Douarnenez : une fenêtre ouverte sur les Andes et sur le monde

Le Festival de cinéma de Douarnenez poursuit sa traversée cinématographique et humaine, convoquant l’ici et l’ailleurs, la création et la culture bretonne comme la diversité des combats et du bouillonnement artistique des peuples du « tout monde ».

Le Festival de cinéma de Douarnenez poursuit sa traversée cinématographique et humaine, convoquant l’ici et l’ailleurs, la création et la culture bretonne comme la diversité des combats et du bouillonnement artistique des peuples du « tout monde ». Douarnenez reçoit cet été les peuples des pays andins et cheminera au gré de la cordillère à l’écoute des combats, des révoltes et des aspirations des communautés autoch- tones et des afro-descendants entre autres multiples thématiques abordées... Filmographies de Colombie, d’Équateur, du Pérou, de Bolivie, du Chili et d’Argentine, mais aussi voyages radiophoniques, rencontres, concerts, expositions et littératures témoigneront des imaginaires et des réalités des Peuples des Andes.


Le Festival interroge, dénonce, assume sa singularité, sa subjectivité et ses partis pris, tant dans le choix des écritures et des images traversées et révélées, que par les parcours de vie et les luttes des personnalités invitées. Les Andes, la cordillère, les peuples qui y vivent, qui la bordent de la Caraïbe au Pacifique en descendant jusqu’à la Terre de Feu... Nous souhaitons offrir en partage un peu de l’essence de ces cultures, de leurs Histoires : vision du monde des Nasa et des Arhuaco de Colombie, des Nations autochtones d’Équateur et de Bolivie, des Williche de Chiloé et des Mapuche, entre autres. Toutes et tous sont en lutte depuis plus de cinq cents ans contre la colonisation des esprits, des corps et de la « Terre mère ». Un combat qui perdure, plus que jamais.


Tels les Mapuche, entre Chili et Argentine, qui ont su résister à l’em- pire Inca – qui ne les a jamais défaits – puis au colonisateur espagnol, avant de céder aux fausses promesses des Indépendances. Spoliations des terres, racisme d’État, justice inique : une oppression érigée en système qui s’est accentuée sous le joug de Pinochet au Chili et de la dictatu- re des généraux en Argentine. L’heureux retour à la démocratie, la fin de la chape de plomb a toutefois laissé les Mapuche hors du champ démo- cratique. Elles et ils seront ici, à Douarnenez pour affirmer en cinéma, en paroles et en musiques leur histoire et leurs combats, à l’instar de nos autres hôtes de la Cordillère.


Quelques mots sur des rencontres, des coups de cœur humains et politiques... Avec un collectif d’abord, celui des « Mujeres Creando », qui questionne le genre en Bolivie et dans les pays andins, promeut un féminisme de combat, pour les droits des femmes, des LGBTQI, et la liberté sexuelle. Qui interroge de fait et à sa manière les « révolutions » d’Evo Morales et de Raphaël Correa et en dénoncent les limités en matière de droits humains accordés à la majeure partie des populations concernées.


Alors que nous saluerons les engagements d’un cinéaste ami du Festival de Douarnenez: René Vautier, parti cette année... Nous accueillerons un de ses alter ego, équatorien, Pocho Alvarez, méconnu en Europe. Infatigable, Pocho assume sa liberté d’expression et de création sous tous les régimes politiques. Tous l’ont censuré, même Corréa. Une autre sœur d’âme de René, une grande dame nous fait le cadeau d’aborder Douarnenez: Marta Rodriguez. Amie de Jean Rouch et de Joris Ivens, figure essentielle du documentaire engagé en Amérique lati- ne et de la création d’un cinéma avec, puis par les Indiens, notamment du Cauca en Colombie.


Accueillir les cinémas d’ailleurs, certes, mais aussi donner à voir et ressentir la création d’ici avec l’association Daoulagad Breizh qui pro- pose en partenariat avec le Festival le Grand Cru Bretagne, une sélection de films, tous genres confondus, réalisés ou produits en région dans l’année. Cette section donne à voir cette production dans sa diversité, en suivant le travail des gens d’ici, en favorisant la découverte de nouveaux producteurs et réalisateurs et en donnant toute sa place à la création en langue bretonne.


Le Festival, c’est aussi la Grande Tribu : une programmation de films qui nous ont touchés, remués et qu’il nous semble utile, voir nécessaire, de partager. C’est aussi le Monde des Sourds ou quand cinémas et ren- contres ouvrent à une autre langue et à une autre culture, une nouvelle fois. C’est enfin son volet Jeune Public, pour ouvrir l’œil, donner du goût et grandir ensemble. Difficile de résumer en quelques mots cette densité singulière du Festival et l’esprit des rencontres à venir. Mais les pages de ce catalogue vous y convient. La vie surtout, en salle comme au sein de notre agora et de fêtes musicales vous y invite.

Du 21 au 29 août. Tous renseignements sur le site du festival.

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