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Billet de blog 21 novembre 2025

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Poutine tue, LFI relativise : l’indécence politique

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La paix selon les aveugles 

Il y a des discours qui donnent des frissons dans le dos, pas ceux de la guerre — ceux, bien plus inquiétants, de la bêtise satisfaite.
Et lorsque j’écoute Clémence Guetté, lorsque j’entends la ligne de La France Insoumise, lorsque je vois Jean-Luc Mélenchon renvoyer inlassablement agresseur et agressé dos à dos, j’ai parfois l’impression que nous allons mourir de connerie humaine avant même que la vraie guerre n’éclate.

Comme si le monde entier revivait un moment munichois, ce moment de panique feutrée où l’on préfère sacrifier un pays entier plutôt que d’assumer ce que signifie être libre.
Un moment peureux, pleutre, où la vie se réduit à éviter les problèmes, à se cacher, à ne plus être que l’ombre de soi-même.

Et pendant que nous glissons dans ce brouillard moral, un peuple lutte pour ne pas disparaître.
Et LFI lui reproche de « faire la guerre ».
Comme si se défendre revenait à agresser.
Comme si l’Ukraine, en refusant d’être rayée de la carte, devenait coupable de sa propre survie.

Cette inversion du réel — exactement celle utilisée par Vladimir Poutine — est d’une violence politique inouïe.
C’est la même technique rhétorique que le Kremlin :

  • ne jamais dire « guerre »,

  • se présenter comme agressé,

  • transformer la victime en menace.

Ce mécanisme, les historiens le connaissent : c’est la matrice de toutes les atrocités.
Le bourreau dit toujours que sa victime l’a provoqué.
Le tyran se camoufle systématiquement en martyr.

Et pendant que LFI recycle ces procédés, les drones russes fauchent des enfants dans les parcs,
les bombes écrasent des immeubles entiers où pas un seul soldat ne se trouve,
les maternités — comme celle de Marioupol — explosent sous les frappes,
les civils sont massacrés comme à Boutcha,
les femmes violées,
les enfants ukrainiens déportés par milliers, russifiés de force, arrachés à leur propre nom.

Mais selon Clémence Guetté, il faudrait « négocier ».
Négocier quoi ?
Avec qui ?
Avec celui qui annexe, bombarde, déporte, viole, écrase sans relâche ?

Négocier, dans ce contexte, ce n’est pas faire la paix :
c’est légitimer l’agresseur.
C’est lui offrir un sauf-conduit moral.
C’est déjà participer à son récit.

Et il faut poser la question frontalement :
si Poutine s’est senti pousser des ailes,
ce n’est pas seulement parce qu’il a vu une Ukraine fragile,
c’est aussi parce qu’il a vu, en Occident,
des leaders comme Mélenchon l’encenser en Syrie,
vanter sa « puissance »,
le présenter comme un rempart,
et diffuser dans une partie de l’opinion l’idée qu’il serait une alternative à l’ordre occidental.

Ce genre de complaisance idéologique a un prix.
Et le prix, ce n’est pas Mélenchon qui le paie :
ce sont les Ukrainiens sous les bombes.

Car il y a, dans le discours de LFI, une fascination trouble pour les régimes autoritaires :
une attirance pour les « hommes forts », les pouvoirs verticaux, les leaders qui écrasent tout.
Une rhétorique qui flatte une partie de leur clientèle politique, persuadée que Poutine serait « l’anti-Macron parfait ».
Comme si la géopolitique se résumait à régler ses frustrations électorales.

Pendant que des villes brûlent, LFI règle ses comptes avec la politique française.
Pendant que des enfants meurent, on continue de dire que « Macron veut la guerre ».
Non : Macron ne veut pas la guerre.
Poutine l’a déjà déclenchée.
C’est l’Ukraine qui la subit.

Et c’est cela, le scandale :
En accusant ceux qui aident l’Ukraine « d’escalade »,
en accusant les Ukrainiens « de vouloir la guerre »,
LFI répète point par point la propagande du Kremlin.

La vérité, c’est que la guerre n’est pas née en Europe le jour où l’Ukraine s’est défendue.
Elle est née le jour où la Russie a envahi un pays souverain.

Ce qui est vertigineux, ce n’est pas la guerre :
c’est l’irresponsabilité morale de ceux qui parlent en notre nom.
Pense-t-on vraiment qu’en 1940,
on aurait dû faire la même chose ?
Ne pas contrarier l’agresseur ?
Ne pas soutenir nos alliés ?
Ne pas nommer l’ennemi pour ne pas « provoquer » ?

On sait où cela aurait mené.

Peut-être que certains, au fond, ne seraient pas si contrariés d’un monde dirigé par des régimes autoritaires.
Peut-être que la logique d’un pouvoir vertical, dur, violent et viriliste correspond mieux à la vision politique de LFI qu’elle ne veut bien l’avouer.

Mais qu’on ne vienne pas parler de « paix ».
La paix n’est pas la fille de la lâcheté.
Elle n’est pas le produit de l’aveuglement.
Elle n’est jamais née d’un renoncement.

Refuser de soutenir un peuple agressé,
c’est toujours — toujours — soutenir l’agresseur.

Et si Clémence Guetté, si Jean-Luc Mélenchon, si La France Insoumise ne veulent pas le comprendre,
qu’ils aient au moins l’honnêteté de cesser d’appeler cela « la paix ».

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