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Billet de blog 6 sept. 2011

Loyers : un peu de benchmarking, M. Apparu !

Le 9 mars, par une tribune publiée dans Les Echos, le secrétaire d'Etat au Logement, Benoist Apparu, avait justifié son refus définitif d'une politique d'encadrement des loyers : si la puissance publique se mêle du mètre carré, les propriétaires ne loueront plus - ou alors des taudis.

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Le 9 mars, par une tribune publiée dans Les Echos, le secrétaire d'Etat au Logement, Benoist Apparu, avait justifié son refus définitif d'une politique d'encadrement des loyers : si la puissance publique se mêle du mètre carré, les propriétaires ne loueront plus - ou alors des taudis.

Cette fausse évidence est pourtant régulièrement contredite, notamment en Allemagne, un pays si souvent pris en exemple par l'UMP lorsqu'il s'agit de justifier de nouvelles attaques contre les droits sociaux. Curieusement, la droite range au vestiaire le modèle allemand qu'elle chérit tant lorsqu'elle traite de la question du logement. Pourtant, il mérite le détour. Outre-Rhin, le prix moyen de la location est de 7,80 euros le mètre carré. Les Parisiens, et les 120 000 demandeurs de logement social de la capitale, apprécieront la différence : leur moyenne est de 19,10 euros.

En cette rentrée de septembre, ce tour de passe-passe idéologique prend une toute autre saveur à la lecture de l'étude « Prix et Salaires 2011 » de l'Union des Banques Suisses. Celle-ci, publiée tous les deux ans, compare le pouvoir d'achat des habitants de 73 villes dans le monde, de Tokyo à Nairobi, de Buenos Aires à Vilnius. En 2009, les résultats étaient déjà très inquiétants pour les villes françaises, et surtout pour Paris. Cette dernière était la 10e ville la plus chère du monde, la 23e pour les salaires. En termes de pouvoir d'achat, elle arrivait en 27e position, du fait de l'écart considérable entre le coût de la vie et le revenu des personnes. En 2011, malheureusement, c'est encore pire : Paris est encore plus chère (9e) et ses habitants ont encore moins de pouvoir d'achat (28e). Et il n'y a aucune raison que ce consternant mouvement de paupérisation des Parisiens ne se poursuive pas. Du moins, tant qu'on se refuse à briser le tabou de ce qui leur coûte le plus cher : les loyers.

Car en attendant et en ne voulant pas troubler le long fleuve tranquille de la spéculation immobilière, comme Benoist Apparu le fait, nous aggravons une crise sans précédent depuis 1945. Nous chassons les salariés, les petits retraités et les jeunes du cœur des grandes villes en général, et de Paris en particulier. Avec eux, c'est l'esprit même de la ville qui s'en va, cette capacité de l'espace urbain à faire vivre ensemble des hommes et des femmes venus d'horizons différents. Or c'est précisément cette diversité qui fait que « l'air de la ville rend libre », pour reprendre les mots de Walter Benjamin. Manifestement, telle n'est pas la préoccupation du secrétaire d'Etat au logement, qui renchérit encore, ajoutant le cynisme à la lâcheté avec sa fameuse taxe sur des petites surfaces qui dépassent 40 euros le mètre carré. Ainsi, on autorise la studette (13 mètres carrés) à 520 euros - en Allemagne, le prix moyen est de 102 euros, selon l'Agence Nationale de l'Habitat (ANAH).

Cette pharamineuse différence ne tient qu'à une mesure - ou plutôt deux : le contrôle des loyers, d'une part, et la construction massive de logements sociaux, d'autre part. Au début des années 90, le gouvernement allemand a lancé un vaste programme de construction d'un million de logements pour répondre aux besoins de la réunification. Du coup, aujourd'hui, elle ne connaît pas cette pénurie qui est la nôtre, et qui nourrit le phénomène spéculatif. A Paris, ce n'est que depuis 2001, notamment à l'initiative des élus communistes, que le mouvement a été relancé. D'un millier, le nombre de nouveaux logements sociaux est passé à plus de 6000 par an, aujourd'hui. Dès 2014, nous atteindrons le seuil de 20 % rendu obligatoire par la loi SRU. Il faudrait aller encore plus loin, porter ce rythme à 10 000 créations par an, et viser 30 % pour 2030. Sans cela, nous ne ferons que ralentir, endiguer tant bien que mal, la spirale spéculative. Pour en sortir, il faut redoubler d'efforts.

Et pendant ce temps, l'UMP fait l'autruche. L'idéologie de la droite française est à ce prix : celui du mètre carré. Exorbitant. Pourtant, le niveau moyen des loyers participe d'un logique de justice sociale. Le logement n'est pas une « marchandise » comme une autre : les Allemands l'ont bien compris et ont su bâtir une législation en ce sens. Tous les deux ans, différents partenaires se retrouvent : associations de propriétaires, de locataires, bailleurs, experts immobiliers - et se mettent d'accord sur un chiffre ou une fourchette. Le rapport de forces entre le locataire et le propriétaire n'a rien à voir avec ce que nous connaissons en France. Il affirme les droits du locataire qui, outre-Rhin, a le droit de contester un loyer au tribunal - qui peut décider de le baisser. Si le gouvernement se prêtait à un peu de « benchmarking », lui qui en habituellement si friand, et acceptait l'idée d'un encadrement des loyers, gageons que l'étude « Prix et Salaires » de l'UBS serait bien plus agréable.

Ian Brossat, président du groupe PCF/PG au Conseil de Paris, élu du 18ème

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