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Billet de blog 3 juin 2011

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«L’État n’est pas la solution, c’est le problème.» Voilà ce qui se termine en ce moment: le «thatchérisme» et les «reaganomics». Nous ressentons une déréliction similaire à celle vécue par les dirigeants des pays de l’Est lors de l’effondrement des murs communistes.

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«L’État n’est pas la solution, c’est le problème.» Voilà ce qui se termine en ce moment: le «thatchérisme» et les «reaganomics». Nous ressentons une déréliction similaire à celle vécue par les dirigeants des pays de l’Est lors de l’effondrement des murs communistes.

Le périmètre du pouvoir est quantifié par la sphère de l’argent, sachant qu’une sphère s’étend moins vite qu’une longueur, un très petit nombre de fortunes décide du partage du Monde au grès de ses appétits, leur dogme : la lutte contre l'inflation. Elle a tué la politique héritée de l’après-guerre défavorable au profit et à l'investissement. Un autre dogme : la politique ultralibérale, contre Keynes et l'État-providence, a supprimé le contrôle des changes, libéré prix et salaires, déréglementé le marché des capitaux. Elle a réduit la fiscalité des entreprises, coupé de façon drastique dans les budgets publics et les dépenses sociales, privatisé à tout va, dilué les forces des contre-pouvoirs. Cette élite a pris toutes ces mesures pour tenter d’enrayer le déclin des « grandes Nations ».

Le slogan « parce que je le vaux bien » résonne dans l’esprit de chacun d’entre nous comme une invite égoïste à la marchandisation totale. Payer c’est peser, sur les pauvres, sur les institutions, sur la nature, sur les idées. Les satisfactions prennent des valeurs « hyper » pour l’individualisme, la consommation, les marchés. En tant qu’individu, replié sur nous même, nous existons pour et par notre corps. De façon centripète, d’abord, notre corps absorbe une multitude de produits, aliments, crèmes, tatouages, piercing, implants, jusqu’au pathologique. De façon centrifuge, ensuite, l’humain prolonge ses organes par des outils, s’épanouit en plasticité technique1, fonctionne en genre et en posture, si fort que l’âme s’y incarne directement et transpire à la surface «d’un corps pensant ». L’impératif est compétition – réussir ou mourir – apparaître c’est être, acheter fort cher des automédecines performatives.

Il nous arrive d’envisager que « c’était mieux avant » : les trente glorieuses, les gendarmes du monde, la culture du standard. Mais l’arrière pensé « si ça se vend, c’est que c’est bon » persiste dans les choses et les esprits en mode rétro. Le capitalisme survivra-t-il une fois encore aux « changements qui ne changent rien » ? Parce que nous comparons la toute-puissance des grandes entreprises à des féodalités, nous balançons entre la résignation et l’espoir d’une Révolution Française. Comme avant la Seconde Guerre mondiale, Le renforcement insolant des Puissants qui affament de plus en plus de personnes nous porte à croire que la France du Pacte du Conseil National de la Résistance de 1944 ne correspond plus aux réalités actuelles. Nous réfutons la position de « riche », devant ces pauvres, au motif que d'autres le sont beaucoup plus. Mais nous constatons la disparition des classes moyennes issues de ce fameux pacte. Pourtant, il demeure une base irésiliable pour les pays européens et une priorité d’application pour les pays défavorisés. Cette véritable charte de rénovation sociale préconise l'indépendance du syndicalisme et un régime général de sécurité sociale. Elle vise à instaurer, par de profondes réformes de structure, une « véritable démocratie économique » et à abattre les « grands seigneurs féodaux de l'économie ». Elle annonçait les nationalisations des grands secteurs de base (sources d'énergie, sous-sol, compagnies d'assurances, banques) et affirmait la nécessité d'une économie dirigée et planifiée. Elle demandait une extension des droits politiques pour les indigènes des colonies, la démocratisation de l'enseignement permettant l'émergence d'une « élite véritable, non de naissance, mais de mérite » ; elle préconisait aussi des mesures d'épuration2.

Les propositions des politiques oscillent entre rafistoler le modèle ou le faire voler en éclat. Rafistoler jusqu’à quand ? Le faire voler en éclats pour le remplacer par quoi ?

1 G. Canguilhem, Le Normal et le pathologique, P.U.F. 1943

2 C.N.R. (Conseil national de la Résistance) Article écrit par Armel MARIN © E.U 2011.

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