En attendant bébé

L’attente est toujours longue, même quand elle ne dure qu’un instant. C’est le moment où nous n’avons aucun contrôle sur le déroulement des évènements. On remet notre destin entre les mains des autres, et ….on attend.

L’attente ! Quoi de plus étouffant ?

L’attente est toujours longue, même quand elle ne dure qu’un instant. C’est le moment où nous n’avons aucun contrôle sur le déroulement des évènements.
On remet notre destin entre les mains des autres, et ….on attend.
À elle seule, l’attente nous rappelle notre faiblesse et notre futilité.

Ce matin, j’ai accompagné ma femme pour une césarienne programmée. Une fois les formalités administratives effectuées, ma femme m’a abandonné pour aller à la salle d’accouchement _ou c’est peut être moi qui l’ai abandonné pour aller dans la chambre qui lui est réservée après l’intervention_ . Commence alors, l’enfer de l’attente.
L’attente c’est le moment culminant de la confrontation des deux facettes de l’Homme :  spiritualité vs pragmatisme. D’un coté, on prend le temps d’étudier toutes les éventualités qui se présentent. Et de l’autre, on s’accroche à dieu et à la chance. L’attente est le moment où les croyants sont frôlés par le doute et où les athées regrettent de ne pas croire.

 Le temps est l’ennemi de celui qui attend. D’abord, il s’étire à n’en plus finir. Les minutes deviennent des heures et les heures une éternité. Et en s’écoulant, il entreprend une destruction minutieuse des espérances, jusqu'à les réduire à néant.  Plus le temps passe, plus les scenarii les plus sombres deviennent les plus probables dans notre esprit.

Alors que mon souhait que tout se passe bien pour ma femme et le bébé s’était sérieusement amenuisé, une infirmière est rentrée dans la chambre pour me demander les habits et les produits d’hygiène du bébé. Aussi étrange que cela puisse paraître, le bébé n’a commencé à exister réellement pour moi, qu’au moment où l’infirmière m’a demandé des affaires lui revenant. C’est ce qu’on pourrait appeler « une existence par la consommation ». Triste constat !
Avant cet instant précis, le bébé n’était qu’un concept aux contours très flous. Il avait une existence qui se situait entre l’ange et le fantôme. Mais, quand j’ai donné sa grenouillère, ses couches et ses produits d’hygiène à l’infirmière, là j’étais convaincu qu’il appartenait à la même espèce que moi.

Mohamed Amine est bel et bien parmi nous. Il pleurerait pour réclamer ses droits et sourirait pour exprimer sa joie.
Bienvenu mon fils dans ton nouveau monde. Un monde certes plus compliqué et moins serein que celui que tu viens de quitter, mais un monde où nous serons là pour t’aimer et t’apprendre à y être heureux !

 

 

 

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