Toulouse: plutôt que de nous demander le silence, Sarkozy ferait bien de se taire

Justement parce que les meurtres commis ces derniers jours me touchent autant que chacun d'entre vous, je refuserai aujourd'hui de m'associer à la "minute de silence", dans les établissements d'enseignement publics, avec le gouvernement qui l'a décrétée. La vérité est que le silence a trop duré, et qu'il a porté ses fruits hiers.

Ce gouvernement qui, il y a quinze jours, mobilisait tous les moyens de l'Etat et du parti au pouvoir pour faire huer les "étrangers" par plusieurs dizaines de milliers de personnes, je lui dénie l'autorité "républicaine" qui lui permettrait de m'intimer l'ordre de me taire, de demander à mes élèves de se taire. Contre l'horreur qui s'est exprimée à Toulouse, l'urgence est bien plutôt de parler, de se parler.

Ce président qui nous intime de nous taire est le fumier sur lequel ont poussé les assassins. Le voilà qui donne aujourd'hui à Toulouse, sous le nom de "Vigipirate écarlate", les pleins pouvoirs à une armée dont, semble-t-il, est issu le meurtrier néo-nazi coupable d'abattre des enfants de sang-froid.

Car cela fait des années que l'institution militaire protège ses "enfants", dont trois éléments n'ont été débarqués qu'après des années de témoignages fournis par des recrues d'"origine maghrébine", comme on dit - recrues qu'on a longtemps invitées, elles aussi, à se taire. Le vrai scandale à ce sujet n'a pas encore éclaté - et c'est précisément celui-là qu'il s'agit, aux yeux du président, d'étouffer par le silence.

Nul doute qu'en Afghanistan où, ces dernières années, le 17e régiment de parachutistes, "spécialisé dans les combats urbains", s'est paraît-il distingué, les nouveaux émules d'Adolf Hitler n'ont pas manqué d'occasions de se former et d'expérimenter à grande échelle les méthodes qui sont utilisées aujourd'hui contre des enfants juifs et de jeunes arabes ou antillais.

Chacun son rôle: l'armée porte depuis longtemps le nom de "grande muette". Voilà ses enfants, nourris au lait des guerres coloniales, qui font parler la poudre. Nous, qui ne sommes pas astreints au silence, avons tout intérêt à nous faire entendre si nous voulons désamorcer la bombe.

Respect aux victimes, pas à l'incendiaire qui voudrait aujourd'hui jouer les pompiers.

 

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