Joko Widodo, nouveau président indonésien

C’est une page qui se tourne. En juillet, les Indonésiens ont pour la première fois élu un président sans lien aucun avec le régime de l’ancien dictateur Suharto, au pouvoir pendant 30 ans.

C’est une page qui se tourne. En juillet, les Indonésiens ont pour la première fois élu un président sans lien aucun avec le régime de l’ancien dictateur Suharto, au pouvoir pendant 30 ans.

Près de deux semaines après le scrutin présidentiel du 9 juillet, la commission électorale a achevé la comptabilisation des 135 millions de bulletins de vote, et a confirmé la victoire de Joko Widodo, avec 53,2 pour cent des voix, contre 46,9 pour cent pour son adversaire l’ancien général Prabowo Subianto.

Ce dernier, qui avait plusieurs fois répété que « perdre n’était pas une option », a condamné les « tricheries massives » de ces élections et déclaré qu’il s’en retirait peu avant l’annonce officielle des résultats. Les deux candidats avaient revendiqué la victoire quelques heures après la fermeture des bureaux de vote, mais les instituts de sondages avaient en grande majorité donné Joko Widodo gagnant.

« Jokowi » comme tout le monde l’appelle, a donné son discours de victoire depuis le pont d’un bateau traditionnel dans le port de la capitale Jakarta, un signe, selon les analystes, de la volonté du septième président indonésien de renforcer le pouvoir maritime du gigantesque archipel indonésien.

Plus généralement, c’est un dirigeant au style radicalement différent qui prendra la tête du pays en octobre prochain. Les Indonésiens, habitués à la même classe politique richissime, souvent corrompue, et issue de l’ancien régime de Suharto ont vu l’arrivée du jeune Jokowi – 53 ans – comme une bouffée d’air frais.

Depuis la chute du régime en 1998, l’élite politique indonésienne ne s’est que très peu renouvelée. Jokowi était complètement inconnu du grand public jusqu’il y a trois ans, les médias nationaux n’ont commencé à s’intéresser à lui qu’en 2010, lorsqu’il a été réélu à la mairie de sa ville, Solo, sur l’île de Java, avec près de 90 pour cent des votes. Ancien vendeur de meubles, Jokowi est issu d’un milieu modeste, et a séduit les habitants de la ville grâce à sa réputation d’ « homme du peuple », de « régleur de problèmes » qui s’attaque aux dossiers concrets.

Là bas, il avait gagné en popularité en s’attaquant par exemple aux problèmes d’embouteillages de la ville, en mettant en place un système de tramway et en relocalisant les vendeurs ambulants.

Élu à la tête de Jakarta en 2012, il a surpris les habitants de la capitale indonésienne en s’adonnant à une pratique bien inhabituelle pour les hommes politiques du pays : il est sorti de son bureau. Que ce soit pour aller parler éducation ou sécurité sociale avec les habitants des quartiers pauvres, surveiller l’avancée des chantiers de la ville, ou aller vérifier que les employés municipaux font bien leur travail, Jokowi a passé la plupart de son court mandat à Jakarta sur le terrain.

Son adversaire Prabowo Subianto, représente lui parfaitement cette « vieille garde » dont les Indonésiens semblent s’être lassés. Issu d’une des familles les plus riches et puissantes d’Indonésie, il a fait toute sa carrière militaire sous le régime de l’ancien dictateur Suharto, et a même épousé sa fille. Ancien commandant des forces spéciales indonésiennes, il est accusé de violations des droits de l’homme au Timor Oriental, et en Indonésie, où il aurait entre autres orchestré le kidnapping d’activistes anti-régime lors de la chute de l’ancien dictateur. Il avait alors été renvoyé de l’armée, mais n’a jamais été jugé.

Si ses détracteurs n’ont cessé de l’attaquer sur ce passé douteux pendant la campagne électorale, c’est pourtant le statut d’ « homme fort » de Prabowo qui plaît à une grande majorité de ses supporters, qui estime que seul un homme autoritaire, issu de l’armée, pourrait être à même de gouverner un pays aussi vaste et divers que l’archipel indonésien.

Jokowi, qui a appelé à la réconciliation avec les partisans de Prabowo durant son discours de victoire, a pour sa part été régulièrement critiqué pour son manque d’expérience. Il n’a jamais exercé de poste au niveau national, et doit maintenant convaincre ses détracteurs qu’il est plus qu’une « marionnette » aux mains de son parti, et peut gouverner l’Indonésie et ses 250 millions d’habitants.

Marie Dhumières

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