Radio Marsinah : un engagement au-delà du féminin

En février, Cristian et Virginie, nos deux programmateurs préférés se sont rendus en Indonésie et au Timor Leste. Ils ont rencontré, découvert, ressenti... ils nous font partager leurs émotions multiples et nous racontent quelques personnes qui seront présentes lors de la 37è édition.

En février, Cristian et Virginie, nos deux programmateurs préférés se sont rendus en Indonésie et au Timor Leste.
Ils ont rencontré, découvert, ressenti... ils nous font partager leurs émotions multiples et nous racontent quelques personnes qui seront présentes lors de la 37è édition.
Parmi elles, les ouvrières de Radio Marsinah. Cristian nous raconte :

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Ça fait déjà 48h que nous sommes à Jakarta et je ne sens pas d’amélioration. J’ai toujours du mal avec la chaleur et l’humidité.
Après deux rendez-vous dans le sud de Jakarta, on se dirige vers le nord de la capitale. Et c’est de la folie pure. Je suis content d’avoir été aux toilettes «exotiques» de KPA*,  avant de partir !
Grasia, notre guide, traductrice, baby-sitter, mère, sœur, amie, qui a une drôle d’appréciation des distances, nous prévient : « C’est loin  !» J’ai peur, j’ai très peur. Nous sommes partis pour une heure et demie de route, même le chauffeur a l’air mécontent quand on lui donne notre destination. jongler entre les embouteillage prend du temps!Positivons!On voit des rues et des bâtiments nouveaux. Des gens, beaucoup de gens. C’est hypnotique, fascinant et drôle de les regarder coincés dans l’embouteillage, surtout ceux qui sont sur des motos : une famille avec les deux enfants au milieu, un homme qui vient de se payer quatre roues de voiture, un autre qui jongle avec une échelle tout en lisant ses SMS...  Ils sont tous d’un calme épatant. Je m’imagine ça dans n’importe quelle ville européenne...
Finalement, être coincés dans les interminables embouteillages n’est pas si mal que ça. Au moins, dans le taxi, la climatisation rend la vie plutôt agréable. Sauf pour Virginie qui n’arrête pas d’éternuer au plus simple murmure d’air conditionné.

Dans la grande zone industrielle au Nord de Jakarta, KBN Cakung (Kawasan Berikat Nusantara), la majorité des travailleurs du vêtement sont des femmes. Selon le droit du travail indonésien, la semaine est de 40 heures, mais le travail supplémentaire pour finir une commande est fréquent et ces heures ne sont pas payées.
La radio Marsinah FM, première radio pour les femmes ouvrières, leur apprend à se battre pour leurs droits.
Elle est appelée Marsinah en mémoire d’une ouvrière militante, violée et assassinée en 1993, pour avoir organisé une grève. Si ce nom a été choisi, c’est que l’esprit de Marsinah continue d’inspirer les femmes pour demeurer courageuses.
La radio alterne des programmes thématiques : discussions sur le harcèlement sexuel sur le lieu de travail, débat sur le viol, avec de la musique. Le programme dédié exclusivement au bon vieux dangdut (musique kitsch selon certains) bat tous les records d’audience semble-t-il

                                                                                   
Des visages souriants et curieux nous reçoivent dans cette grande maison. Les sept ou huit femmes sont intriguées. Qu’est-ce qu’ils foutent ces européens ici, au fin fond de Jakarta?! Nous sommes assis tous par terre en cercle, on nous offre de l’eau (drôle de truc : l’eau est commercialisée dans des verres plastiques qui sont scellés au-dessus) et on fume. Beaucoup en Indonésie. Et je transpire. Beaucoup ! Malheureusement, pour Grasia, les filles ne parlent ni anglais, ni français, ni roumain (NDLR : Parce que oui, Cristian est Roumain)
Nous leur présentons le festival et la raison pour laquelle nous sommes là. Elles ont toujours quelques difficultés à comprendre pourquoi un festival du cinéma leur porterait un intérêt !
Les choses se débloquent et les sourires s’élargissent quand on mentionne la section LGBTQI. Il se trouve que certaines d’entre elles sont là parce qu’elles ont fui le préjudice de la violence domestique ou du monde de travail. Certaines d’entre elles sont des victimes de l’homophobie et quand elles parlent de leurs expériences, on sent qu’il y a du vécu pas forcément gai !


Elles présentent la radio chacune leur tour (une pièce tout simplement) et le reste de la maison qui sert également de domicile pour cinq d’entre elles. Ensuite, je ne sais pas comment et pourquoi mais je soupçonne Virginie d’avoir glissé cette info dans leur oreilles, on termine par parler du fait que j’ai un programme radio. Elles ont l’idée de nous faire passer en direct pour dire pourquoi et comment nous sommes là. Bien évidemment je ne peux pas refuser. Merci Virginie !
Je fini par accepter et tout se passe à merveille même si je ne comprends rien de ce que l’animatrice dit en indonésien. Ensuite je suis filmé pour leur site et… je ne sais plus ce que j’ai raconté.

Après trois heures passées en leur compagnie, Grasia, la petite nature est crevée. Nous décidons de rentrer. Ce qui déçoit les filles de Marsinah qui avaient envie de nous garder jusqu’à tard dans la nuit.
Malheureusement, nous sommes là pour bosser...        
                                                      

                                                                                                                                                                           Cristian pour le Festival 

 

Radio Marsinah sera présente au Festival de Douarnenez
dans le cadre d'une palabre.
                                                                                                                                                             

Tendez l'oreille :
http://marsinahfm.wordpress.com/about/


 

 

 

 

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