Grand Cru Bretagne: Nadine Naous, Home sweet home

« Je ne suis pas de Douarnenez, mais presque, j’ai un visa permanent d’adoption, explique Nadine Naous. D’abord, j’ai découvert Olivier Bourbeillon parce qu’il a été coproducteur du film Chacun sa Palestine que j’ai réalisé. C’était en 2008, et j’ai rencontré Marie Hélia.

« Je ne suis pas de Douarnenez, mais presque, j’ai un visa permanent d’adoption, explique Nadine Naous. D’abord, j’ai découvert Olivier Bourbeillon parce qu’il a été coproducteur du film Chacun sa Palestine que j’ai réalisé. C’était en 2008, et j’ai rencontré Marie Hélia. On s’était déjà croisées, mais là on a passé une bonne nuit au bar sur la place du village – c’est là que ça se passe, ajoute-t-elle en riant, et Marie a pensé à moi pour jouer dans La Femme serpent, une sorte de road movie avec une Chinoise. Je ne suis ni Chinoise – je suis asiatique du Liban – ni comédienne, en plus je n’ai pas de permis de conduire français... J’hésite un peu, mais j’adore Marie. Quinze jours plus tard et après sept heures de cours de conduite, on est parties pour le tournage, vers Brest, c’était tous des Douarnenistes, c’était une très belle aventure.

C’est ce qui m’a donné envie de faire de la fiction. Olivier Bourbeillon avait un projet pour Arte. J’ai écrit le scénario en deux jours et il a été retenu : Clichés est passé à Douarnenez il y a deux ans. Puis on est partis encore ensemble pour l’aventure de Home Sweet Home.

Je suis entre Home et Sweet Home : je viens du Liban, que j’ai quitté pour faire des études de cinéma à Poitiers. Après j’ai migré vers Paris où je vis avec des "crises existentialistes" tous les trois quatre ans, je repars à Beyrouth... Home Sweet Home, c’est une histoire de famille : j’ai appris il y a quelques années que mon père était surendetté et que notre maison était hypothéquée. Mon père avait fondé dans les années 1960 une école un peu alternative, laïque, dans la banlieue sud de Beyrouth, mais avec la guerre, les changements de population, les divisions communautaires, l’école ne marchait plus comme avant, et il s’est endetté pour continuer, il nous avait caché tout ça. J’ai eu envie de faire un film là-dessus pour comprendre ce qui se passait dans ma famille, dans sa tête. Mon père c’est un personnage de cinéma, c’est quelqu’un de super à filmer, on pose une caméra et voilà…

C’est une histoire pleine d’amour, de tensions, une histoire très dramatique qui pourrait être un soap opera mais, connaissant mes parents, je savais qu’avec leur humour, leur sens de l’autodérision... L’humour c’est ce qui permet d’avoir de la distance et du respect envers les gens… Je savais que cette histoire allait aussi avoir quelque chose de léger.

Le tournage n’a pas été difficile, mais le montage m’a montré que c’était une histoire très personnelle, qui m’affectait. Il fallait trouver la manière de raconter, trouver la bonne distance. C’est la question pour tous les films, sauf que j’ai mis du temps avant d’avoir la réponse. Les monteuses qui arrivent à la fin avec un regard extérieur, je les appelle mes deux sages-femmes, la première pour la salle de travail, la deuxième pour la délivrance. Au moment de sortir le film, je suis tombée enceinte, ça veut dire quelque chose pour moi !

Il y a de la vie, de l’humour, on fait des films parce qu’on aime les gens. Je pense que la meilleure façon de tenir sur la longueur, c’est de ne pas trop se prendre au sérieux et de se dire que ce qui compte c’est le plaisir et le partage.

Le film a été sélectionné au Festival Visions du Réel de Nyons en mai 2014 et à Lussas.

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