Indigestitut

Ancien Prof de lycée, médiateur culturel, futur aveugle

Abonné·e de Mediapart

65 Billets

0 Édition

Billet de blog 5 octobre 2025

Indigestitut

Ancien Prof de lycée, médiateur culturel, futur aveugle

Abonné·e de Mediapart

Stromboli ou la condition des femmes face au monde

Indigestitut

Ancien Prof de lycée, médiateur culturel, futur aveugle

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un jeu d’actrice d’une intensité rare

Stromboli est un film impressionnant avant tout par le jeu d’Ingrid Bergman, sans doute la plus grande actrice de son temps. Rossellini la filme souvent en plans-séquences muets et prolongés, où tout repose sur le mouvement de son visage, la respiration, le silence.
Bergman va au bout des sentiments humains : elle fait évoluer la pensée de son personnage à l’écran, du désespoir à l’apaisement, de la chute à la rédemption, puis à la rechute.
À travers ce monologue intérieur, presque mystique, elle fait ressentir la complexité du combat d’une femme contre son destin.


Une femme face à l’île, miroir de sa condition

Karin, étrangère sur une île étrangère, incarne la femme prise au piège de sa condition. Elle rêve de fuir, mais Stromboli — cette île aride, dominée par un volcan vivant — devient le miroir de sa propre nature : indomptable, rebelle, en colère contre le monde.
Le volcan, omniprésent, symbolise la puissance intérieure du personnage, ses soubresauts, sa lutte contre les forces qui la dépassent : la société, la religion, la nature elle-même.
Dans ses cris, ses larmes, ses élans de prière, s’exprime une détresse lyrique, un appel à Dieu qui mêle la foi, la peur et l’épuisement.

La condition féminine et la grâce impossible

Karin est enfermée dans un mariage brutal, victime de rumeurs, condamnée à la solitude et à la maternité.
Rossellini, à travers elle, filme le sort universel des femmes : vouloir s’émanciper d’un monde qui les enferme, mais se heurter à des forces sociales, naturelles ou morales qui les rattrapent.
Portant son enfant sur le volcan, dans une ultime ascension, elle atteint une forme de révélation spirituelle : la conscience qu’elle ne peut se sauver seule.
La grâce ne vient pas d’un miracle, mais du dépassement intérieur, d’un dialogue douloureux avec Dieu et avec elle-même.


Un écho intime

À travers Karin, c’est le drame de nombreuses femmes que le film révèle : celles qui, comme ta mère ont voulu fuir leur milieu, mais que la société et la nature ont rappelées à l’ordre.
Stromboli devient ainsi une parabole sur la condition humaine, mais aussi une méditation sur la condition féminine, sur la lutte entre liberté et fatalité, entre la terre et le ciel, entre la révolte et la grâce.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.