Conscience universelle.

Il y a une conscience non réflexive, qu'on peut nommer “conscience inconsciente”, et une conscience réflexive, qu'on peut nommer “conscience consciente d'elle-même”. Les deux requièrent la présence d'un “autre”, la première d'un “autre” inconscient, la seconde d'un “autre” conscient. La conscience réflexive est celle d'un “autre” qui est un “soi”

Cet extrait de Démon, (article de Wikipédia presque vide, pour en connaître plus, voir l'article anglophone) le dernier volume du triptyque Gaïa de John Varley, un de mes auteurs favoris, me semble une bonne approche de la question.

«Gaby sentit un désespoir sans fond. Ce doit être l'enfer.
“Non, ça ne l’est pas. Ça aussi, c’est tout du bidon”. Gaïa s'interrompit, le temps d’écrabouiller l'obscénité qui lui braillait dans la main avant d’essuyer ses doigts ensanglantés sur le bras du fauteuil.
“La vie et la mort ne sont pas aussi importantes que tu le penses. La conscience, voilà la véritable énigme. La conscience que tu as de toi-même en tant qu’être vivant. Tu te rappelles ta mort, tu crois te souvenir d’avoir flotté dans l’espace jusqu’ici, il n’y a pas si longtemps. Mais le temps est trompeur à ce niveau. Tout comme la mémoire. Enfin. tu n’es pas un revenant. si ça peut te consoler.
“Tu m'appartiens”, susurra Gaïa, reproduisant le geste qu’elle avait fait pour écraser le Doulos. “Je t’ai clonée, je t’ai enregistrée, j’ai pris tout ce qui relevait de la “Gaby-tude” dès la première fois que tu t’es pointée ici. Cirocco. idem. Depuis lors, j’ai constamment été remise à jour par ce petit salaud dans ta tête. Je n'ai rien de surnaturel. je ne suis certainement pas Dieu. du moins pas de la manière dont tu imagines Dieu..., mais, ça oui, je suis une sacrée putain de magicienne. La question de savoir si toi, Gaby Planget, la petite fille de La Nouvelle-Orléans qui aimait les étoiles. tu es réellement morte là-dessous, à Thétis, est un débat philosophique qui relève en fin de compte de la coupure de cheveux en quatre. Ça ne vaut pas le coup. Tu sais fort bien que la conscience à laquelle je m’adresse en ce moment même, c’est toi. Soutiens-moi le contraire si tu peux”.
Gaby ne le pouvait pas.
“Tout est fait par un jeu de miroirs, dit Gaïa, écartant le sujet d’un haussement d’épaules. Si t’avais une "âme", eh bien, elle m’aura échappé et elle est remontée vers ton anthropomorpho-catho-judéo-chrétien de ‘paradis’, ce dont personnellement je doute, car je n’ai jamais capté d’émissions de radio venant de la-haut. Tout le reste de toi m’appartient”»
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 Je vous conseille la lecture de cet auteur qui, comme tous les meilleurs auteurs de science-fiction dans sa branche speculative fiction, parle avec une grande acuité de notre réalité ici et maintenant. Un écrivain intempestif, “qui n'est pas d'un temps”, donc toujours pertinent quel que soit l'ici et le maintenant.

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