Des Papous et des anthropologues

La découverte tardive des Papous par les Occidentaux blancs n’a pas produit que les films cultes de Bob Connolly et Robin Anderson, elle a aussi attirée les anthropologues du monde entier. Parmi eux, Bronislaw Malinowski, Margaret Mead ou Maurice Godelier, trois grandes figures de l’anthropologie. État des lieux.

La découverte tardive des Papous par les Occidentaux blancs n’a pas produit que les films cultes de Bob Connolly et Robin Anderson, elle a aussi attirée les anthropologues du monde entier. Parmi eux, Bronislaw Malinowski, Margaret Mead ou Maurice Godelier, trois grandes figures de l’anthropologie. État des lieux.

La Papouasie, avec ses 1100 langues (1/5 des langues du monde!) et ses plus de 1000 tribus, ne pouvait qu’attirer les anthropologues du monde entier. Les premiers anthropologues étaient cependant plus adeptes des fauteuils et des bibliothèques où ils épluchaient les comptes rendus des explorateurs que des terrains exotiques. C’est dans ce sens que le Polonais Bronislaw Malinowski peut être considéré comme un pionnier en réalisant une « étude de terrain » durant laquelle il invente « l’observation participante », pratique aujourd’hui courante pour les anthropologues du monde entier. Pour lui, l’anthropologue doit vivre la culture de l’Autre, apprendre sa langue, observer ses rituels,... Son terrain de recherche fut les îles Trobriand, au large de la Nouvelle-Guinée, et son livre Les argonautes du Pacifique occidental, publié en 1922 (disponible à la librairie) devient la bible de tout ethnographe. Il y analyse le système de parenté, les mythes, rituels et aussi le système d’échange de la kula : un système d’échange non économique de colliers et de bracelets de coquillages circulant pendant des milliers de kilomètres tout le long de l’archipel des Trobriand et mettant en relation des milliers de personnes. La kula a pour fonction de créer des relations entre tribus éloignées et de maintenir la paix entre les groupes. Le pouvoir de chaque leader est ainsi acquis par les échanges destinés à nouer ou à entretenir de bonnes relations avec les tribus voisines et à accroître le prestige à l’intérieur de son groupe.

Cette étude de Malinowski ouvre les débats en anthropologie sur les analyses des système d’autorité et de pouvoir. Aux îles Fidji et Hawaï, l’anthropologue Marshall Sahlins décrit un système d’autorité applicable à certaines tribus papoues : Le système du Big Man. Le Big Man acquiert son pouvoir par le mérite et la supériorité dont il a fait preuve dans le travail agricole, la guerre, les pouvoirs magiques,... et par sa capacité à amasser les richesses et à les redistribuer au reste de son groupe. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, le pouvoir au sein de certaines tribus est détenu par le Big Man. Il doit constituer un capital de cochons qui lui permettront de faire un don à son adversaire politique. Celui-ci, pour ne pas perdre la face, doit lui rendre un contre-don plus important ce qui impulse dès lors une compétition entre adversaires. Ce type d’échange est notamment pratiqué dans le rituel du moka des tribus des hautes montagnes du Mount Hagen. Le festivalier attentif se rendra compte du rôle du cochon dans dans les films présentés sur les Papous et du rôle des échanges – de coquillages cette fois – dans le film « Eux et moi », dans lequel l’anthropologue Stéphane Breton montre avec humour sa difficile « observation participante » au sein du système d’échange.

A côté du système du Big Man, l’anthropologue français Maurice Godelier étudie le système des « Grands Hommes » qu’il rencontre chez les Baruya de Papouasie-Nouvelle-Guinée (voir son livre La production des Grands Hommes, présent à la librairie). A la différence des Big Men, le pouvoir des Grands Hommes est mérité, par les prouesses démontrées lors des guerres ou de la culture des jardins, et hérité, grâce à un rituel d’initiation offrant à l’homme une « hyper-masculinité ». Pour cela, les adolescents sont enfermés dans la « maison des hommes » où ils sont nourris du sperme de leurs aînés pendant plusieurs années afin de les rendre plus forts que les femmes. En effet, les mythes racontent que les hommes ont volé le pouvoir qui appartenait autrefois aux femmes et qu’ils doivent le garder secret dans la « maison des hommes » afin de reproduire la domination masculine. Mais les hommes peuvent aussi faire boire leur sperme aux femmes affaiblies par leurs règles ou par un accouchement. C’est aussi le sperme qui développe le sein des femmes et leur procure ce don nourricier. L’enfant est ainsi avant tout le produit de l’homme. Avant Godelier, une autre anthropologue, elle aussi restée célèbre, s’était déjà intéressée aux codes sexuels de Papouasie-Nouvelle-Guinée, Margaret Mead, dont le livre Moeurs et sexualité en Océanie est également disponible à la librairie. Elle explique que la sexualité et la tendresse sont perçues par les femmes comme honteuses et un mal, et que des pratiques homosexuelles peuvent exister. Le travail de Margaret Mead eu un écho important dans la communauté LGBT dès les années 1950 en valorisant la multiplicité des expériences sexuelles à l’opposé de la société puritaine et hétérocentrée américaine, tout comme les études de Maurice Godelier sur les systèmes de parenté le conduisit à réaliser de nombreuses conférences lors du débat sur le mariage pour tous en France.

Après ces trois auteurs, d’autres ont suivi, notamment Stéphane Breton dont plusieurs de ces films sont diffusés durant le Festival, et Lorenzo Brutti qui sera l’intervenant de la palabre « Histoire et multiplicité des cultures papou », le jeudi 28, à 10h à la MJC.

Source : Lorenzo Brutti, Les Papous. Une diversité singulière, Découvertes Gallimard, 2007

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