DISPOSER DE LA NATURE

Disposer de la nature

J'ai écrit ce livre en 2008, et il est sorti chez L'Harmattan en 2009. Il peut donc paraître déjà ancien, et je ne l'écrirais sans doute pas de la même manière aujourd'hui. Mais compte tenu de l'actualité envrionnementale (COP 21, etc.), je me dis que le signaler à l'attention des lecteurs de Médiapart permettrait de lui donner une nouvelle vie. Bon, ce billet ressemble à une page de pub, mais dans la mesure où je ne touche pas un euro sur les ventes de cet ouvrage, mon seul intérêt est qu'il soit lu et qu'il alimente, à sa modeste mesure, le débat public sur les questions environnementales.

Babou, Igor. Disposer de la nature. Enjeux environnementaux en Patagonie argentine. Paris : L’Harmattan, 2009.

Voici la présentation de l'éditeur :

Aujourd'hui, la nature est gérée : travaillée, politiquement administrée, et soumise à l'évaluation scientifique. C'est pourtant dans ce contexte que nous nous apprêtons à affronter des problèmes environnementaux inédits très préoccupants. Ce livre explore cette contradiction à partir d'un travail ethnographique réalisé dans un parc naturel en Patagonie argentine, classé au patrimoine mondial de l'Unesco : la Peninsula Valdés.

Ce travail a pour point de départ un problème environnemental unique au monde : dans ce parc naturel, des goélands attaquent des baleines pour se nourrir de leur couche de graisse sous-cutanée. Si les baleines franches australes sont protégées, les goélands également, ce qui ne va pas sans créer de problèmes aux gestionnaires de cet espace naturel. La région vivant essentiellement de l’écotourisme des visites aux baleines, ce problème mobilise et inquiète les scientifiques (biologistes de la conservation), les professionnels de l’écotourisme, des ONG environnementalistes, la sphère politique, et les habitants. Les biologistes ayant montré l’origine probablement anthropique du changement de comportement des goélands, le paradoxe est donc complet : les baleines sont menacées dans un parc naturel supposé être consacré à leur protection.

Les trois axes d’analyse du livre sont le travail (l’écotourisme), les sciences et le débat public participatif qui permettent d’appréhender la tension entre développement et conservation. Il décrit certaines représentations sociales de la relation entre l’homme et la nature, et montre que la nature n’est pas seulement l’arrière plan neutre sur lequel se projetteraient les actions humaines : elle impose également sa dynamique aux organisations humaines. Cet essai est volontairement hybride, entre travail sociologique, récit de voyage et documentaire photographique. Il intéressera les lecteurs désireux de comprendre les médiations et les dispositifs qui organisent nos relations à la nature. Il concernera tous ceux qui ne se résignent pas à voir la nature pensée comme une simple ressource dont l’homme pourrait disposer à sa guise.

Accéder à la page du livre sur le site de L’Harmattan.

Je précise que le problème environnemental que j'ai traité, celui de baleines qui sont littéralement attaquées par des goélands, harcelées dans un sanctuaire pourtant dédié à leur conservation, est lié à des raisons diverses dont certaines pollutions induites par des activités industrielles : déchetteries à ciel ouvert et déchets de la surpêche. Ce qui est intéressant dans cette situation, c'est tout d'abord de constater les effets en cascade, et souvent peu prévisibles, des pollutions industrielles : a priori, intuitivement, on ne ferait pas le lien entre une interaction entre des baleines et des goélands et une déchetterie à ciel ouvert. Pourtant, d'après les biologistes avec qui j'ai travaillé sur place, il existe un lien. Mais je détaille également toute une série de relations complexes entre la société locale, le fonctionnement politique et la participation citoyenne, l'action des scientifiques, le rôle de l'Unesco, l'organisation du travail dans les entreprises d'écotourisme, la concurrence entre des ONG environnementalistes, le débat public, et le problème des baleines. Et là aussi, ce qui m'a intéressé, c'est de découvrir des relations pas évidentes et pas intuitives du tout entre tous ces éléments. La perspective ethnographique, qui n'a rien à voir avec du journalisme, est heuristique : elle aide à dépasser le sens commun écologique des "petits gestes" ou symétriquement celui des "grands accords cadre", pour aboutir à la description d'enchaînements complexes de causalités. J'en tire une grille d'analyse des enjeux environnementaux qui, si elle a été élaborée pour un biotope et une société particulière (la Patagonie argentine, une zone côtière, les baleines) me semble apte à suggérer de nouvelles idées sur les politiques de la nature, et plus généralement sur les dimensions d'analyse de questions qui sont, irrémédiablement, hybrides : entre nature, culture, société et politique. Ce livre propose également une critique, assez radicale, de la rationalité instrumentale.

Je vous copie-colle maintenant deux recensions du livre. Tout d'abord, celle de Jean-Pierre Deléage, publié dans le numéro 1002 de La Quinzaine Littéraire (novembre 2009, page 23). Jean-Pierre Deléage est l'un des fondateurs de l'écologie politique en France, et il a créé la revue Ecologie politique. Voici ce qu'il dit du livre (désolé, je n'ai pas le texte et j'ai donc dû le numériser depuis la revue, qui, j'espère, n'en prendra pas ombrage. Cliquez sur l'image de l'article pour l'agrandir) :

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Ensuite, Marie Hélène Léon, journaliste, a écrit un article à propos de mon livre « Disposer de la nature » dans le site des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE). L’article est disponible en cliquant ici.

"Igor Babou, enseignant-chercheur à l'ENS, présente une étude ethnographique de terrain dans un lieu vierge de toute étude sociologique : La Peninsula Valdès, un parc naturel en Patagonie argentine, classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
A partir de descriptions, de photographies, et d'entretiens réalisés avec les habitants des lieux en proie avec les questions environnementales, il produit un ouvrage intéressant, vivant, et riche d'enseignements.
On y apprend que les baleines sont attaquées par les goélands qui peuvent parfois les blesser dangereusement, mais on découvre également la solidarité des populations autour des baleines échouées pour tenter de les sauver. Les questions sont nombreuses. Il y a d'abord les étranges  rapports entre l'Etat, les biologistes et les ONG, mais aussi tout un chapitre sur la rationalisation de la nature par les baleines au travail ou la transformation de la nature en ressource économique, ainsi que la présentation du "ressourcisme" consistant pour les pays développés à conserver la nature localement pour mettre en réserve stratégique de futures zones de développement ; à cette démarche, les zones locales répondent par un développement de l'éco-tourisme.
La conclusion de l'ouvrage ramène le lecteur aux préoccupations économiques et esquisse un questionnement de sagesse, en dénonçant le cynisme de l'Etat lorsqu'il affirme que produire plus est la seule alternative, et que la science sera la solution à tous nos problèmes. Le mot de la fin ? "Et nous croissons, nous nous multiplions, nous multiplions les médiations qui accentuent irréversiblement la distance qui nous sépare de la nature en nous donnant l'illusion contraire d'une plus grande maîtrise."

Et enfin, pour les images associées au livre (et malheureusement publiées en N&B dans la version papier), c'est ici.

Bonne lecture !

EDIT (3.10.2015) : suite aux attaques incessantes que subissent les universitaires et les intellectuels sur Médiapart, et en raison de l'absence de réaction des modérateurs, j'ai décidé de mettre fin à mon abonnement et de fermer les commentaires de ce blog. Les forums de ce média n'ont, de fait, rien de véritablement "participatif" puisqu'aucune règle de discussion n'y est respectée ni appliquée, et puisque la mauvaise foi, le sexime, je poujadisme anti-intellctuel et l'agressivité gratuite semblent parfaitement légitimes. Un certain nombre d'attaques violentes et ad hominem m'ont par ailleurs décidé à mettre fin à mes tentatives d'expliquer ici en quoi consiste le métier de chercheur.

Je remercie celle et ceux avec qui j'ai eu des contacts intéressants, et je prie celles et ceux qui souhaiteraient poursuivre les discussions dans un climat apaisé de me rejoindre sur mon blog personnel (http://igorbabou.fr) où mes articles sur Médiapart seront repris, ou de ne plus perdre leur temps dans d'inutiles discussions en ligne : la vraie vie est ailleurs.

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