Papouasie: Rencontre avec Benny Wenda

Benny Wenda, arrivé au Festival jeudi après-midi, est un leader papou et le fondateur de la campagne « Free West Papua », en faveur de l’indépendance de la Papouasie occidentale.

Benny Wenda, arrivé au Festival jeudi après-midi, est un leader papou et le fondateur de la campagne « Free West Papua », en faveur de l’indépendance de la Papouasie occidentale.

Il a été arrêté par l’armée indonésienne en Papouasie occidentale en 2002. « J’ai mené des manifestations pacifiques pour l’indépendance de mon peuple, et pour cela j’ai été arrêté, et risquais vingt-cinq ans de prison pour des accusations sans fondement. » Il s’est échappé de prison pendant son procès, « après qu’on a essayé de m’assassiner à trois reprises », explique t-il. En 2003, il obtenait l’asile politique en Grande-Bretagne.

Cela fait maintenant dix ans que Benny Wenda a lancé la campagne pour la libération de la Papouasie occidentale, mais il affirme que la situation,depuis, n’a fait qu’empirer. « Il y a de plus en plus de militaires sur place, les meurtres, la torture et l’emprisonnement continuent. Il n’y a pas de liberté de mouvement, pas de liberté d’expression ou de réunion, mon peuple vit comme dans une prison sur sa propre terre », affirme t-il.

Benny Wenda estime que la situation en Papouasie n’évolue pas car le monde n’en entend pas parler. « L’Indonésie interdit
totalement l’entrée sur le territoire papou aux journalistes, aux organisations de défense des droits de la personne », raconte t-il. Les journalistes français Valentine Bourrat et Thomas Dandois ont ainsi été arrêtés pour avoir voulu révéler ce qui se passe en Papouasie.

« Le malheur de la Papouasie, estime-t-il, c’est d’être un territoire très riche, dont de nombreuses compagnies étrangères profitent. Nous avons de l’or, du cuivre, du gaz, du pétrole et une énorme forêt tropicale ». Pour son peuple, raconte Benny Wenda, « la forêt tropicale est notre supermarché, et la terre notre mère ». « Nous avons besoin de notre terre, et elle est en train d’être détruite. »

Benny Wenda sait qu’il faut mobiliser l’opinion générale pour qu’enfin sa cause progresse. Et pour lui, le temps presse. « Il faut que les Européens réagissent avant qu’il ne soit trop tard », dit-il, expliquant qu’entre l’arrivée massive d’Indonésiens en Papouasie et la migration forcée des Papous vers la voisine Papouasie Nouvelle-Guinée, le peuple papou pourrait bientôt disparaître de ses terres.

«Depuis les années 1970-80, ajoute-il, nous avons changé de stratégie, et nous croyons qu’il faut nous battre par des moyens pacifistes. » Pourtant, l’Indonésie essaie toujours de faire taire ces revendications. En 2011, les autorités de Jakarta ont transmis une demande à Interpol pour l’arrestation et l’extradition vers l’Indonésie de Benny Wenda. Après un an de batailles légales, son nom a toutefois été retiré de la liste.

À Douarnenez, et dans le contexte de l’arrestation des journalistes français, Benny Wenda s’émeut du silence de la France sur le dossier papou. « Nous avons besoin du soutien des opinions publiques. »

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