Timor Leste: est-ce un tort d'être petit?

Le Timor oriental, ou Timor Leste en portugais, l’une des deux langues officielles du pays, est un petit pays de 15.000 kilomètres carrés, aujourd’hui peuplé d’1,2 millions d’habitants. C’est aussi un des pays les plus pauvres d’Océanie, qui peine encore à se remettre des destructions massives provoquées par l’occupation indonésienne.

L’histoire moderne de Timor a, en effet, été largement déterminée par le facteur colonial. Timor, la plus grande des îles de la Sonde, a été découverte par des marins portugais au XVIe siècle, mais le Portugal céda la moitié occidentale de l’île aux Pays-Bas en 1859, ne conservant que sa partie orientale. En 1945, les anciennes Indes néerlandaise proclamèrent leur indépendance en prenant le nom d’Indonésie, le pays incluant le Timor occidental, tandis que le Timor oriental demeura colonie portugaise jusqu’à la Révolution des OEillets. Le 28 novembre 1975, le Front révolutionnaire de Timor Leste indépendant (Fretilin) proclama l’indépendance de Timor oriental, mais l’armée indonésienne envahit le pays neuf jours plus tard, commettant d’innombrables massacres aveugles.

Les Timorais opposent une résistance désespérée, une grande part de la population se réfugie dans les montagnes du centre de l’île, mais l’armée indonésienne, armée et entraînée par les Etats-Unis et l’Australie parvient à écraser la guérilla en 1978. Dans un monde de guerre froide, le régime dictatorial indonésienne de Suharto était en effet perçu comme une « citadelle » du « monde libre » face au « danger communiste ». En réalité, le Fretilin a toujours fait cohabiter plusieurs courants, certains communistes, mais d’autres d’inspiration chrétienne. Héritage de la colonisation portugaise, le Timor Leste est en effet un pays très majoritairement catholique. Le Fretilin est réduit à la clandestinité, tandis que certains de ses dirigeants choisissent l’exil pour poursuivre leur lutte sur la scène internationale. Le charismatique Xanana Gusmao est arrêté en 1992.

Tandis que le régime colonial indonésien mène une politique systématique d’assimilation, la tragédie du Timor demeure longtemps ignorée, mais la fin de la guerre froide change peu à peu la donne. En 1996, José-Ramos Horta et l’évêque Carlos Filipe Ximenes Belo reçoivent conjointement le Prix Nobel de la Paix. L’année suivante, Nelson Mandela rendait visite à Xanana Gusmao dans sa prison.

Le retrait de Suharto, les difficultés politiques et économiques que connaît l’Indonésie ainsi que les pressions internationales contraignent Jakarta à accepter le principe d’un référendum d’autodétermination supervisé par l’ONU. Le 30 août 1999, les Timorais votent massivement pour l’indépendance, ce qui donne prétexte aux milices pro-indonésiennes pour mettre le pays à feu et à sang. Au terme de folles journées de massacres, de pillages et de saccage, près de 70% des infrastructures du pays sont ravagées. L’ONU envoie une force d’interposition et met en place une mission d’administration transitoire (ATNUTO), et le Timor Leste proclame son indépendance en 2002. Ce processus fut totalement contemporain de l’administration onusienne du Kosovo mais, dans le cas du Timor Leste, l’objectif d’une accession « progressive » à l’indépendance était unanimement acceptée.

Les Portugais comme les Indonésiens ont souvent mis en avant l’argument de la « non-viabilité » du pays, qui serait trop pauvre, trop petit pour devenir indépendant. Si l’argument sur la taille est spécieux (il existe bien d’autres pays plus petits encore dans le monde), la pauvreté du Timor est largement le produit de ces dominations étrangères, alors que le pays dispose de fortes réserves de gaz et de pétrole off-shore, dont une partie est toutefois contestée par l’Australie voisine. Le Timor Gap demeure en effet une zone contestée de la Mer de Timor, située entre l’Australie, l’Indonésie et le Timor, dont la souveraineté n’a pas été définie lors des négociations australo-indonésien de 1972. Un accord provisoire a été conclu en 1997 entre Timor Leste et l’Australie, permettant un partage des revenus, mais une partie importante des gisements se trouvent toujours en zone contestée.

Toutefois, la manne pétrolière a permis au pays de commencer sa reconstruction et de s’affranchir assez vite de l’aide internationale, mais le Timor demeure incontestablement très pauvre : en 2008, le PNB par habitant était de 1500 dollars, la population est aux trois-quarts rurales, et l’agriculture représente 70% des emplois.

La situation est d’autant préoccupante pour l’avenir que le Timor Leste connaît une très forte croissance : dans les années qui ont suivi l’indépendance, le pays connaissait le plus fort taux de fécondité du monde, avec 7,8 enfants par femme. Selon les projections de l’ONU, la population pourrait passer à 1,7 millions d’habitants en 2025 et trois millions en 2050. Si l’économie ne se diversifie, la pression sur les terres agricoles sera vite insoutenable, alors que les jeunes, qui accèdent de plus en plus à l’éducation aspirent à l’ouverture et que de nouveaux modes de vie apparaissent dans les villes.

Depuis son accession à l’indépendance, Timor Leste a fait le choix de reconnaître la diversité culturelle et linguistique de sa population : plus d’une vingtaine de langues sont parlées dans le pays, qui a adopté deux langues officielles, le portugais des anciens colonisateurs, et tetum, la principale langue vernaculaire.

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