Mylène Sauloy est un drôle d’oiseau (toujours coiffé d’un chapeau latino) que l’on voit arpenter le Festival de Douarnenez depuis des années. Virevoltes, éclats de rires, youyous, indignations, Mylène ne tient pas en place. Invitée une première fois en 2003 pour le film Quand le chant s’en va-t-en guerre, tourné au Kurdistan avec Antoine Cuche, elle est de retour l’année suivante avec ses documentaires sur la Tchétchénie. En 2005, la voilà qui déboule avec une troupe d’enfants danseurs tchétchènes, Daymokh, qu’elle fait tourner dans toute l’Europe. Ils sont au coeur de son très beau documentaire, Danse avec les ruines. Puis ce sera la caravane Babel-Caucase en 2007 et l’édition caucasienne de 2009. Elle vient de rentrer d’une caravane à travers les Andes.

Mylène, raconte-nous cette aventure.

Au départ, il y avait l’envie de découvrir en Amérique latine des projets et des expériences qui témoignent d’un nouveau monde. La caravane était composée de 25 personnes, dont neuf enfants, avec un camion musique, une ambulance de pompiers transformée en camion-vidéo, un camion théâtre... Au total, plus de 12 000 km au compteur, du nord au sud du continent latino.

Quelles ont été les étapes ?

Départ de Colombie, avec une étape sur la transmission. En l’occurrence, le moullerengué, qui est une façon que les femmes de là-bas ont de chanter l’histoire des noirs. Puis l’Amazonie équatorienne avec la question des énergies, dans une région où Texaco a sévi, mais 1 200 familles se sont regroupées et ont gagné un procès contre la multinationale. Ensuite le Pérou, avec une étape sur l’autonomie alimentaire, chez des Indiens organisés en coopératives, à plus de 4 800 m d’altitude. La dernière étape était en Bolivie, à Caranavi, sur des expériences de démocratie participative.

Un souvenir, une émotion parmi tant d’autres ?

Une belle leçon donnée par ces femmes boliviennes dont la vie a complètement changé depuis l’élection d’Evo Morales. « Depuis qu’on nous on a dit qu’on pouvait participer, on s’est mises à voter pour nous ! » Aujourd’hui, certaines sont devenus sénatrices, mais n’ont pas délaissé pour autant leurs jupes paysannes, leurs tresses et leurs chapeaux.

Chez les Indiens Kokoruko, fer de lance du mouvement de récupération des terres, le pouvoir est perçu comme un devoir envers la communauté, une vraie responsabilité qui se transmet régulièrement. Rien à voir avec nos appétits occidentaux ! De façon générale, l’Amérique latine reste un vrai laboratoire, un espace où se mêlent identité traditionnelle et raison. Les changements de ces sociétés n’ont pas fini de nous étonner, dans le bon sens !

Quelle était la finalité de cette caravane ?

Pour tous, cela a été l’occasion de réfléchir à des solutions alternatives, non pas à reproduire mais à transposer chez nous, à réinventer. Pas un catalogue de solutions, mais l’espoir de nouveaux mondes. Abandonnons la posture de victime, et continuons
de rêver !

Ces mots à peine prononcés, Mylène s’est remise en route. Trois coups de fil, une émission de radio, son film qui passe sur Arte ce samedi 30 août, un projet en Guyane à boucler. La routine, quoi…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.