Mehdi Lallaoui fait partie de ces réalisateurs dont vous ne pouvez plus vous débarrasser ! Vous l’invitez une fois, il revient cinq fois, et toujours avec un nouveau film sous le bras. Seulement voilà, vous êtes contents de constater, année après année, qu’il n’a rien perdu de son énergie militante et bouillonnante.

Mehdi est invité une première fois à Douarnenez en 1994 pour les « Peuples berbères » avec son film Kabyles du Pacifique, un épisode de la colonisation, où l’on envoie en exil en Nouvelle-Calédonie des Kabyles qui s’étaient révoltés vers 1873 contre l’occupant français.

Deux ans plus tard, en 1996, le voilà de retour pour l’édition «Communautés immigrées en Europe». Normal, il est le fondateur, avec Samia Messaoudi et l’historien Benjamin Stora, de l’association Au nom de la mémoire. Trois thèmes les guident : les mémoires ouvrières, souvent liées à l’immigration, les mémoires urbaines, et les mémoires issues de la colonisation. Parmi leurs réalisations : Le silence du fleuve, sur les massacres du 17 octobre 1961.

En 2007, pour «Portraits de colonisés», Mehdi revient avec une brassée de documentaires. Parmi eux, un très beau film sur Jacques Charby, ce comédien humaniste engagé aux côtés des Algériens pendant cette «guerre sans nom». Un autre portrait, Jean-Marie Tjibaou ou le rêve d’indépendance, en 2001, dit combien Mehdi est resté fidèle à cette région du monde, où il ne cesse de retourner depuis 1993. Il réalise Retour sur Ouvéa en 2008, puis en 2010, La délégation ou le voyage en Kanaky. De-là va naître une belle histoire, à la fois prélude et accomplissement, retracée dans le film La tête d’Ataï que Mehdi présente en «Grande Tribu».

Entre deux rires, Mehdi nous raconte : Ataï est un chef kanak, qui mène l’insurrection de 1878, dans la région de la Foa. Tué le 1er septembre 1878, décapité, sa tête est envoyée par bateau en France, pour les besoins de la Société d’Anthropologie de Paris. Une nouvelle science voit jour : la phrénologie, ou étude des crânes. On perd ensuite la trace de cette tête, qui voisine avec des milliers d’autres sur des étagères poussièreuses de réserves muséales.

En janvier 2010, Mehdi se rend en Nouvelle-Calédonie, en compagnie de José Bové qui mène une mission destinée à soutenir des militants syndicaux emprisonnés. C’est au cours d’une cérémonie coutumière que des chefs kanak leur demandent officiellement de tout faire pour que soit restituée à son peuple la tête du chef rebelle. La coutume signifie obligation pour les deux hommes. Cette demande faisait déjà partie des requêtes des Kanak lors des accords de Matignon en 1988, puis des accords de Nouméa en 1998. La suite ? Blocages, inertie, entêtement d’une poignée de citoyens, vote de lois, les épisodes sont nombreux... Allez-voir le film !

Ce jeudi 28 août 2014, la tête d’Ataï sera remise à une délégation de chefs coutumiers kanak, lors d’une cérémonie officielle au Muséum d’Histoire naturelle. Un acte d’autant plus important qu’il signifie une reconnaissance implicite des spoliations qu’ont subies les Kanak en ces temps de colonisation.

Dans l’avion de retour vers la Nouvelle-Calédonie, Mehdi Lallaoui, officiellement du voyage, ne boudera pas son plaisir. Tout comme les Kanaks qui ne devraient pas manquer d’arriver sur la Place du festival, pour célébrer avec le film La tête d’Ataï cet épisode du combat pour la dignité des peuples...

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