Cachez ce noir que je ne saurais voir

S'il vous plaît, messieurs les législateurs ! Hâtez-vous de légiférer ! Engagez ce débat qui empoisonne notre liberté ! Condamner, effacer, se souvenir... Quelle meilleure expression que celle de la liberté ?

Cachez ce NOIR que je ne saurais voir !

S'il vous plaît, messieurs les législateurs ! Hâtez-vous de légiférer ! Engagez ce débat qui empoisonne notre liberté !

Condamner, effacer, se souvenir... Quelle meilleure expression que celle de la liberté ?

 

Entre la condamnation rétroactive de personnages historiques s'étant rendus coupables de racisme (notamment par l'esclavagisme) et l'effacement radical de toute trace de ce qui ressemble de près ou de loin à l'expression du racisme (anti noir) : déboulonnage de statues, débaptisation de rues, places, institutions, plus récemment de titres de romans célèbres , etc...

Je dois dire que j'ai du mal à me positionner sur cette dernière "affaire".

Pas le temps, ni l'envie de lire intégralement cette fiction organisée et publiée par Valeurs Actuelles. Je crois en effet qu'il est essentiel de recontextualiser l'illustration qui fait polémique... afin de saisir l'intention du dessinateur.

Car, n'est-il pas crucial de saisir l'intention avant de qualifier l'infraction ?

Il s'est agi, semble-t'il, d'illustrer l'esclavagisme pratiqué par des Africains... Soit...

L'indignation quasi unanime est-elle suscitée par :
- le fait de représenter Danièle Bonobo en "esclave" ?
- d'avoir incarné la condition d'esclave par Danièle Bonobo ?
- d'avoir traité de l'esclavagisme par les Africains eux-mêmes ?
- pourquoi le 2ème personnage, représenté aux côtés de Danièle Obono sur le dessin, ne suscite -t'il pas la même indignation ?

Dans la perspective d'une stricte application des interdictions désormais énoncées (pas encore édictées) , sera-t'il prohibé de représenter des Africains (ou Afro Américains ou Afro...autre nationalité) "noirs"*, "négroïdes" * ? Ce qui reviendrait à nier une réalité objective parce que morphologique (ou chromatologique) et par conséquent, consacrer une forme de négation de leur identité ?

 * Ces mots eux-mêmes doivent-ils disparaître de notre vocabulaire ? Leur usage oral ou écrit tombe-t'il sous le coup d'une sanction pénale ?
La subsistance même de ce questionnement signifie que le droit doit sans tarder s'actualiser, à la lumière de ces nouveaux cas, éventuelles infractions car... pour l'heure, le citoyen justiciable est ignorant des limites qui s'imposent à lui.
Seuls, demeurent ces 3 principes, piliers du droit, pénal en l'occurrence :
- la réalité (de l'infraction)
- la légalité (l'élément légal qui prévoit et réglemente l'infraction)
- l'intentionnalité (qui s'attache à établir l'intention de nuire)

Certes, le cas de la Une de "valeurs actuelles" se distingue par la personnalisation d'un sujet éminemment polémique et politique et doit être traité comme tel.

Cependant il renvoie à une controverse qui agite de plus en plus la pensée moderne : l'assomption ou non des crimes de l'humanité.

Assumer n'est pas revendiquer. Refouler n'est pas effacer.

Je ne crois pas que l'amnésie collective sélective soit la bonne méthode pour expurger l'histoire de l'humanité des plus odieux de ses crimes.
Je pense au contraire que le devoir de s'amender passe par le devoir de mémoire.
Tel, l'itinéraire proposé par les résilients du nazisme.

Dans cette société ultra censurée et ultra aseptisée qui tend à se généraliser, le monde va s'appauvrir sous le coup de tabous inappropriés.

Et l'expression artistique va elle-même devoir s'empêcher de créer, c'est à dire de repousser indéfiniment les limites. Avec, en permanence, la discipline sociétale du "sur soi", mutilante, liberticide.

Moi-même artiste peintre / caricaturiste, j'ai consacré une exposition aux femmes politiques françaises. Leur féminité à l'épreuve du machisme en était la thématique. Dans ce cadre, j'ai réalisé plusieurs variantes de certaines d'entre elles, dont 4 versions de Rama Yade, glorifiant justement sa liberté d'expression, laquelle lui a valu sa "répudiation" du gouvernement Fillon. La toute 1ère la représentait faisant le grand écart entre les 2 continents africain et européen, illustrant son biculturalisme. Elle aurait pu être qualifiée de "raciste", en ce sens que certaines parties de son anatomie empruntaient aux grands fauves et au zèbre. Je l'ai envoyée par précaution à Rama Yade, laquelle m'a "...remercié de rendre ainsi hommage à son action à travers mon art...". Réponse ô combien intelligente ! Les 2 plus récentes, seront exposées pour la 1ère fois en septembre. Je doute que l'on puisse y trouver une once de racisme ! Au contraire ! L'une rend hommage à son combat contre le machisme en politique, l'autre glorifie sa bataille audacieuse et persistante, à travers son mouvement "la France qui ose", que j'ai rebaptisé "la France qui n'osera jamais"...  

Une seule limite, acceptable parce que consensuelle,  à mes yeux : le respect, lequel ne peut se comprendre sans l'intentionnalité.


Alors, s'il vous plaît, messieurs les législateurs ! Hâtez-vous de légiférer ! Afin de confirmer les artistes dans leur espace de liberté .... ou de redéfinir le périmètre de cette liberté ....désormais surveillée ? Option à laquelle on ne peut se résoudre

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