De l’enfant sous terreur
au terroriste impassible
« […] et que chacun tue son frère, son parent. Les enfants de Lévi firent ce qu'ordonnait Moïse; et environ trois mille hommes parmi le peuple périrent en cette journée. » (Exode, 3, 27 & 28)
Après les attentats de Paris, au delà des légitimes interrogations sur la sécurité la plus immédiate, il faut s’interroger sur ces enfants devenus des machines à tuer quand elles en reçoivent l’ordre.
On l’a vu à toutes les époques : Quand on a installé chez des êtres humains, un besoin de destructivité intense, les alibis pour satisfaire ce besoin et le choix des cibles ne sont pas l’essentiel sauf pour les victimes. La férocité de ces tueurs invoquant l’Islam est à rapprocher de celle de ces policiers hitlériens exterminant méthodiquement les populations juives de le l’Est, est à rapprocher de celle de du nationaliste norvégien Anders Breivik (77 morts en 2011), de celle de ces catholiques français qui, durant l’été 1572, fêtèrent très longuement la Saint-Barthélemy en massacrant 50.000 protestants, de la férocité de ces Lévites qui, sur l’ordre de Moïse, égorgèrent 3.000 de leurs frères en une seule journée.
Remarquons en passant que cet exploit mosaïque fut accompli le jour même de la Réception des fameuses Tables de la Loi. Après les avoir brisées, Moïse, dans un louable souci d’équité, avait aussi mis en pièces le fameux veau d’or. Après ces deux témoignages de sa très grande piété, il avait montré, sur le champ, que les Dix Commandements ne concernent pas les maîtres. Le 6ème, « Tu ne tueras point » comporte, dans sa version non expurgée, une petite restriction : Tu ne tueras… que si tu en reçois l’ordre…
Pour expliquer cette férocité, les religieux - quand ils n’évoquent plus la volonté de Yahvé - invoquent le péché originel. Les freudiens quant à eux, se contentent de la pulsion de mort qui, par son caractère universel, intemporel et absolu, n’explique rien mais impressionne ceux qui n’ont pas d’autre réponse à se mettre sous la dent.
Personnellement, je préfère qu’on parle de destructivité, une variable quantifiable au moins sommairement. Elle est intense à toutes les époques, dans certains groupes, chez certains individus. D’autres en sont totalement dépourvus…
Personne ne naît féroce
Personne ne naît féroce. Mais certains vont le devenir. Quand un tout petit n’a connu que les coups, les humiliations et la haine, quand, dans ses premières années, il ne s’est trouvé aucune personne bienveillante pour s’interposer, le protéger, le consoler, comment s’étonner qu’il ait stocké dans sa mémoire émotionnelle, une rage sans fond, le rêve parfois de détruire le monde entier et lui avec. Toute son expérience d’enfant l’a installé dans l’espoir qu’après avoir subi longuement l’écrasement, il pourra, à son tour, écraser… une femme, des enfants, des esclaves, un pays entier… Etre enfin celui qui tient le fouet ou la kalachnikov, celui qui – à son tour – pourra dire à son enfant : « Si je te corrige, c’est pour ton bien ! Plus tard, tu me remercieras.»
Il remerciera en effet, à moins qu’il ne meure trop tôt. Beaucoup de parents ont à cœur d’appliquer avec zèle, les prescriptions bibliques contenues en particulier dans le chap. 30 du Siracide
« 12 - Fais-lui courber l'échine pendant sa jeunesse, meurtris-lui les côtes tant qu'il est enfant, de crainte que, révolté, il ne te désobéisse et que tu n'en éprouves de la peine. »
et daans le chap. 19 des Proverbes :
« 18 - Corrige ton fils tandis qu'il ya de l'espoir, mais ne te laisse pas aller au désir de le faire mourir. »
Mais il arrive parfois que certains parents se laissent aller. On parle de 500 morts par an dans notre pays. C’est un peu plus que le nombre des victimes de ce vendredi 13 novembre, et cela ne mobilise guère les foules, les médias et l’Etat. Un enfant mort sous les coups, ça ne fait pas de bruit. Sans être trop cynique, on peut dire que le problème vraiment grave, mais jusqu’à présent méconnu, se trouve du côté de la multitude des survivants. Victimes de la maltraitance et du désamour, victimes des violences éducatives ordinaires (c’est-à-dire des maltraitances non encore reconnues comme telles dans un pays donné), tous les survivants de l’éducastration ne se contentent pas de vider leur rage contre eux-mêmes et/ou leurs proches. Pour massacrer, les alibis ne manqueront jamais, et la divinité est sans doute le plus inusable, surtout si on lui prête sa propre férocité. Mais à se focaliser totalement sur l’alibi – qui n’est en somme que le manteau – on néglige le mobile, ce besoin intense de (se) détruire, une soif de vengeance qui s’est trouvé enfin une justification… Vous êtes horrifié par certaines formules du Coran ? Moi aussi. Lisez vraiment la Bible, et pas simplement les extraits les plus comestibles…