Dewi Kartika est la vice-secrétaire générale du Consortium pour la reforme agraire (KPA), qui se bat en Indonésie pour la défense des droits des petits paysans et des populations indigènes sur leurs terres.

Le KPA regroupe 190 associations et a pour but principal de faire pression sur le gouvernement indonésien pour qu’il mette enfin en place de véritables reformes agraires.

« Le principal problème en Indonésie, c’est celui de l’égalité entre les petites fermes et les grosses compagnies, qu’elles soient nationales ou étrangères », dit-elle en expliquant que « les membres des KPA sont en conflit avec le gouvernement, les plantations d’huile de palme, les exploitations minières, etc. Rien qu’en 2013, on a enregistré 386 conflits agraires. »

« Les groupes les plus marginalisés, comme les fermiers pauvres, les femmes, n’ont pas de véritables droits, et n’ont surtout pas de preuves de propriété de leurs terres », explique-t-elle. Le gouvernement indonésien peut donc octroyer des licences d’exploitation aux grosses compagnies en faisant fi du fait que les paysans occupent ces mêmes terres depuis plusieurs générations. « Le gouvernement ne reconnaît pas leurs droits, et surtout ne les protège pas », explique Dewi Kartika. Lorsque le gouvernement permet aux compagnies d’exploiter ses terres, la population locale est souvent expulsée, ou, si les compagnies ont besoin de main-d’oeuvre, sont forcés à travailler sur leurs propres terres, mais pour un employeur. « Ils peuvent refuser, mais ils perdraient tout ». « Les conditions de travail sont souvent déplorables et les salaires extrêmement mauvais », raconte Dewi Kartika, et tout le monde est mis à la tâche, y compris les enfants, qu’on voit travailler dans de nombreuses plantations, d’huile de palme notamment. Il faut « rentabiliser » la main d’oeuvre, si on l’autorise à demeurer sur ses terres.

Le gouvernement central, mais aussi les autorités locales, y trouvent leur compte, et c’est aussi pour cela qu’il est difficile de trouver des soutiens du côté des dirigeants. De plus en plus, explique Dewi Kartika, se développe une tendance à la « criminalisation » des fermiers et des peuples indigènes, qui sont souvent arrêtés par les forces de police locales, même lors de manifestations pacifistes, affirme-t-elle.

Aujourd’hui, les médias indonésiens parlent de plus en plus du sujet, mais il y a quinze ans, c’était un dossier particulièrement sensible. «Sous le régime de l’ancien dictateur Suharto, explique Dewi Kartika, parler du droit du peuple sur les terres, c’était parler comme les communistes ». Le Parti communiste était interdit sous le régime de Suharto.

Si aujourd’hui on peut parler de la question de la réforme agraire, les activistes estiment que la question n’intéresse pas encore assez, et que beaucoup en Indonésie ne se rendent pas compte de ce qui se joue.

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