Congos, Mboka Té !

Du 17 au 25 août 2018, la 41e édition du festival de cinéma de Douarnenez abordera et interrogera les peuples et les cultures des Congo(s), à savoir de la République démocratique du Congo et du Congo Brazzaville. Deux États, de multiples histoires, de nombreuses langues et cultures…

Kinshasa nous a happés, chamboulés, émus, secoués. Lova Lova en concert à l’espace double vision à Bandal, dans un immeuble en chantier avec ami.es, gens du quartier et enfants des rues. Atmosphère étonnante, vibrante, magique. Une voix, des mots, une présence, une âme, des rythmes… Une claque ! Freddy Tsimba à Matonge, arpente rues et marchés, son regard scrute sables et poussières, le coeur toujours à hauteur d’homme. Freddy est un chasseur-cueilleur urbain. Il pêche clefs, cuillères, fourchettes, douilles de balle, métaux divers pour recréer des femmes, hommes, enfants symboles des bonheurs et malheurs de son peuple. Avec une force unique, un regard qui pétille, un corps en rumba.Tshoper, Kadafi, Machérie, Bob Nelson, Clarisse, Dieudo… Fous de cinéma, créent, produisent, arpentent, scrutent, documentent, imaginent les humanités congolaises. Le tout sous l’oeil bienveillant de Kiripi, figure symbolique de leur poésie visuelle, parti trop tôt ! Les lettres, les récits et performances de Sinzo Aanza secouent une littérature congolaise déjà bien agitée. Toutes et tous se mêlent et s’entremêlent dans cette ville-monde, au centre de l’Afrique. Leurs coeurs battent aussi à Lubumbashi, à Goma, à Kisangani secouées par des créations, des vagues d’images et de mots, toutes aussi dingues.Si l’Art est performance, la vie aussi.

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Kinshasa est un chaudron qui bouillonne de sons, de cris, de rires, de rage, aussi ! Ville folle, à l’image de l’État dont elle est capitale. D’autres chaudrons existent en République Démocratique du Congo, des foyers de guerre, innombrables. Mais aussi et surtout des mouvements de résistance pacifiques, de lutte pour une autre vie, un autre Congo, pour des élections démocratiques, le départ de Kabila, le respect des droits humains, dont celui des minorités LGBTQI et des peuples autochtones. C’est pourquoi nous sommes très fiers d’inviter Rebecca Kavugho, militante de La Lucha, incarcérée plusieurs mois en 2016 pour avoir tenu un rôle clé lors de manifestations pacifiques et non violentes demandant au gouvernement congolais de tenir des élections crédibles en 2016, comme l'exige la constitution. Sa venue à Douarnenez sera l’occasion de rendre hommage à Luc Nkulula, assassiné, à Rossy Mukendi, assassiné et à tou.te.s ces activistes des mouvements civils, réprimés par le pouvoir.

Nous n’oublions pas Brazzaville, capitale de l’autre rive où une ombre plane, celle de Sony Labou Tansi dramaturge, poète et romancier de génie, parti lui aussi. Son “frère” de talent et de colère Dieudonné Niangouna est lui bien vivant, tout comme le Festival Mantsina qu’il a fondé et dirige depuis 13 ans. Hélas une tribune contre “l’État Total” de Sassou Nguesso lui interdit de revoir son pays. Illustration du déni de démocratie en République du Congo, où la liberté d’expression n’existe pas, où les mouvements citoyens et pacifiques comme “Ras-le-Bol” sont muselés, ses militant.e.s incarcéré.e.s. où l’indépendance après la colonisation s’est muée depuis Foccart jusqu’à aujourd’hui en symbole des pires affres de la FrançAfrique. Reste l’art, le cinéma, le hip-hop, le slam pour exprimer ici encore révoltes et combats, qui résonneront à Douarnenez sur la place du festival, en cinémas, dans les rues, les galeries, la librairie, les cafés, dans les cases penn sardin… Jusqu’au bout de la nuit. Debout, toujours debout, nos invité.e.s nous offriront leurs Congos en partage.(*) Sacrés pays !

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