Portraits du festival #1. Marie-Thérèse, citoyenne du monde.

A l’image de nombreaux soutiens du Festival de cinéma de Douarnenez, Marie-Thérèse Pichon est bien plus qu’une bénévole ponctuelle. 

A l’image de nombreaux soutiens du Festival de cinéma de Douarnenez, Marie-Thérèse Pichon est bien plus qu’une bénévole ponctuelle. 

[Portrait]

Marie-Thérèse Pichon suit et s'engage pour le festival depuis plus de trente ans © CT Marie-Thérèse Pichon suit et s'engage pour le festival depuis plus de trente ans © CT

Août 2014, bureau du festival de cinéma. Assise au fond de l’open space, le nez plongé dans la grille de programmation, Marie-Thérèse Pichon épluche avec assiduité et discrétion, les films de l’édition à venir. A quelques jours de l’ouverture, autour d’elle c’est la ruche.

Entre confection de gâteaux à l’année et hébergement des invités en août, la pimpante retraitée suit l’aventure du festival depuis le début. Une présence et une fidélité indéfecctible qui dure depuis plus de trente ans.

L’engagement et le rapport humain, Marie-Thérèse le vit depuis toujours ; via son activité professionnelle d’assistance sociale qu’elle exerce pendant 30 années en Presqu’île de Crozon, puis en tant que conseillère municipale à Douarnenez, de 1983 à 1989. Plus récemment, comme administratrice de l’association du Festival de cinéma, de 1999 à 2004. Et toujours, bénévole dans diverses organisations culturelles et militantes.

Installée à Douarnenez en 1977, elle assiste, en 1978, en spectatrice curieuse, à la première édition du Festival de cinéma de Douarnenez dédiée au Québec. Tout de suite, la sauce prend entre ce petit bout de femme et la manifestation naissante. «J’avais fait un kig ha farz pour mes amis, se rappelle Marie-Thérèse. Après les films, à 22h30, on l’a partagé avec l’équipe. Spontanément.» 

Dès la première édition, elle loge des intervenants dans sa maison des hauteurs du vieux Tréboul, de l’autre côté du pont. L’hôte ne parle pas un mot d’anglais mais se débrouille sans interprète. Une atmosphère tranquille et propice à l’échange que les invités comme Matéo Maximoff, Gérard Gartner, Catherine Parent ou Monique Martineau Hennebelle semblent goûter avec plaisir chez Marie-Thérèse.

"Philosophe autodidacte"

Altruiste, elle se laisse porter par ce qu’elle voit et entend au festival, au fil des rencontres et des propositions cinématographiques des éditions.

Elle croque dans tout et se passionne tour à tour pour les peuples invités, le volet breton, la journée littérature. 

Ses éditions préférées : 1982 avec L’URSS, la Georgie, la Kirghizie et l’Arménie. "Une année grandiose", se souvient-elle, la tête encore pleines d’anecdotes. "Du dîner d’accueil présidé par le maire de l’époque, Michel Mazéas, à la soirée de clôture chez les Le Garrec, ce fût l’apothéose. Sans oublier les ambassadeurs d’URSS ou Serge Avédikian, hébergés chez des militants du parti communiste français."

Autre année d’exception pour elle, 1990, sur le thème de la Palestine. Elle héberge Amos Gitaï, son épouse et leurs deux enfants. "Quelqu’un de très attentif. Ce fut une très belle rencontre, en plus d’avoir aimé ses films." Le Yiddishland, en 1999, Les Italies en 2000 sont autant de moments forts.

Chez elle, Marie-Thérèse garde discrètement les souvenirs de ses rencontres successives, avec "de belles personnes" venues du monde entier. Ici, un collier nacré offert par la chanteuse et réalisatrice maorie Moana Maniapoto, là une photographie et une peinture d’une artiste anglaise.

Partout, des livres dont ceux de Lévinas et Jabès. "C’est à travers eux que je me construis", explique -t-elle. Marie-Thérèse vit le festival de façon passionnelle. Quand les thématiques ou les invités vont trop loin, la dame fait mouche. A "(son) ami de trente ans", Gérard Gartner, qu’elle retrouve en 2013, elle n’hésite pas à remettre en question la qualité esthétique de ses dernières créations. 

Sa relation personnelle avec le festival ? "C’est une histoire de présences et d’absences, résume-t-elle. Pendant le festival, je deviens citoyenne du monde. On vit une semaine d’utopie et de fantaisie. Je l’aime à cause de son esprit d’ouverture, de fraternité et par ce qui nous est présenté. Si je n’ai pas suivi plusieurs éditions, c’est que je me demandais si on ne passait pas à côté de cela."

En 2010, Marie-Thérèse croche pleinement dans les nouvelles thématiques LGBTQI et Sourds. "Une ouverture appréciable sur des sujets que je ne connaissais pas". 

Insatiable, elle arpente neuf jours durant la place et les salles du festival. Après tant d’années, celle qui se qualifie « philosophe autodidacte», prend du recul sur son attachement à "l’événement culturel le plus important de Douarnenez" : "Je pense que l’étranger qui est en moi veut rencontrer l’étranger qui vient à Douarnenez. Libre(s)." 

"Si on veut que ça dure, il faut le construire"

Et quand on lui demande ce qu’elle souhaite au Festival du cinéma pour les années à venir, la militante de la première heure ressurgit : "si on veut que ça dure, il faut le construire. Et ça ne se fait pas tout seul. "

Son grand regret : la question du suivi des problématiques abordées à chaque édition. Les guerres, la Shoah, la place des femmes, les déplacements de populations, les mouvements culturels minoritaires. "Qu’est-ce que ça nous fait à nous, ici ?", se demande-t-elle souvent, songeant à ses invités de quelques nuits d’été. "Leonard Paul est-il toujours dans sa réserve ? Amos Gitaï vit-il toujours en Israël ? En vérité, ça ne nous dérange pas beaucoup dans notre confort". 

Et celle qui aime citer Edmond Jabès et les « épiphanies du visage », de conclure "Nous avons une responsablilité envers l’autre".

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