Combattant de la cause tzigane, Fernand Milo Delage s'est fixé comme mission d'imposer une image positive des gens du voyage. Il sera présent au Festival pour intervenir durant le débat du dimanche 25 août, intitulé "Gens du voyage: une histoire française. Du carnet anthropométrique aux réalités actuelles"

«Ces gens-là nous ont envahis, mais je dois reconnaître que Monsieur Delage s'est montré très coopératif et qu'il a tenu tous ses engagements », confiait en 2007 Chantale Gambut, maire du Bourget-du-Lac (Savoie). « Des élus, jusqu'alors farouchement opposés aux nomades, me demandent le retour de ce groupe », affirmait Didier Proust, directeur du service d'accueil des gens du voyage de l'agglomération de La Rochelle.  Des Alpes à la côte Atlantique, Milo Delage garde depuis des décennies la réputation d’un homme capable de convertir les élus les plus réticents à l’accueil des gens du voyage. « Je me bats pour que mes enfants soient enfin considérés comme des citoyens à part entière », lance le voyageur qui milite pour que l’équivoque formule « gens du voyage » soit remplacée par Français itinérants.

Militance

Commerçant itinérant, Milo Delage s’est depuis longtemps impliqué dans les associations. En 2004, le commerçant participe à la création de l'association la Vie du voyage, qui structure de grands groupes laïques. En 2007, il a lancé France liberté voyage association aux pratiques moins conflictuelles. En 2008 il participe à la création de l’ufat qui fédère itinérants et sédentaires. Soucieux de la qualité de l’information, il s’est beaucoup engagé pour aider les journalistes à découvrir les réalités vécues par les voyageurs. En 2013, il est devenu le premier voyageur élu à la tête d’un média animé par des journalistes professionnels. Aujourd'hui, à 62 ans, Il est devenu l'un des interlocuteurs incontournables des autorités. Tout en affirmant sa laïcité, il entretient sur le terrain des relations suivies avec les deux autres mouvements d'envergure nationale qui, en plus de l'identité tzigane, affichent des particularités religieuses. « Nous avons perçu la loi "Sarkozy" de 2003 comme une nouvelle tentative pour nous sédentariser de force. Je me suis alors véritablement engagé dans la militance, car il devenait nécessaire que nous prenions nos affaires en main », raconte le père de famille, qui collectionne les attestations positives délivrées par les communes. Les lois réprimant le stationnement sauvage ont accru les déplacements en grands groupes. La nécessité d'organiser la vie quotidienne dans les villages éphémères a renforcé l'influence des associations dirigées et animées par des Tziganes. S'il évoque les souffrances de ses parents au camp de sédentarisation forcée de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) durant la guerre, Milo Delage ne se pose pas en victime. Pour lui, les pages les plus sombres du passé démontrent que les voyageurs capables de s'adapter aux besoins des sédentaires représentent des aiguillons nécessairesau développement de la société.

 

Tranquille assurance.

Parler d'égal à égal avec ce Tzigane déroute de nombreux élus. Ils n'ont guère l'habitude de négocier avec un marchand de meubles ambulant ayant commencé à travailler comme brocanteur itinérant à l'âge de 19 ans. Mais ce juriste aguerri par une longue pratique des textes de loi leur oppose une tranquille assurance. « Le jour de notre installation, il faut passer beaucoup de temps à expliquer. Ensuite, les relations deviennent plus intéressantes car les responsables de la commune se rendent compte que nous sommes des gens normaux, qui travaillent, entretiennent le terrain sur lequel ils vivent et respectent les voisins », raconte-t-il. Fernand Delage milite pour que le carnet de circulation qui l'assimile à un individu sous contrôle judiciaire devienne une banale carte d'identité. S'il ne s'offusque pas des fréquents contrôles policiers, il lui arrive de perdre patience quand, pour la deuxième fois de la journée, un escadron de gendarmerie fortement armé surgit. Il dégaine alors son téléphone, interpelle le préfet, mobilise les nombreux élus de sa connaissance ainsi que la presse locale, qu'il soigne dès son arrivée. « J'espère que nous pourrons bientôt continuer à vivre tranquillement, à notre manière, sans être obligé de recourir à ce genre d'expédients », soupire-t-il.

 

BIO-EXPRESS

1951 : naissance. 1970 : inscription au registre du commerce. 1985 : participe aux réflexions des cercles tziganes pour faire émerger un mouvement national non confessionnel.
2004 : contribue à la fondation de l'association de commerçants nomades la Vie du voyage. 2007 : porte-parole lors de la seconde rencontre organisée par le réseau Idéal et la commission nationale consultative. Elu en septembre président de France liberté voyage

2008 : vice président de l’Ufat

2013 : président de Dépêches tsiganes

Olivier Berthelin

 

Cet article est l’actualisation du premier portrait de voyageur publié par l’hebdomadaire des collectivités territoriales la  Gazette des communes.

Milo Delage vient d'ailleurs de créer France liberté voyage, un mouvement exclusivement dirigé par des nomades. « Ceux qui ne vivent pas sur le voyage ne connaissent pas notre mode de vie de l'intérieur et ne peuvent pas combattre à notre place », précise-t-il.

 

Les Dépêches Tsiganes en quelques mots :

Comment des Dépêches peuvent-elles être tsiganes ?

C’est avec joie que les Dépêches tsiganes participent avec des «  Rroms, des tsiganes et des voyageurs »  au festival de cinéma de Douarnenez. Etant une bande de journalistes professionnels, de français itinérants et sédentaires  et de rroms de toutes nationalités nous espérons pouvoir apporter nos petites pierres à l’édifice. En France, nous sommes pour l’instant le seul média d’information non militant et à but non lucratif  spécialisé dans les sujets concernant les tsiganes.

Non militant et non lucratif, voici deux négations très importantes pour nous. Nous ne sommes pas là pour parler à la place des tsiganes, ni pour nous enrichir sur leurs dos.

Non militants : Journalistes, nous devons donner la parole aux intéressés et rendre compte de ce qu’ils vivent et de la grande diversité de leurs sensibilités. Trop de gens parlent à la place des tsiganes et disent ce qui serait bien pour eux, il est peut être temps de les écouter. Dans le comité associatif qui accompagne la vie des DT,rédigées par des journalistes  se trouvent des personnalités représentant toutes les sensibilités qui animent les français itinérants et les Rroms de toutes nationalités.  

Non lucratif : Le devoir d’informer Ne doit pas être  prisonnier de l’économie.  Pour un sujet aussi sensible que celui des tsiganes, l’information  est un   rempart fragile mais nécessaires contre les préjugés, la bêtise et la haine. Elle doit être diffusée de toute façon même avec de faibles moyens.

Une démarche embrayée avant la mode

Les Dépêches plongent leurs racines vers le milieu des années 2000. Elles naquirent de la rencontre de journalistes spécialistes des collectivités territoriales et de voyageurs. Les uns savaient que tout stationnement n’est pas illégal et les autres expliquaient que leurs modes de vie n’avaient rien de folklorique. Ce furent d’abord des échanges de messages informels puis lentement et peu à peu des blogs et des lettres électroniques de plus en plus élaborées. Les Dépêches ont commencé à  fonctionner assez régulièrement vers la fin 2009, bien avant les polémiques de l’été 2010. 

Olivier Berthelin journaliste responsable des contenus et  Milo Delage président de l’association  Dépêches tsiganes

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.