule, se droguer à la Mary-Jeanne et s’entrebaiser jusqu’à pas d’heure dans la stupeur et le stupre – car, plus les jeunes du pays étaient obnubilés par leur nombril, moins cela faisait de monde aux manifs, et de voix fortes pour protester contre l’Agent Orange, le napalm, le viol des Viêt-namiennes, les massacres de My Lai et le million de victimes vietnamiennes de “Our Boys”, là-bas au loin.

De même, aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, j’avoue être légèrement stupéfaite de voir les jeunes gens cultivés décliner et disséquer la sexualité sous ses innombrables et inénarrables coutures, humano, pan, homo, bi, trans et a, alors que pendant ce temps ils laissent la bride sur le cou aux mâles dominants – chefs d’Etats, de tribus, d’Armées, d’Eglises, de Bourses, de banques et d’entreprises – qui conduisent inexorablement la planète à sa perte. Citons en vrac, pour ne prendre que l’exemple que du pays que j’habite, le fait que la France continue de se déployer militairement en Afrique, que son économie dépend très largement des armements y compris nucléaires qu’elle fabrique pour les vendre (ou dans l’éspoir de les vendre ! ça ne marche pas toujours ! voir ce qui vient de nous arriver avec l’Australie ! mais passons) à d’autres pays, et que ses compagnies de pétrole continuent d’extraire des hydrocarbures de la Terre, et que ses compagnies forestières continuent de détruire la forêt primaire en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, et que ses banques continuent de planquer des milliards dans des paradis fiscaux, et que 80% de ses hommes continuent de contribuer aux profits faramineux de l’industrie pornographique, et que 90% de ses travailleuses du sexe sont d’origine étrangère, souvent contraintes de louer leur corps pour rembourser le prix de leur venue en France, pardon, mais au vu de tout cela, et ce n’est qu’un échantillon modeste, nos orgasmes doivent-ils vraiment être la Mecque-plus-ultra de notre existence, l'acmé de son sens ?

Mes sorties à Paris ces derniers temps m’ont plongée dans le désarroi le plus total. Le hasard a voulu que je voie, en succession rapide : 1° Pour autrui de Pauline Bureau au Théâtre de a Colline, 2° Freda de Gessica Généus aux Sept Parnassiens, et 3° Le nécessaire déséquilibre des choses, de la compagnie Les Anges au plafond, au Théâtre 71 de Malakoff. Impossible de ne pas admirer les talents déployées par les deux pièces de théâtre en matière de scénographie, de musique, de jeu des comédiens, de mise en scène, de prouesses verbales. Mon intention ici n’est surtout pas de critiquer telle autrice ou tel projet de spectacle, mais de réagir au propos, afin d’étudier à la loupe les préoccupations de mes contemporains et de reconstituter la vision du monde à laquelle elles participent.

Le propos de la pièce de Bureau est de faire l’éloge de la gestation pour autrui en tant qu’emblème de la “sororité” entre femmes, du choix libre, reflet du désir et de l’amour. Une femme blanche, bouleversée de se trouver inféconde suite à une maladie, prend avec son mari blanc la décision de procéder à une fécondation in vitro. Ils auront une petite fille blanche grâce à la participation – joyeuse quoique naturellement pas gratuite – d’une jeune femme brun clair de San Francisco. À de nombreuses reprises, le texte insiste sur le fait que cette enfant va naître parce que ses deux parents l’ont désirée. Un peu comme le mot amour dans le théâtre de Racine, le mot désir dans la philosophie de l’élite contemporaine agit comme un sésame, expliquant et justifiant tout.

Il en va de même dans Le nécessaire déséquilibre des choses. Ici encore, tout en rendant hommage aux qualités formelles du spectacle – véritable fantasmagorie avec marionnettes, acrobates et un génial quatuor à cordes qui joue tout en se déplaçant avec les acteurs –, je me concentrerai sur le propos : grâce à la miniaturisation, une équipe d’explorateurs se glisse à l’intérieur d’un corps humain pour en ausculter tour à tour le cœur, les tripes et le cerveau, afin de percer à jour le mystère du désir. La trame de leur travail n’est autre que Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes.

Comme c’est cocasse ! Peu de temps après mes années hippies aux U.S.A., où je n’ai pas milité contre la guerre du Viêt-nam, j’ai précisément assisté au séminaire de Barthes où se révélait peu à peu ce livre, me rendant à l'École des hautes études en sciences sociales le mercredi soir comme d'autres à l'église le dimanche matin, prenant religieusement des notes, c’est le cas de le dire, oui avalant comme une ostie cette dose de savoir sur le désir, me mettant à genoux devant les figures dites de l’Attente, du Je-t-aime ou du Non-vouloir-saisir, sans prêter la moindre attention aux mises en garde, à la même époque, de René Dumont sur le changement du climat et la destruction de la biodiversité.

Ce qu’ont en commun les deux spectacles, c’est la perception de l’être humain comme un “sujet désirant” (désirant copuler ou se reproduire, peu importe) et rien d’autre. Un être solipsiste, c’est-à-dire, sinon autoengendré, du moins autonome. Un être dégagé de tout souci économique : en France où 15% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, le couple de Bureau peut sortir de sa poche sans problème 160 000€ pour louer l’utérus de son choix. Pas non plus d’empreinte carbone, apparemment : le couple fera tranquillement 5 000 km en avion pour aller chercher la fille de son désir. Dans Le Nécessaire déséquilibre des choses, le sujet amoureux qu'étudient les scientifiques est plus autonome encore : il n’a ni parent ni enfant, ni cercle amical ni activité professionnelle, ni nationalité ni religion, ni contrainte sociale d’aucune sorte. À la différence des personnages universels de Beckett ou de Charlot, ce n'est clairement ni un SDF ni un vagabond. C’est juste “quelqu’un”, toujours-déjà-adulte, ni trop jeune ni trop vieux ; sans que cela soit précisé, on le soupçonne d’être blanc de peau et mâle de sexe.

Coïncidence : la compagnie qui joue le Nécessaire déséquilibre s’appelle Les anges au plafond, et le sous-titre de la pièce de Bureau est La part des anges. Décidément, la jeune génération française semble vouloir sortir de la sexuation (mot qui veut dire division, scission) pour évoluer dans le paradis où les anges ne sont ni hommes ni femmes et où, surtout, baise et bébés n’ont rigoureusement rien à voir.

Dire qu’avec Freda de Gessica Généus le contraste est violent, c’est peu dire. Voilà un des très rares longs-métrages de fiction produit et réalisé en Haïti par une Haïtienne. C’est l’histoire d’une mère célibataire qui survivote grâce à une petite épicerie, et cherche à garantir comme elle peut (maladroitement et mal) l’avenir de ses trois enfants. Moïse le fils doit partir étudier à l’étranger. Attentive aux vœux de sa mère, Esther va se blanchir la peau et réussir à épouser un homme riche, quitte à en subir des violences... Freda, étudiante qui travaille comme serveuse, cherche à comprendre l’histoire de son pays et ses désordres contemporains. Elle renoncera à s’exiler pour suivre l’homme qu’elle aime, car elle ne peut se résoudre à abandonner sa famille, ni à tourner le dos à son pays aimé et meurtri, où 70% de la population vit avec moins de deux dollars par jour.

Faire l’amour, fonder une famille : thèmes éternels du théâtre et du cinéma, en Occident comme ailleurs. Mais là, dans ces trois spectacles que seul le hasard du calendrier a rapprochés dans mon esprit, m’a soudain éclaté comme une évidence la singularité de nos attitudes sur ces thèmes. Ressortent, intactes, les vieilles rengaines de Sartre et de Beauvoir : à bas “l’immanence”, c’est-à-dire tout ce qui est donné, tont ce qui me relie aux autres sans que cela résulte d’une décision personnelle de ma part ; vive “la transcendance” : tout ce que, dans ma liberté d’individu souverain, je choisis. Le credo de cette religion (comme de toutes les religions) tourne autour d’affirmations dénuées de tout fondement scientifique, par exemple Mon corps m’appartient ou Je ne dois rien à personne.

En gros, les liens et et les dettes, c’est (bon) pour les ploucs, les pauvres, les Autres. Va dans le même sens l’enquête récente d’un grand journal du soir sur la sexualité des jeunes : sans exception, toutes les photos illustrant cet article de trois pages montraient des corps blancs... et sûrement à juste titre, la “pansexualité” n’étant sans doute pas un souci majeur à Sarcelles. C’est curieux – car je suis à peu près certaine qu’interrogées au sujet de l’environnement, par exemple, ou de l’élevage industriel, ces mêmes jeunes répondraient que les humains font partie de la nature, du règne animal (peut-être même sont-ils végétariens !), et qu’il ne faut maltraiter ni les bêtes ni les forêts. Du reste, l’enfant qui résulte de la GPA dans la pièce de Bureau est une fille à “haut potentiel” qui, toute petite déjà, apprend à parler avec les arbres. Il n’empêche que, probablement sans s’en rendre compte, ces jeunes adhérent à la consternante philosophie de l’individu-roi, à travers laquelle l’Occident a mis la planète Terre dans le pétrin.

En réalité, les désirs sacrés des Blancs bien-portants et aisés sont nettement moins apolitiques et angéliques qu’ils ne le croient. Il ne faut pas oublier que la petite ville de Paris, à population majoritairement blanche, est entourée d’une mégapole sept fois plus grande, peuplée essentiellement d’immigrés, d’enfants ou de petits-enfants d’immigrés non-blancs venus des anciennes colonies, et que ce sont eux qui, en travaillant jour et nuit, souvent sans papiers donc sans droits aussi, construisent, nettoyent et réparent les machines, voitures, immeubles, centres commerciaux, métros, ponts, routes, rues et égoûts qui permettent aux nantis de se livrer à l’exploration vertigineuse de leurs désirs et de leurs orgasmes.

Ensuite, pour revenir aux merveilles de la reproduction contemporaine, il n’est peut-être pas inutile de rappeler quelques faits médicaux. Les statistiques ethniques étant interdites en France (Tartuffe, quand tu nous tiens !), je citerai des chiffres états-uniens. Alors que le taux d’infertilité parmi les Africaines-Américaines est à 150% de celui des Européennes-Américaines, pour des raisons liées à des cas non traités de chlamydia et gonorrhée, de MST ayant pu conduire à des maladies gynécologiques inflammatoires, de carences nutritionnelles, de complications d’accouchement et d’IVG, de dangers environnementaux et sur le lieux du travail, ce sont presque exclusivement des couples blancs, éduqués et aisés qui recourent aux FIV et autres procédures de reproduction high-tech. “Pour les couples blancs, écrit Laura Harrison dans Corps marrons, bébés blancs*, l’infertilité est très souvent le premier défi auquel ils doivent faire face, tandis que les Noirs sont préoccupés par des défis primordiaux tels que se nourrir, se loger et s’habiller.”

Quant aux Fragments du discours amoureux, qu’à vingt-deux ans je cueillais précieusement telles des perles tombant des lèvres charnues de Roland Barthes et assemblais en un collier magique pour pouvoir le tripoter ensuite, comme une Catholique son chapelet, ils ont été pulvérisés lorsqu’en 1987, lisant Incidents, j’ai découvert que mon professeur trouvait normal de payer de jeunes hommes marocains pour lui “faire l’amour”. Le livre contient une bonne quarantaine de prénoms arabes désignant les corps que, pendant ses vacances, Roland Barthes accueillait dans son lit. 

Me dérangent, en somme, non pas les manières diverses et variées que trouvent les jeunes aujourd’hui pour prendre leur pied (pas si différentes que cela, tout compte fait, des manières de ma génération à moi), mais la philosophie et la politique qui semblent sous-tendre ces pratiques, et qui peuvent se résumer ainsi : Après mon désir, le déluge.

* NYU Press, 2016.

 Nancy Huston

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