Marie Hélia, chevalière de la Table-ronde

On ne présente plus Marie Hélia. « Il y a 25 ans, je présentais mon premier film au Festival, 25 ans plus tard je reviens encore avec des histoires de bonnes femmes ! »

Marie a grandi à Douarnenez jusqu’à l’adolescence, avant de migrer à Paris puis à Brest. « J’ai tout appris sur le terrain », explique-t-elle. « J’avais dix-neuf ans quand j’ai intégré une pièce de théâtre à Brest. Je me suis dirigée vers le cinéma un peu par hasard. Entre deux rôles de comédienne, j’étais assistante de réalisation. Un jour, j’ai remplacé un réalisateur qui était tombé malade, ça m’a donné envie de faire des films. »

En 1986, un réalisateur hongrois était venu enregistrer la mémoire des marins, Marie lui a présenté des gens. Tandis qu’il parlait avec les hommes, elle restait dans la cuisine avec les femmes. « Elles ont commencé à me raconter leurs vies. Une fois que le poisson était à quai, c’était les femmes qui s’en occupaient, mais il n’y avait pas encore eu de films sur le travail des femmes dans le monde maritime, j’ai commencé comme ça. J’ai continué à m’intéresser aux métiers maritimes féminins, avec des ouvrières d’usine qui racontaient leur travail, puis j’ai fait les patronnes de bistrot… À l’époque, tous les bistrots du port étaient tenus par des femmes ».

« Il y a trois ans, le Planning familial m’a demandé de recueillir les témoignages des pionnières du mouvement dans le Finistère, des femmes qui ont 80, 85 ans… Il y avait une urgence à recueillir cette mémoire, mais je me suis vite aperçue qu’il y avait matière à faire un film. C’est une chance d’avoir pu rencontrer toutes ces dames parce qu’il y a de l’énergie, une vraie pensée politique. Elles ont basculé tout de suite dans l’intime en parlant de la sexualité, de l’autonomie des femmes. Leur combat était clair, l’objectif était clair. Aujourd’hui, nous sommes tous un peu engagés, on cherche un nouveau monde, mais on manque d’objectifs clairs, on ne trouve pas les moyens de mettre en place nos idées. Pour les femmes du Planning, s’il y a un problème, il y a une solution, et s’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème. Elles étaient claires dans leur pensées comme dans leurs façons d’agir. Et elle ont réussi. Il faudrait un nouveau Plogoff pour que les gens se réveillent – avoir un objectif clair. J’ai retrouvé cette énergie-là avec les femmes du Planning.

Si je m’étais contentée de faire des enregistrements sonores, ils auraient été disponibles à la Cinémathèque de Bretagne pour quelques uns, tandis que le film sera un meilleur vecteur pour toucher un plus large public. C’est un film sur la transmission. Les femmes l’ont vu et l’ont apprécié. Déjà, elles étaient contentes de le faire, elles avaient réfléchi aux entretiens, elles savaient ce qu’elles voulaient transmettre. »

Marie conclut : « J’étais passé complètement à côté du féminisme. Maintenant je sais comment on peut être féministe, comment changer son comportement et analyser la société. Ce film m’a permis de faire un très beau voyage dans le monde des femmes. »

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