MACRON : UNE SUPERBE OPERATION DE MARKETING AVEC UN BON PRODUIT

Depuis un an, les magazines se sont mobilisés pour faire de lui l'homme de l'année et lui ont consacré plusieurs dizaines de couvertures. Les radios populaires et les télévisions ont inlassablement chanté ses louanges, puis ils se sont extasiés sur cette soudaine et surprenante célébrité.

 

Macron : Une superbe opération de marketing avec un bon produit

Premier mouvement

Depuis un an, les magazines se sont mobilisés pour faire de lui l'homme de l'année et lui ont consacré plusieurs dizaines de couvertures. Les radios populaires et les télévisions ont inlassablement chanté ses louanges, puis ils se sont extasiés sur cette soudaine et surprenante célébrité. Mobilisation générale qu'on avait déjà connue en 2005 pour le OUI au referendum sur l'Europe. Efficace, mais qui n'avait pu empêcher la victoire du NON. De leur échec d'alors, ils ont conclu que cette fois, ils devraient commencer plus tôt, augmenter le nombre quotidien des messages dans l'audiovisuel, mieux choisir les éléments de langage à diffuser et donner largement la parole à Marine Le Pen pour dramatiser les enjeux.

Bien entendu, il était indispensable que le produit soit bon. Mais il avait fait ses preuves comme banquier d'affaires, comme technocrate et récemment comme conseiller principal d'un capitane de pédalo. Il s'était montré un maître dans la pratique du 49.3 et du pantouflage de haut niveau. Ce n'est pas lui qui s'opposerait aux délocalisations vers la Pologne, à l'optimisation fiscale, aux fermetures d'écoles et d'hôpitaux. Les milieux d'affaires pouvaient compter sur lui  pour mettre en place les les grandes réformes dès l'été, en profitant de "l'état de grâce" et des vacances du Parlement. Il gouvernerait par ordonnances. On éviterait ainsi de perdre un temps précieux dans des débats interminables…

Jusqu'aux législatives de juin, il devrait rester le plus discret possible sur son véritable programme, afin de continuer à ratisser large et à rassembler sous son label, de vrais hommes de droite et de faux hommes de gauche.  Prince de l'ambiguïté, il devrait retarder le plus possible le moment où il en sortirait en révélant le nom de son 1er ministre.

De cette grande farce, on saurait enfin qui sont les dindons. A moins qu'il ne désigne un obscur technocrate qui, comme lui, ne serait ni de gauche, ni de gauche.

Second mouvement

.Les grands patrons de presse ont mobilisé Ieurs Instituts de sondage pour vérifier l'efficacité du matraquage et ils ont pu constater que ce début était très prometteur : Macron et Le Pen étaient en tête. Cette double information donnée au public,  a fonctionné comme prédiction créatrice auprès des électeurs qui redoutent le fascisme, et elle les a conduits à s'orienter vers Macron. Le raisonnement du vote utile est venu renforcer la puissante pression des medias.

Troisième mouvement

Pour le 2ème tour, les dirigeants de la droite et du PS n'ont pas eu de difficulté à appeler au vote Macron. Sur l'essentiel (l'économique et le social) il continuerait dans la même direction. Cette politique mobiliserait contre le gouvernement, les classes laborieuses. Macron et ses protecteurs ont compris que, pour réussir leur coup, ils devaient recueillir beaucoup plus que 50%. En prévision des difficultés dans la rue à l'automne, il fallait absolument utiliser l'angoisse collective pour imposer un ralliement public sur son nom, de la France Insoumise et de son leader. Il fallait absolument que Jean-Luc Mélenchon appelle à faire confiance à Macron, IMMEDIATEMENT, le soir même, dans le moment où l'émotion dans la France entière serait à son paroxysme. Ignorée et moquée par les médias jusqu'au 1er tour, tout à coup, sa parole était réclamée avec insistance par Macron et ses partisans. Il fallait profiter de l'émotion de Jean-Luc Mélenchon pour lui arracher la parole décisive, irréparable, par laquelle il trahirait le mouvement de la France Insoumise. Surtout, qu'on ne lui laisse pas le temps de réfléchir.  Il ne s'agissait pas du tout d'éviter la victoire de MARINE LE PEN , mais d'affaiblir l'opposition populaire dans les urnes en juin, puis dans le pays. Vous imaginez le leader de la France Insoumise invitant ses électeurs à faire confiance à un Macron. Quelle serait sa crédibilité ensuite pour les 7 millions d'électeurs qui viennent de voter pour lui ?

La peur est mauvaise conseillère : l'histoire ne s'arrête pas dans le joli mois de mai. En 2022, quand la  politique néolibérale aura encore renforcé l'audience du Front National, quand, au 1er tour, Marine Le Pen sera en tête avec 35, 40  ou 45%, quel leader, quelle organisation pourront s'y opposer, si la France Insoumise s'enlise dans le conformisme ?

 

Après avoir démontré leur sérieux en avril, les Instituts de sondage ont annoncé que Macron gagnerait par 62% contre 38. Dans ces conditions, pourquoi faire peur à l'Opinion ? En festoyant le soir même, le principal intéressé a montré que la peur ne le troublait pas, qu'elle était simplement un outil de manipulation. Deux objectifs :

1/ Refaire le coup de 2002 et obtenir à nouveau 80%

2/ Contraindre Mélenchon à se rallier, à se soumettre. Lui, le leader de la France Insoumise (7 millions d'électeurs), serait sommé de s'afficher en compagnie des Fillon, des Sarkozy, des Hollande, des Vals, des Macron.

Puisqu'il refusait d'être sur la photo de famille, la rage s'est déchainée contre lui : Il osait laisser ses nombreux amis sans consigne de vote précise. Ces malheureux devraient réfléchir eux-mêmes et choisir entre l'abstention, le vote blanc et le vote Macron. C'était un insupportable déni de démocratie !

Personnellement, je suis attentivement la campagne et les sondages quotidiens. Je souhaite que Macron sorte du scrutin avec 51% contre 49. Et si samedi, les anticipations ne sont plus qu'à 55/45, je voterai pour lui

Beaucoup de braves gens n'ont pas compris la position de Jean-Luc Mélenchon  et se sont indignés de bonne foi. Ils étaient dans un réflexe de peur et leur réflexion immédiate en fut obscurcie. L'insoumission de Jean-Luc Mélenchon  les a obligés à réfléchir au-delà, à entrevoir le piège, là où ils s'étaient contentés d'additionner les millions d'électeurs.

Les médias ont sonné la charge : Un vrai scandale ! Une trahison ! Une lâcheté ! Il n'ose pas ! Il est mauvais perdant ! Un mauvais joueur !

Comme si c'était un jeu… On peut être léger quand la détresse de la multitude n'empêche  pas de dormir…

 

                          Igor Reitzman (www.reitzman.fr) 1er mai 2017

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