info@festival-douarnenez.com
Festival de cinéma
Abonné·e de Mediapart

63 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 août 2016

À la recherche de la littérature kurde

Réfugiés, Trans et Intersexes d'Istanbul, langue des signes turque... Le Festival a pris son rythme de croisière, avec des salles qui refusent du monde, des débats archi-combles sous le chapiteau. Focus sur la littérature kurde et Utopia 56, association morbihanaise d'aide aux migrants.

info@festival-douarnenez.com
Festival de cinéma
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La « Journée littératures de Turquie », rendez-vous incontournable du Festival, est un autre témoin de la diversité culturelle et linguistique de ce pays. Sylvain Cavaillès, spécialiste des minorités et de la littérature turque, fait le point sur la survie du kurde et sa littérature.

Kezako (K. ) : Le kurde a été interdit pendant près de 80 ans après la formation de la République en 1923. Comment sa littérature a-t-elle survécu ?

Sylvain Cavaillès (S. C.) : La littérature kurde a longtemps été portée oralement par les dengbêj, les bardes, même si une littérature écrite existait déjà du temps de l'Empire ottoman. En effet, l'interdiction de parler le kurde après les révoltes kurdes de 1925 a anéanti l'écriture. Après le coup d’État de 1980, ce fut encore pire : toute expression de la « kurdité » était proscrite. Le kurde n'est pas mort pour autant car il est toujours resté parlé, discrètement, au Kurdistan. Finalement, il a été de nouveau reconnu dans les années 2000, notamment grâce à une loi qui a d'abord autorisé l'enseignement dans le cadre privé et permis en 2009 le lancement d'une chaîne télé totalement en kurde. On assiste donc petit à petit une renaissance du kurde en Turquie.

K: Si le kurde n'a pas été écrit en Turquie, est-ce qu'il a été « protégé » par ses expatriés ?

S.C : Tout à fait. À la fin des années 1930, Celadet Ali Berdirhan, un Kurde expatrié à Damas a créé, avec l'aide de missionnaires français, Hawar, une revue trilingue kurde-turc-français. En parallèle, il mène un énorme travail de lexicologie pour tenter d'uniformiser l'écriture kurde. Il s'est aussi inspiré de la réforme alphabétique turque pour transcrire le kurde dans l'alphabet latin. À l'époque ottomane, le kurde, comme le turc, s'écrivait en effet dans l'alphabet arabe. Berdirhan a donc participé à l'« invention » d'une nouvelle orthographe kurde... Rien n'est jamais simple !

À la fin des années 1970, la diaspora kurde de Suède, menée par Memed Uzun a poursuivi ce travail de standardisation. À cette époque, Uzun a véritablement réinventé un kurde littéraire et est devenu le pionnier du roman kurde contemporain. Pendant ce temps, le kurde a vécu oralement en Turquie. Il a fallu attendre la création en 1995 d'une maison d'édition en kurde à Istanbul (Avesta) pour qu'on recommence à écrire en kurde.

K: La littérature kurde est-t-elle forcément en kurde ?

S.C : Non ! Les rares maisons qui existent éditent de la littérature kurde en kurde, mais aussi en turc. Après 70 ans de rupture linguistique, les auteurs qui écrivent en kurde font partie d'une nouvelle génération qui a fait l'effort de se former à l'écriture, tout comme leurs lecteurs. Ce renouveau de la littérature kurde est donc un acte militant très fort. Il existe également un autre courant, porté notamment par Murat Özyasar qui prône une littérature kurde en turc, mais pas n'importe lequel, celui de Diyarbakır, largement influencé par… du kurde ! 

Contre qui la Turquie fait-elle la guerre ?

Les tanks turcs sont entrés en action, mercredi à 4 heures du matin. L’opération vise la ville de Jarablos, bastion de l’Etat islamique, sur la frontière turco-syrienne, et l’offensive turque est coordonnée avec la coalition occidentale anti-Etat islamique et les unités de l’Armée syrienne libre (ASL). Toutefois, Recep Tayyip Erdogan a précisé qu’il entendait frapper les deux forces « terroristes » que seraient, selon lui, l’EI et le Parti de l’action démocratique (PYD), la principale organisation du Rojava, le Kurdistan syrien.

Durant des années, Ankara a coqueté avec l’Etat islamique mais la Turquie semble désormais décidée à « nettoyer » sa frontière, point de passage vital pour les jihadistes. L’obsession turque est néanmoins d’empêcher de voir se former une entité kurde autonome sur des frontières. A poursuivre plusieurs buts de guerre, à négocier des alliances parfois contradictoires, la Turquie a surtout contribué à jeter de l’huile sur les brasiers sanglants de la région.

Utopia 56 : de Lorient à Grande Synthe, on aide les migrants

Utopia 56 est une association citoyenne lancée en janvier 2016 à Lorient et dont le but est de mobiliser des bénévoles et de gérer leur organisation à l’intérieur des camps de réfugiés du Nord de la France. Ses militants mènent un un travail remarquable en particulier à Grande Synthe, près de Dunkerque.

Avant le mois de janvier, la zone ressemblait à un terrain vague ; la boue et les déchets recouvraient une grande partie du camp. Face à l'afflux de candidats à l'exil, il était temps d'agir. Malgré l’opposition du gouvernement, un camps de réfugiés en dur s'est alors construit à Grande Synthe à l'initiative d'Utopia 56 et d’autres organisations humanitaires comme Médecin Sans Frontière. L'association lorientaise a ensuite géré le camp pendant deux mois, du 7 mars au 7 mai 2016.

Le 25 mars, la commission de sécurité reconnaissait Grande Synthe comme le premier camps humanitaire de France. Une décision historique face à un gouvernement qui, quelques mois plus tôt, refusait toute idée de camps de réfugiés en dur. Utopia 56 commençait alors un travail d'accompagnement pour transmettre la gestion de Grande Synthe à l'association Afeji, qui travaille désormais en collaboration avec l’État et la mairie.

Combat complexe, mais remarquable, Grande Synthe est devenu un modèle pour les autres camps de réfugiés. La situation reste néanmoins catastrophique dans le nord de la France : le camp ne peut accueillir que quelques milliers de personnes et il est aujourd'hui au maximum de ses capacités. À quelques kilomètres de là, plus de 9 000 personnes se massent dans le plus grand dénuement au camp de Calais. Utopia 56 dénonce la trop faible capacité d'accueil et l'impossibilité d'agrandir le camp.

Bien sûr, les camps ne sont pas une solution à long terme, mais il paraît inconcevable de laisser des hommes, des femmes et des enfants mourir de faim et de froid. Utopia 56 se prépare déjà au renforcement de son action afin de mieux venir en aide aux réfugiés qui se massent sur la côte d'Opale.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Corruption
Le fils du président du Congo est soupçonné d’avoir blanchi 19 millions d’euros en France
La justice anticorruption a saisi au début de l’été, à Neuilly-sur-Seine, un hôtel particulier suspecté d’appartenir à Denis Christel Sassou Nguesso, ministre et fils du président autocrate du Congo-Brazzaville. Pour justifier cet acte, les juges ont rédigé une ordonnance pénale, dont Mediapart a pris connaissance, qui détaille des années d’enquête sur un vertigineux train de vie.
par Fabrice Arfi
Journal
L’affaire des « biens mal acquis »
Les Bongo au Gabon, les Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, les Obiang en Guinée équatoriale... Depuis 2007, la police et la justice enquêtent sur le patrimoine faramineux en France des familles de trois clans présidentiels africains qui règnent sans partage sur leur pays.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Écologie
« L’urbanisation est un facteur aggravant des mégafeux en Gironde »
Si les dérèglements climatiques ont attisé les grands incendies qui ravagent les forêts des Landes cet été, l’urbanisation croissante de cette région de plus en plus attractive contribue aussi à l’intensification des mégafeux, alerte Christine Bouisset, géographe au CNRS.
par Mickaël Correia
Journal — Santé
Les effets indésirables de l’office public d’indemnisation
Depuis vingt ans, l’Oniam est chargé d’indemniser les victimes d’accidents médicaux. Son bilan pose aujourd'hui question : au lieu de faciliter la vie des malades, il la complique bien trop souvent.
par Caroline Coq-Chodorge et Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com
Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme ? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·es, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis
Billet de blog
La sobriété, c'est maintenant ou jamais
Le bras de fer en cours avec la Russie autour des énergies fossiles est l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’ère de la sobriété énergétique. Pourtant, nos gouvernants semblent lorgner vers une autre voie : celle qui consiste simplement à changer de fournisseur, au risque de perdre toute crédibilité morale et de manquer une occasion historique en faveur du climat.
par Sylvain BERMOND
Billet de blog
De quoi avons-nous vraiment besoin ?
[Rediffusion] Le choix de redéfinir collectivement ce dont nous avons besoin doit être au centre des débats à venir si l'on veut réussir la bifurcation sociale et écologique de nos sociétés, ce qui est à la fois urgent et incontournable.
par Eric Berr