«The Lighthouse»

Comme quête ou punition, doit-on «mériter» la Lumière ? Si ce film était une peinture, elle serait sans nul doute du courant symboliste, parlant plus à notre imaginaire qu’à notre regard. C’est une parenthèse hors du temps et loin de tout continent que l’on se doit de s’accorder.

The Lighthouse (de Robert Eggers) avec Willem Defoe et Robert Pattinson 

  Comme quête ou punition, doit-on mériter la Lumière ?

Accéder au bonheur d’être, tout simplement, au présent, répondre de sa chair, et répondre à sa chair insatiable.

S’affranchir de son enfer intime.

Ce for intérieur qui se fait forteresse et nous abrite autant qu’il nous enferme.

S’habiter, oui, totalement s’habiter. Jusque dans les pièces les plus étroites, les plus obscures, les plus retirées, les plus inaccessibles. Oser pénétrer en celles dont suinte ce filet de lumière et libérer le « Grand captif généreux », Celui que nos égarements auront opprimé, et Le laisser aller, avec ou sans nous.

Si ce film était une peinture, elle serait sans nul doute du courant symboliste, parlant plus à notre imaginaire qu’à notre regard.

En « black and white », ténébreux, tranchant, peuplé d’allégories et de figures mythologiques :

  •   Le phare, allégorie du guide, érection jaillissante, perforant la nuit.
  •   La nature déchainée, surpuissante, implacable, telle la justice des Hommes à laquelle on peut se soustraire tandis que la transgression nous habite à jamais.

Le souvenir, affranchi des remords inutiles, propulse en un huis clos, deux échoués, rescapés du jugement des hommes et prisonniers de leurs démons. Deux inconnus érigés en juge l’un de l’autre.

Le poids que l’on pressent chez l’Autre nous allègerait-il de notre propre fardeau ? 

L’Endroit des Etres, pétris de Temps n’échappe au Plein-Ciel-Océan qui fait face, efface, s’efface.

En sortant de cette salle d’art et essai, une spectatrice me confie, confuse: « J’avoue ne pas avoir tout compris ».

Certaines œuvres cinématographiques n’en appellent ni à l’aventure accessible, ni même à la réalité romancée. Pour peu que la présentation écrite soit brève, constellée de points de suspension et que la bande-annonce ne soit pas davantage explicite, laissons notre rationalité à la porte et abandonnons-nous à cette expérience émotionnelle et esthétique.

C’est une parenthèse hors du temps et loin de tout continent que l’on se doit de s’accorder.

Que ressurgisse alors, à mille ans de la rive, mieux que la mort d’un rêve, le rêve d’une mort, docile, le temps d’une île.

The Lighthouse The Lighthouse

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.