Les hypertendus sévères ne sont plus suffisamment malades pour bénéficier du remboursement des soins liés à leur pathologie au montant de 100 %.
Définitions :
La pression artérielle correspond à l'équilibre entre la poussée exercée par le sang perpendiculairement à la paroi des vaisseaux sanguins et la réaction de ces vaisseaux à la poussée sanguine. Les artères sont plus rigides et, de ce fait, traduisent mieux les variations de pressions dues aux mouvements sanguins animés par le cœur.
Cette pression, abusivement appelée « tension » artérielle se mesure en Hpa (hectopascal) ou en mmHg (millimètre de mercure). Elle est prise sur une artère du bras (d'autres sites sont possibles) au moyen d'un tensiomètre à brassard inventé par le bon Pr Pachon.
Deux mesures sont exprimées. D'abord celle résultant de la pression exercée lors de l'éjection du sang par la contraction du cœur, la pression systolique, qui est la plus élevée. Ensuite la pression exercée lors du remplissage du sang par le relâchement du cœur, la pression diastolique, qui est la plus faible.1
On définit des seuils d'hypertension différents selon que « l'objectif est de décrire une population, d'estimer un risque ou de décider d'une intervention thérapeutique. »2
Chiffres limites des différents niveaux d'hypertension (Pression systolique Pression diastolique)
HTA sévère PS > 180 mm Hg PD > 110 mm Hg
HTA stade 2 PS > 160 mm Hg PD > 100 mm Hg
HTA stade 1 PS > 140 et < 159 mm Hg PD > 90 et < 99 mm Hg
En dehors de complications cardio-vasculaires ou de diabète, l'objectif tensionnel inférieur à 140/90 mm Hg n'est pas utile.3
Populations concernées :
Il s'agit de la plus fréquente des affections cardio-vasculaires (20 % de la population adulte), problème majeur de santé publique des pays développés et émergents . Elle se situe après le tabac et avant l'alcool comme facteur diminuant le nombre d'années de vie en bonne santé.
l’hypertension artérielle augmente la morbidité et la mortalité cardio-vasculaires. C’est une cause directe ou un acteur de risque pour l’athérosclérose coronarienne, l’insuffisance cardiaque, l’hypertrophie ventriculaire gauche, l’endommagement de l’endothélium, les accidents vasculaires cérébraux, l’angine de poitrine, la diminution de réserve de vasodilatation coronarienne. Elle est par ailleurs une pathologie à part entière qui affecte principalement le cerveau, le cœur et les reins.4
Peu de personnes sont atteintes avant 20 ans, puis le pourcentage augmente régulièrement à 40 % pour les 65 ans et à 90 % pour les 85 ans. Les hommes sont plus concernés que les femmes non ménopausée, ensuite les risques s'égalisent.
L'hypertension artérielle augmente avec le poids, la malnutrition (excès de sodium, manque de potassium, forte consommation d'alcool), la sédentarité, les dérèglements hémodynamiques au niveau des systèmes nerveux centraux et périphériques, les dérèglements hormonaux ( insuline, adrénaline, rénine, angiotensine, aldostérone et prostaglandines). Elle peut être liée à une hérédité familiale, une malnutrition fœtale, avec faible poids à la naissance, un mauvais fonctionnement des néphrons dans les reins, une hypertrophie vasculaire ou une mauvaise fonction de l’endothélium ou à une maladie sous-jacente.
Les estimations, en France, en 2011, sont de 15 millions d'hypertendus dont seulement 8 millions sont traités.
Prise en charge par l'assurance maladie :
Jusqu'au décret n° 2011-726 du 24 juin 2011, l'exonération du ticket modérateur, initiale de 5 ans et renouvelable, pour hypertension artérielle sévère est accordée devant l'existence de deux des trois constatations suivantes :
1° Attestation par le médecin traitant que la pression artérielle en l'absence du traitement a été égale ou supérieure à 180 mmHg (pression artérielle systolique/ PAS) et/ ou 110 mmHg (pression artérielle diastolique/ PAD) à trois consultations successives, sauf contexte d'urgence, qu'il y ait ou non des signes cliniques ou paracliniques de retentissement tels que ceux décrits ci-dessous ;
2° Attestation par le médecin traitant que la pression artérielle quoique inférieure à 180 mmHg (PAS) et/ ou à 110 mmHg (PAD) a été supérieure à 140 mmHg (PAS) et/ ou 90 mmHg (PAD), à plusieurs consultations successives espacées de plusieurs semaines ou que le diagnostic d'HTA a été confirmé par automesure ou mesure ambulatoire et qu'elle est associée à au moins l'un des signes de retentissement organiques suivants :
― hypertrophie ventriculaire gauche et/ ou ischémie myocardique ;
― insuffisance coronarienne ;
― microalbuminurie à 30 mg/ j ou 20 mg/ l ;
― insuffisance rénale (DFG ¸ 60 ml/ min) ou protéinurie 500 mg/ j ;
― accident ischémique transitoire (AIT) ou accident vasculaire cérébral (AVC) ;
― hémorragies ou exsudats à l'examen du fond d'œil (stade III) ou œdème papillaire (stade IV) ;
― artériopathie des membres inférieurs et aorto-iliaque ;
3° Prescription continue depuis trois mois, de trois classes d'antihypertenseurs au moins, reconnus comme tels par les commissions compétentes, et prescrits chacun à la dose quotidienne optimale.5
Les estimations, en France, en 2011, sont de 11,8 milliards d'Euro pour l'assurance maladie.
Des économies sur le dos des plus fragiles :
La lutte contre les maladies cardio-vasculaires est une grande victoire de la médecine des années 1970 à 1990, elle à permis d'augmenter l'espérance de vie de plusieurs années parce qu'elle est accessible au plus grand nombre. Déjà, les plus pauvres ne peuvent faire faces aux déremboursement de médicaments ou aux dépassements d'honoraires. Ils sont rejoints dans cette régression par ceux qui ne peuvent se financer une assurance maladie complémentaire et qui devront payer la part que ne prend plus en charge l'assurance maladie obligatoire pour ces pathologies.
Un effet pervers connu de cette mesure consiste, pour le malade sans moyens, à retarder les soins et les préventions mal remboursés en chronique pour se faire hospitaliser en aigu dans des services hospitaliers. La balance finale, en terme de coût, penche vers un plus dépensé même si le gouvernement cherche à encadrer les factures de ces services. À moins qu'un dernier effet pervers qui est de « laisser partir » les plus fragiles socialement et financièrement ne soit orchestré pour assainir les dépenses de santé.
1 http://www.inserm.fr/thematiques/circulation-metabolisme-nutrition/dossiers-d-information/hypertension-arterielle
2Revue Prescrire 12/2006 Tome 26 N° 278 Page 843
3Revue Prescrire 04/2010 Tome 30 N° 318 Page 316
4http://www.inserm.fr/thematiques/circulation-metabolisme-nutrition/dossiers-d-information/hypertension-arterielle
5http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000023456250&dateTexte=&categorieLien=id A N N E X E CRITÈRES MÉDICAUX UTILISÉS POUR LA DÉFINITION DES AFFECTIONS DE LONGUE DURÉE OUVRANT DROIT À LA SUPPRESSION DE LA PARTICIPATION DE L'ASSURÉ AU TITRE DE L'ARTICLE L. 322-3