Un quartier de Paris sous surveillance policière

Dimanche 2 novembre, j'ai pu observer en me promenant dans mon quartier, le 19e à Paris, des maneuvres tout à fait particulières de la part de la police. Dès quatorze heure, en prévision de la manifestation contre les violences policières et la mort de Rémi Fraisse d'importants dispositifs policiers étaient déployés dans le quartier. Du quartier Stalingrad jusqu'à Colonel Fabien, en passant par Jaurès et en remontant au moins deux ou 3 rues, le quartier était occupé par un policier stationné à chaque intersection de rue, même dans les petites rues en retrait des avenues. Sur la place Stalingrad des escadrons étaient postés à tous les coins. Sauf mauvaise mémoire il ne me semble pas avoir jamais vu telle présence policière dans ce quartier ces derniers 10 ans. Je me suis questionnée sur les raisons de ce déploiement si visible et massif.

Ce jour là je voulais aller acheter un couteau. Un grand couteau Japonais avec une lame longue et large pour couper légumes et viande. Je me suis demandée en sortant de chez moi si je mettais mon blouson de cuir noir ou mon manteau. J'ai pris mon caddie rouge. Pour plusieurs raisons j'avais décidé de ne pas aller à la manif, mais cela me contrariait.

Tout en achetant le couteau on a suivi l'info sur notre smartphone. On a lu qu'un certain nombre d 'interpellations avaient eu lieu en marge de la manif et de manière "préventive". Alors je me suis demandé quels avaient été les critères d'arrestation de ces personnes. Leur look, leur âge, le fait qu'ils/elles se déplacent en groupe, le fait de tenir des banderoles ?

Je suis revenue de Belleville en passant par Colonel Fabien, Jaurès et Stalingrad avec mon caddie rouge et mon gros couteau et j'ai dit à mon amie de le mettre dans mon sac à main. En effet, d'apparence femme, blanche, d'âge moyen je ne me fait pas contrôler. On a traversé tout le quartier et la place Stalingrad à 17h. On voyait des escadrons de police qui se déplaçaient au travers de la place comme de gros crabes noirs. Il y avait un mélange de badeaux qui regardaient, de carrés de gendarmes qui courraient en travers du carrefour. On ne voyait pas les manifestants. Finalement on les a aperçus, errants en hauteur sur les constructions autour de l'esplanade, encerclés par la police. On avait l'impression qu'ils les empêchait de sortir. Autour de la bouche de métro à Stalingrad il y avait un curieux ballet de policiers, de quelques manifestants et de nombreuses perches et micros et caméras des journalistes. J'avais l'impression que les policiers essayaient d'attraper les manifestants qui rentraient dans le métro.

J'ai participé à un nombre incalculable de manifs dans ma vie. Mais pour une si petite manif, je n'ai jamais vu une telle mobilisation de police. Les enjeux doivent être très importants.

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