Igor Babou
Professeur à l'université Paris Diderot, membre du Ladyss (UMR CNRS 7533).
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Billet de blog 20 mai 2020

Les personnels BIATSS discriminés à l’Université de Paris

Pendant le confinement, la présidence de l'université de Paris pratique la discrimination à l'égard de ses personnels « BIATSS ». Une mesure, prise sans concertation, a consisté à les mettre en « congé » forcé durant 5 jours pendant le confinement : cela revient à les pénaliser de 5 jours de vacances, alors qu'on l'on a rien demandé aux enseignant.e.s chercheurs.ses.

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Cette affaire se déroule en ce moment-même à l'université de Paris (université Paris Diderot-Paris 7 fusionnée en 2019 avec l'université Paris Descartes-Paris 5). Elle concerne les personnels dits "BIATSS" (personnels des bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens, de service et de santé), personnels sans qui on ne pourrait plus travailler, ni enseigner, ni mener des recherches à l'université.

Pendant le confinement, la présidence de l'université de Paris (dirigée par Christine Clérici) a décidé de mettre en "congé" forcé ses personnels BIATSS durant 5 jours : cela revient à les pénaliser de 5 jours de vacances, alors qu'on l'on a rien demandé de tel aux enseignant.e.s chercheurs.ses ni aux chercheurs.ses.

Je suis moi-même enseignant-chercheur, professeur à l'université de Paris, et cette mesure m'a profondément choqué par son caractère inégalitaire, voire discriminatoire.

Bref, j'ai contacté les syndicats, qui ont approuvé l'idée d'une démarche de solidarité à afficher au sein de l'université de Paris de la part des enseignants, chercheurs et étudiant.e.s, et j'ai rédigé un appel à signer.

La mise en visibilité médiatique de ce type d'appel est importante, tant les mesures de ce type se prennent maintenant sans débat collégial, parfois sans respect des règles, et aussi parce que leur contestation, qui est fréquente et forte au sein des universités, est invisibilisée par les présidences : ces nouveaux mandarinats se contentent d'ignorer les pétitions qu'on leur envoie. D'où cette publication sur Médiapart, afin que personne ne puisse ignorer que plus de 200 collègues, chercheurs.ses et enseignant.e.s-chercheurs.ses, étudiant.e.s, doctorant.e.s, Biatss, etc., ont signé cet appel et s'indignent de cette mesure.

-*-

Nous, enseignant.e.s‑chercheur.e.s, enseignant.e.s, chercheur.e.s, doctorant.e.s et étudiant.e.s de toutes disciplines de l’Université de Paris, affirmons notre solidarité à l’égard de nos collègues BIATSS (personnels des bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens, de service et de santé). Nous rappelons notre attachement à un traitement égalitaire de tous les personnels de l’université, ainsi que notre exigence du respect des normes démocratiques et collégiales de prises de décision dans notre établissement.

Dans le mot « université », il y a l’idée d’universalité des savoirs scientifiques. Mais il ne saurait exister d’universalité des savoirs et des sciences sans un traitement égalitaire des personnes et des groupes qui œuvrent en commun pour produire, diffuser et enseigner ces savoirs. Nos collègues BIATSS assurent la gestion et la diffusion de nos livres et de nos revues, l’administration de nos cursus et de nos programmes de recherche ainsi que de leurs financements, participent à nos recherches et à nos publications, contribuent à l’efficacité technique et logistique de nos travaux et enseignements, et prennent soin de la santé physique et psychologique de l’ensemble des personnels de notre université. Sans les BIATSS, nous ne pourrions plus travailler ni produire et enseigner ces savoirs qu’on dit « universels ».

Pourtant, une décision prise par la présidence de l’Université de Paris remet gravement en cause l’égalité de traitement entre les enseignant.e.s‑chercheur.e.s, enseignant.e.s, chercheur.e.s d’un côté et les BIATSS de l’autre, dans le contexte dramatique de la pandémie et du confinement.

En effet, la présidence de l’Université de Paris a décidé de retirer à tous les personnels BIATSS 5 jours de congés. Or, imposer des congés obligatoires en période de confinement revient à supprimer des congés annuels ! Les agents doivent pouvoir profiter de leurs jours de congés pour reprendre des forces. Mais nous savons tous et toutes, pour l’expérimenter malheureusement au quotidien, que le confinement à la maison ne correspond pas à des vacances. Les conditions de vie sont souvent difficiles : soin des enfants, suivi de leur travail scolaire, stress dû à l’enfermement, fatigue psychologique. Il est impossible de se reposer dans cette atmosphère.

Il y a donc rupture d’égalité entre les personnels enseignant.e.s‑chercheur.e.s, enseignant.e.s, chercheur.e.s et les BIATSS à qui on demande un effort plus important alors même que leurs salaires sont inférieurs aux nôtres et que nous constatons chaque jour leur investissement et leur dévouement, notamment pour les personnes contraintes de travailler sur place et ne pouvant pas bénéficier du télétravail.

Cette décision a été prise de manière unilatérale et sans concertation avec les organisations syndicales. Par ailleurs, elle est passée outre l’avis des instances représentatives du personnel (Comité Technique et Comité Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail) qui doivent obligatoirement se prononcer par vote sur ce type de mesure. A la rupture d’égalité s’ajoute donc un déni de démocratie qui augure mal du fonctionnement futur de l’université fusionnée.

Nous affirmons ici notre profond désaccord avec cette mesure inacceptable et discriminatoire.

Dans un moment de crise extrême, où le « nous » collectif devrait s’imposer et où la présidence devrait se mettre au service de l’intérêt commun, cette décision oppose les personnels de l’université, instaure des conditions d’inégalité et inscrit dans le fonctionnement administratif et politique de l’établissement un dangereux précédent autocratique.

Nous exigeons le retrait de cette mesure discriminatoire, et une compensation du travail des agents mobilisé.e.s sur place qui pourrait prendre la forme de jours de congés supplémentaires ou d’une prime spécifique à discuter avec les représentant.e.s du personnel.

Voir la liste des 200 premiers signataires sur le site de l'appel

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