Papouasie Occidentale: l'opression au quotidien

En 1949, quand les Pays Bas acceptent l’indépendance de l’Indonésie et donnent aux Indonésiens la souveraineté sur toutes les « Indes néerlandaises » qu’ils contrôlaient, ils décident de continuer à administrer la Papouasie occidentale.

Déjà à l’époque, le gouvernement indonésien conteste cette décision, soutenant qu’il est logique que l’Indonésie récupère le contrôle sur l’ensemble du territoire auparavant contrôlé par les Pays-Bas. Les Néerlandais pourtant tiennent bon, et affirment que, les Papous étant un peuple « à part », ils continueront à l’administrer jusqu’à ce que le peuple soit prêt à l’auto-détermination, et donc a priori à l’indépendance.

En 1962, l’ONU reprend le contrôle de l’administration de la Papouasie occidentale, et il est décidé qu’un référendum sera organisé dans les années à venir pour décider du futur du territoire.

En 1969, le référendum est effectivement organisé, sauf que c’est le gouvernement indonésien, et plus précisément l’armée indonésienne qui s’en charge. Si le gouvernement a eu le bon goût d’appeler ce référendum un « acte de libre choix », dans les faits, le vote est une véritable mascarade. Seuls 1025 personnes y participent – environ 1 pour cent des personnes qui auraient effectivement dû voter – ils sont menacés, et n’ont d’autre choix que de voter est faveur de l’annexion à l’Indonésie. C’est donc sur ce référendum que le gouvernement indonésien se base pour défendre la légitimité de la Papouasie indonésienne.

Depuis, la situation des Papous sur place est loin d’être idéale. La police et l’armée indonésienne font régulièrement un usage excessif de la force à l’encontre des Papous, même lors de rassemblements pacifiques.

Le gouvernement indonésien a par ailleurs une politique qui rappelle celle d’Israël en Cisjordanie, c’est à dire qu’ils encouragent les Indonésiens à aller s’installer en masse en Papouasie à coup d’aides financières. Aujourd’hui ces « transmigrants » représentent près de 50 pour cent de la population de la Papouasie, et les activistes estiment que les Papous seront nettement minoritaires sur leurs terres d’ici à quelques années. Comme l’explique Léonie Tanggahma, une activiste de la communauté papoue aux Pays-Bas, « les Papous sont mis à l’écart, ils n’ont pas le droit d’aller sur leurs terres, il faut faire place aux compagnies étrangères et aux Indonésiens qui viennent s’installer ». Elle explique aussi que tout est fait pour accueillir au mieux les migrants indonésiens. « Les autorités ont construits des villages artificiels, presque modèles. Ils ont des hôpitaux et des écoles crées pour eux, des docteurs, des professeurs, alors que juste à côté, dans les villages papous, il n’y a pas de professeurs dans les écoles ».

Elle parle de véritable « ségrégation » de la population autochtone. « Sur les marchés, les meilleures places sont réservées aux Indonésiennes. Les femmes papoues elles, doivent aller vendre leurs légumes à l’écart, là où personne ne vient. »

Alors que les organisations de défense des droits de l’homme disent répertorier de nombreux cas de violations des droits de l’homme, le sort des Papous n’intéresse que très peu la communauté internationale. Et pour cause, les Papous sont très riches. La plus grosse mine d’or au monde se trouve par exemple en Papouasie, et les puissances occidentales ne voudraient pas risquer de perdre des contrats extrêmement juteux en questionnant l’Indonésie sur la question des droits des Papous.

Les Néerlandais, qui au départ soutenaient l’indépendance de la Papouasie, sont aujourd’hui très amis avec l’Indonésie et font la sourde oreille aux revendications des indépendantistes, et de la communauté papoue refugiée aux Pays-Bas. Pour eux, la question de l’indépendance est aujourd’hui de l’histoire ancienne, un dossier clos.

Il est également difficile de faire connaître la situation des Papous puisque les journalistes étrangers sont de facto interdits de séjour sur le territoire, officiellement pour leur « sécurité ».

Depuis le début du mois d’août, deux journalistes français, Thomas Dandois et Valentine Bourrat, sont retenus en Papouasie, où ils étaient rentrés avec un visa touriste pour un reportage pour ARTE sur les séparatistes locaux.

Pour Human Rights Watch, ils sont victimes de « l’obsession de la censure du gouvernement indonésien quand il s’agit de la Papouasie ».

Ils ont été mis en examen car ils travaillaient illégalement en Indonésie, mais n’ont toujours pas été relâchés, alors que les journalistes arrêtés pour des problèmes de visas sont généralement renvoyés chez eux au bout de quelques jours maximum. Ils risquent gros, puisqu’ils pourraient être accusés de « subversion » pour avoir rencontrer des membres de l’Organisation pour une Papouasie Libre, un mouvement séparatiste armé en conflit avec l’armée indonésienne, et donc être condamnés à cinq ans de prison.

Le président indonésien élu, Joko Widodo, avait pourtant dit peu avant l’arrestation des journalistes français qu’il ne voyait pour sa part pas d’inconvénient à ce que des journalistes étrangers se rendent en Papouasie.

Il s’était aussi rendu deux fois en Papouasie pendant la campagne électorale, et a laissé entendre à plusieurs reprises qu’il comptait s’occuper du dossier papou après sa prise du pouvoir le 20 octobre prochain. Les activistes ont l’espoir de voir les choses changer avec ce nouveau président au style bien différent des autres, mais comme le rappelle Léonie Tanggahma, Jokowi n’est pas seul au pouvoir. « La question surtout, ce n’est pas de savoir s’il veut, mais s’il peut changer les choses. »

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