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Billet de blog 4 févr. 2023

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Passage de frontière, migration et vulnérabilités psychologiques

La migration est universelle et intemporelle : nous sommes, ou nous avons, tous et toutes été nomades, nomades en quête de terres, mais aussi d’histoires nouvelles. Puis un jour, la décision est prise de se rendre dans le pays de rêve. Mais le pays de rêve n’existe pas. Le rêve se termine brutalement et laisse place à la souffrance qui, bien qu'invisible, se manifeste sous diverses formes.

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« Les hommes ont toujours migré quand les nécessités de la vie les arrachaient au sol natal. » TOURNAIRE BACCHINI, Bruno. 2015.

La migration est universelle et intemporelle : nous sommes, ou nous avons, tous et toutes été nomades, nomades en quête de terres, mais aussi d’histoires nouvelles. Puis un jour, la décision est prise de se rendre dans le pays de rêve. Mais le pays de rêve n’existe pas. Le rêve se termine brutalement et laisse place à la souffrance qui, bien qu'invisible, se manifeste sous diverses formes.

C’est un évènement bouleversant qui provoque des abandons douloureux et déstabilisants par tous les changements qu'elle apporte. On ne peut différencier la migration et la vulnérabilité des événements politiques, économiques, sociaux ou autres dans lesquels les mouvements de populations se produisent. L'immigration est limitée car les frontières se resserrent et le parcours migratoire d'un danger extrême. Ce contexte joue un rôle important dans la santé mentale des personnes.

Bien qu'il n'y ait aucune pathologie psychiatrique propre au passage des frontières et à l'immigration illégale, certaines vulnérabilités psychologiques sont fréquentes.

La vulnérabilité est définie comme étant quelque chose qui peut facilement avoir une incidence physique ou morale sur une personne. Il en résulte que des individus soient plus vulnérables que d’autres.
Le concept de vulnérabilité psychologique s’est développé en France à partir de 1982. Il est décrit comme une notion dynamique, une blessure invisible et indicible touchant une personne affaiblie et exposée à des réactions pathologiques liées aux événements et aux circonstances de l’existence. Cela conduit à l’apparition de troubles mentaux caractérisés, temporaires ou de longue durée. Ce manque de connaissance du parcours migratoire (couplé à un manque de connaissance des vulnérabilités) conduit certains acteurs à banaliser le vécu des personnes.

Le parcours ou trajectoire migratoire.

« La migration est un événement sociologique inscrit dans un contexte historique, politique, économique mais aussi une histoire personnelle. Partir est toujours au final l’aboutissement d’un destin singulier qui trouve son origine dans le pays de départ. » LAVAL, Christian

Une trajectoire est en premier lieu une route, avec un point de départ et un point d'arrivée. Le concept de parcours ou trajectoire migratoire met en évidence aussi bien l'aspect spatial, aspect induisant des méthodes de traversée que le migrant a souvent à l'esprit lorsqu'il quitte son pays (une trajectoire claire et précise et, dans la mesure du possible, sans incident) que l'aspect social de la migration. Le parcours est également une volonté individuelle ou familiale de chercher une vie que nous souhaitons meilleure, une idée d’amélioration. Les causes économiques ou politiques, la recherche d'un emploi et en particulier d'un salaire, le rêve d'ascension sociale (éducation des enfants, bilinguisme, niveau de développement plus élevé dans la société, etc.) qui favorisera, par ailleurs, les générations futures. Ce sont souvent les principales raisons de la migration.

Le parcours migratoire modifie la personne. Dans cette profonde modification, la question de l'espace occupe une place grandissante, qu'il soit matériel, social, politique, normatif ou réglementaire. S'adapter à un territoire et ses politiques migratoires, à des représentations de la communauté migrante que la société d'accueil peut avoir, intégrer de nouveaux codes et fonctionnements. Sans pour autant réduire l’importance de son point d’attache. En 2017, la sociologue Karen AKOKA propose de remplacer l’expression « migrants illégaux » par « migrants illégalisés », car « la distinction entre légal et illégal, qui est au cœur de nos représentations, est particulièrement fragile. La plupart des étrangers aujourd’hui en situation irrégulière en Europe y sont entrés légalement. C’est l’évolution des politiques migratoires des pays hôtes, et non leur migration, qui les ont fait basculer dans la clandestinité. »

En raison de la relation étroite entre la structure culturelle et la structure psychologique, les trajectoires migratoires ont des conséquences importantes sur le fonctionnement psychologique.

La vulnérabilité des personnes migrantes.

« Leurs expériences vis-à-vis des mauvaises conditions de vie, de la violence et de la discrimination dans les pays où ils sont passés lors de leur périple les forcent à continuer de voyager jusqu’à ce qu’ils puissent trouver repos. C’est la même déception de l’Europe, où ils pensaient trouver sécurité et protection, qui aggraverait également leurs souffrances psychologiques. » Médecins Sans Frontières

Les chemins de l'exil sont maintenant aussi difficiles que les raisons qui les ont poussés à le faire. Les migrants peuvent être exposés à toute une gamme de facteurs de stress qui influent sur leur santé mentale avant, pendant et après le parcours migratoire (insomnies, cauchemars, angoisse, dépression, dissociation, troubles de la mémoire, etc.). Cette gamme de facteurs de stress est décomposée en différentes étapes à partir de la notion de processus de migration :

  • avant la migration : absence d'accès à l'éducation et au développement, exposition à la pauvreté, aux conflits armés, à la violence ou à la persécution ;
  • pendant la migration : exposition à des conditions difficiles susceptibles de mener à la violence, à la détention ou à la mort, manque d'accès aux services nécessaires pour répondre aux besoins de base ;
  • intégration : manque d'accès aux services nécessaires pour répondre aux besoins essentiels, séparation des membres de la famille, incertitude concernant le statut juridique (demande d'asile), expulsion, conditions de vie et de travail difficiles, chômage, problèmes liés à l'identité culturelle, difficulté à faire valoir ses droits aux prestations sociales et aux soins, changement dans les politiques migratoires du pays hôte, exclusion, racisme, isolement.

Tous ces facteurs de stress sont susceptibles ou peuvent intensifier le risque de développer des troubles mentaux.

« Étymologiquement, vulnérabilité et traumatisme ont en commun la blessure (vulnus en latin, trauma en grec). Blessure ouverte, sa vulnérabilité place l’exilé dans une incapacité à s’adapter à un monde qui l’exclut encore et toujours. (…) Il se trouve dans une grande précarité une profonde insécurité, englué dans le mal-être. » GUERY, Bertrand

Le mal-être souvent ressenti par le migrant détruit l'estime de soi et empêche ce dernier de se reconnecter narcissiquement à un « moi » désorganisé par la violence. Les notions de torture, trafic et traite des êtres humains font aussi l’objet de nombreux accords internationaux et européens. Cependant, ceux-ci ne les empêchent pas d'être reconnus dans la pratique, l'exemple de la Libye suffit à lui seul. Dernière étape avant de passer en Europe, la Libye est l'un des pays de transit les plus empruntés d'Afrique.
Beaucoup de réfugiés décrivent le passage en Libye comme point de départ de multiples formes de torture, d'exploitation sexuelle et de travail forcé, accompagnés de violences laissant nombre d’entre eux dans des conditions de vulnérabilité sans précédent. Vulnérabilité entraînant indubitablement des réactions pathologiques.

« On a pris le bateau en connaissance de cause. Mais la mort, on l'a déjà vue de très près. La mer, c'est dangereux, mais mieux vaut se noyer que de rester en Libye. » Naeem. Échappé d’un centre de détention en Libye. Le Point. En Méditerranée, on peut mourir une fois. En Libye, on meurt tous les jours. Juin 2020

Le concept de résilience et vulnérabilité.

Le concept de résilience est décrit comme l'aptitude de la personne à rebondir dans l'adversité. Elle apparaît dans le contexte de l'acclimatation et de l'adaptation, et implique la confrontation active et consciente des situations éprouvantes pour en tirer bénéfice. Cela suppose une capacité particulière à donner un sens à la valeur de l'événement et à le situer dans un contexte d'évolution.
La résilience est localisée dans une temporalité donnée, à partir de laquelle elle est seulement au cœur de l'ordre du possible. Il n'existe aucune résilience sans cette capacité à tirer des forces supplémentaires de l'événement subi. Du point de vue de l'adaptation, la vulnérabilité est liée à ce qui est considéré comme un danger pour les êtres humains. Le danger auquel l'individu est exposé provient de lui-même ou de quelqu'un d'autre.

La résilience est ainsi une source d'autonomie du soutien individuel. La préservation de cette autonomie dépend de l'accompagnement proposé à la personne et de ce qu'il accepte ou n’accepte pas. Bien qu'elle soit directement entravée par la répugnance sociale qui créer de la souffrance et de l’injustice.

« (…) S’il existe dans le droit commun une offre diversifiée pour les personnes souffrant de troubles d’ordre psychologique (en ambulatoire, en hébergement, en hospitalisation, en action mobile), l’insuffisance générale de ces structures et les obstacles posés à la prise en charge des personnes exilées laissent les centres de soins associatifs à peu près seuls face à une demande croissante à laquelle ils ne peuvent plus répondre. » Médecins du Monde & Centre Primo Levi

Qui a décidé des frontières ? Des limites ? Quelle place accorde-t-on à la vulnérabilité psychologique de la population clandestine ?
Accueillir autrui reviendrait à s'interroger sur sa liberté. À mon sens, la présence d'autrui n'empiète pas sur notre liberté, mais la préserve. Les migrants apportent une contribution positive à la société, une contribution qu'ils ne peuvent apporter que s'ils se portent bien physiquement et mentalement. Dans une situation de deuil vis-à-vis de son environnement, de sa famille, de son passé, il est obligé de se transformer pour s'adapter au pays hôte.

Une approche exhaustive, multidisciplinaire et inclusive est nécessaire afin de répondre à ces besoins.
Répondre à ces besoins nécessite :

  • fournir des renseignements clairs sur l'admissibilité et l'accès aux soins de santé mentale ;
  • faciliter l'accès à des soins abordables, sans discrimination et sans distinction de statut juridique, en assurant la couverture financière des services et des soins de santé mentale ;
  • fournir des soins centrés sur la personne, en respectant les différences culturelles et en prenant en compte le chemin de vie spécifique de la personne.

Le retour de la France à ses anciennes lunes identitaires racistes et coloniales est connu dans de nombreuses régions du monde, et c'est précisément ce que l'État souhaite. Il n'a pas mesuré l'étendue du préjudice moral causé par la discrimination territoriale ou raciale, avec la complicité des médias, il parvient à monter et manipuler une partie des Français contre les réfugiés. Lorsqu'un pays va mal, il est toujours à la recherche de boucs émissaires. Malheureusement, c'est la population immigrée ou issue de l’immigration qui joue ce rôle. Les sentiments des migrants doivent être pris en compte, faute de quoi, ils seront toujours perçus comme des « nuisibles ».

« Mon objectif, c'est de sortir tous les gens qui n'ont rien à faire là. » MACRON, Emmanuel. Valeurs actuelles. Octobre 2019

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